Planète bleue, idées vertes | Six pieds sous terre dans un cercueil fait de champignons

Une femme a repoussé les limites de fin de vie écologique en demandant d’être enterrée dans un cercueil fait de champignons à sa mort. L’inhumation de la sexagénaire, Carolyn, a récemment eu lieu dans un cimetière boisé des montagnes Bleues, en Australie. C’était le désir de la défunte de redonner ses restes à la nature.
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Lors de la cérémonie d’inhumation, son conjoint, Donald, a raconté que le choix du cercueil correspondait aux valeurs de la défunte, à sa générosité.
Le cercueil rappelle la forme d’un cocon de papillon. Il est blanc crème. Une fois sous terre, il faut compter environ 45 jours avant qu’il se fonde au sol. Le processus ressemble au compostage : le corps et le cercueil se biodégradent en fournissant des nutriments à la terre. Mais à la différence du compostage des cadavres, ce n’est pas mécanique.
Le coffre mortuaire écologique est fabriqué à partir de mycélium et de fibres dans les installations de l’entreprise Loop Biotech, aux Pays-Bas. Son fondateur et directeur général, Bob Hendrikx, a expliqué à La Presse que ses produits sont cultivés avec la partie racinaire des champignons. Des fibres naturelles provenant de déchets agricoles de faible valeur sont ajoutées, dont des fibres de chanvre, de la pulpe de maïs et de la cosse (l’enveloppe) de riz.
On a aussi des urnes pour animaux. Nous mélangeons les ingrédients et les plaçons dans un moule spécialement conçu pour nos cercueils et nos urnes funéraires. Le cercueil (Living Cocoon) respecte les pratiques funéraires existantes dans le monde. Il convient à l’inhumation naturelle, traditionnelle et à la crémation.
Par l’entremise des pompes funèbres, les cercueils de Loop Biotech sont disponibles au Canada et aux États-Unis. Afin de réduire l’empreinte carbone, ils sont transportés par voie maritime, dans des conteneurs. Le dirigeant est conscient que le transport enlève de la valeur écologique aux cercueils, mais il affirme à La Presse que son entreprise achète des crédits carbone. Elle ambitionne d’ouvrir des antennes de production locale au Canada.
PHOTO FOURNIE PAR LOOP BIOTECH
Le cercueil (Living Cocoon) respecte les pratiques funéraires existantes dans le monde.
Moins de 10 % des gens chez nous choisissent de nos jours d’être enterrés dans un cercueil traditionnel, souligne Mathieu Houle, directeur général de la Fédération des coopératives funéraires du Québec (FCFQ).
Ce changement d’habitude s’explique par les coûts exorbitants d’une sépulture au cimetière, jusqu’à 6000 $ à Montréal. La crémation (par le feu) et l’aquamation (par l’eau) ont la cote même si ce sont des options polluantes. Dans ce contexte, M. Houle croit que l’urne faite de champignons pourrait se tailler une place dans le marché de fin de vie écologique. De plus en plus de cimetières ont des portions écologiques, sans monument, où il est possible de planter un arbre, fait-il remarquer.
Est-ce légal ?
Au Québec, la Loi sur les activités funéraires relève du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Elle prévoit que pour toute inhumation, le cadavre doit être déposé dans un cercueil de manière à empêcher les écoulements et à permettre une manipulation sécuritaire du cadavre, a rappelé une porte-parole du ministère, Marie-Pierre Blier. Un processus de consultation est en cours pour analyser la légalisation d’une inhumation dans un cercueil fait de champignons, ainsi que le compostage des cadavres.
« De nombreux éléments doivent être considérés, notamment les risques d’un point de vue de santé publique quant à la transmission de maladies, ou encore les enjeux éthiques », a précisé Mme Blier.
Depuis deux ans, Mathieu Houle a des échanges avec le MSSS afin de légaliser la réduction organique naturelle. Chez les Américains, c’est permis dans 25 États, rappelle le directeur de la FCFQ.
« J’ai visité des entreprises funéraires américaines. Le corps humain est placé dans un vaisseau fermé avec de la luzerne, de la paille. Ça prend de quatre à six semaines. À la fin, tout comme pour les restes d’une crémation, les ossements sont broyés, transformés en substrats », ajoute le dirigeant de la FCFQ.
La Fédération s’est penchée sur l’impact environnemental de la fabrication d’un cercueil en bois, de sa décomposition, de la putréfaction du corps. Selon ses conclusions publiées dans le Guide de la coopérative funéraire écoresponsable1, ces trois éléments génèrent jusqu’à 127 kg de dioxyde de carbone (CO2), ce qui est comparable à un trajet en voiture berline de 300 km.
Au Royaume-Uni, des études sur les émissions dégagées par les crématoriums et leurs effets sur la qualité de l’air ont révélé que le processus dégage 1,35 tonne de mercure par an, en plus des particules fines. Plusieurs polluants nocifs pour la santé sont décortiqués, dont l’oxyde de soufre, le monoxyde de carbone et les émanations causées par les plombages, les vêtements et les produits de conservation présents dans la dépouille2.
À la Fondation David Suzuki, des environnementalistes ont étudié les différentes options de fin de vie écologiques3. La spécialiste de l’engagement au Québec, Laurence Bolduc, rappelle que de plus en plus de gens réfléchissent durant toute leur vie à réduire leur empreinte écologique. « Il est normal de vouloir de plus en plus des options d’enterrement vert », dit-elle.
1. Consultez le Guide de la coopérative funéraire écoresponsable 2. Consultez le rapport du Centre de collaboration nationale en santé environnementale 3. Lisez l’infolettre de la Fondation David Suzuki
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