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Saturday, October 10, 2026

Pourquoi les jeunes anglophones continuent-ils de quitter le Québec?

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Pourquoi les jeunes anglophones quittent-ils davantage le Québec que le reste de la population de la province ? La réponse a peut-être plus à voir avec le manque de perspectives économiques qu’avec la question nationale ou les débats linguistiques, laisse entendre une nouvelle étude de l’Université Concordia.

Réalisée pour le compte du Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise (QUESCREN en anglais), cette revue de littérature scientifique fait l’inventaire des travaux de recherche sur l’émigration des jeunes Québécois d’expression anglaise depuis les années 1970.

L’historien Simon-Pierre Lacasse, directeur de la recherche de QUESCREN, et la chercheuse étudiante Meghan Rulli se sont abreuvés à une soixantaine de sources différentes (rapports et études démographiques) pour produire cet état des lieux.

Rappelons qu’environ 20 % de la population de langue maternelle anglaise du Québec a quitté la province entre la fin des années 1960 et les années 1980. Le mouvement a été particulièrement fort entre 1976 et 1981. On estime qu’ils ont été près de 150 000 à quitter le Québec pour d’autres provinces canadiennes durant cette période.

L’exode se poursuit toujours, mais à un rythme plus lent, rappellent les chercheurs en citant Statistique Canada. Entre 2016 et 2021, plus de 50 000 Québécois de langue anglaise ont quitté la province pour le reste du Canada. Un nombre semblable d’anglophones a fait le chemin inverse.

Les jeunes de 20 à 29 ans sont surreprésentés parmi ces anglophones qui partent, ce qui soulève des craintes pour la vitalité de leur communauté.

« Perte de talents »

« Il y a souvent une corrélation avec les personnes qui ont un très haut niveau d’éducation et/ou des revenus plus élevés. C’est souvent perçu comme une perte de talents et de personnes qui pourraient contribuer de manière significative à la société québécoise dans son ensemble, puis aux communautés d’expression anglaise elles-mêmes », explique Simon-Pierre Lacasse en citant le déclin démographique de plusieurs communautés à l’extérieur de Montréal, dont en Estrie, en Outaouais et en Gaspésie.

Si dans le passé les chercheurs ont d’abord mis l’accent sur le contexte politique découlant de l’élection du Parti québécois en 1976 et de la tenue du premier référendum quatre ans plus tard, ce sont désormais l’insertion professionnelle, les disparités régionales et l’identité qui retiennent l’attention des universitaires.

Parmi les raisons citées pour quitter le Québec, on mentionne de meilleures perspectives d’emploi et de carrière ailleurs au Canada ou encore le sentiment d’exclusion né du fait d’appartenir à un groupe minoritaire.

« Dans les années 1960, la communauté anglophone était généralement plus aisée [que les francophones] sur le plan socio-économique. Mais ce portrait est complètement inversé aujourd’hui du fait qu’une personne unilingue anglophone fait face à de nombreux défis d’insertion professionnelle, particulièrement à l’extérieur de Montréal. Donc, le taux de pauvreté est plus élevé chez cette population », soutient M. Lacasse en citant une étude récente sur la question.

Le portrait des locuteurs anglophones a également changé. Les gens d’ascendance britannique qui ont quitté le Québec au fil du temps ont souvent été remplacés par des immigrants venus des quatre coins du globe. La connaissance du français est également beaucoup plus grande qu’à l’époque de la commission Laurendeau-Dunton, particulièrement chez les jeunes.

« On doit déconstruire cette image d’une communauté anglophone très homogène, composée de personnes blanches d’origine anglaise. C’est un groupe qui est extrêmement diversifié », indique M. Lacasse, qui voit une perte importante pour le Québec dans le départ des jeunes anglophones.

« C’est une perte parce que les anglophones qui parlent bien français, ou les personnes issues de l’immigration qui préfèrent l’anglais, mais qui parlent aussi français, sont souvent nos meilleurs représentants à l’extérieur du Québec pour aider à faire comprendre les enjeux de la société québécoise. Non seulement ils jouent un rôle de transmission de la culture et de la distinction québécoise à l’extérieur de nos frontières, mais ils font aussi partie d’une forme de diversité ethnique et culturelle qu’on devrait célébrer au Québec. »

Un nouvel exode à prévoir ?

La victoire du Parti québécois aux dernières élections et la promesse de tenir un nouveau référendum pourraient-elles provoquer un nouvel exode ?

Le scénario semble « improbable » aux yeux de Simon-Pierre Lacasse, qui note que « le niveau d’intégration de la population d’expression anglaise [à la société québécoise] est beaucoup plus grand qu’il ne l’était avant. Le bilinguisme est également très répandu ».

La place de la communauté anglophone dans le Québec demeure tout de même une source de questionnement pour plusieurs.

« C’est une conversation que les familles ont autour de la table et qu’on peut résumer par une seule phrase : Should I stay or should I go ? Est-ce que les opportunités sont là pour une personne éduquée ? Parfois, on a l’impression que c’est difficile d’être soi-même au Québec. Même en respectant le fait français et en appréciant le Québec, il semble qu’il n’y a pas de place pour une identité anglophone », dit M. Lacasse, en soulignant le peu d’espace accordé à la situation particulière des communautés d’expression anglaise dans le paysage médiatique et politique francophone.

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