Englouti : un humain peut-il réellement être avalé vivant par un cachalot ?

Dans "Englouti", Austin Abrams a une heure pour s'échapper de l'estomac du cachalot qui l'a avalé. Mais une telle prouesse est-elle possible ? Les cachalots peuvent-ils avaler des êtres humains ? Un scientifique répond.

Dans Englouti, actuellement au cinéma, Austin Abrams incarne Jay, un plongeur parti au large de la Californie à la recherche de la dépouille de son père, interprété par Josh Brolin. Alors qu'il explore les fonds marins, il est avalé par un énorme cachalot. Prisonnier de l'animal, il ne lui reste qu'une heure d'oxygène pour trouver une issue.
Comme nous vous le racontions dans notre article consacré au tournage d'Englouti, le réalisateur Brian Duffield a fait construire des décors reproduisant différentes parties de l'anatomie du cachalot, afin de permettre à Austin Abrams d'évoluer physiquement dans cet environnement particulièrement étroit. L'équipe s'est notamment appuyée sur des recherches anatomiques et des conseils scientifiques pour rendre ces scènes aussi crédibles que possible à l'écran.
Mais si les conditions de tournage ont été pensées pour renforcer le réalisme de cette expérience, qu'en est-il de la situation racontée dans le film ? Une telle mésaventure est-elle réellement possible ? Et surtout, un être humain pourrait-il survivre assez longtemps pour tenter de s'échapper ?
Un humain peut-il vraiment être avalé par un cachalot ?
A l'occasion de la sortie du film de Brian Duffield, le magazine scientifique Science News s'est penché sur cette question en interrogeant Joy Reidenberg, anatomiste comparée à l'Icahn School of Medicine de Mount Sinai, qui a d'ailleurs conseillé l'équipe du film.
Selon la spécialiste, un très grand cachalot mâle adulte, mesurant au moins 18 mètres de long, pourrait physiquement avaler un être humain. Une possibilité qui ne signifie toutefois pas qu'un tel événement soit probable.
Le cachalot se nourrit notamment de calmars, dont des calmars géants, ainsi que d'autres animaux marins. Dans le film, c'est d'ailleurs en avalant un calmar géant que le cétacé ingurgite Jay. Le céphalopode s'accroche au plongeur avec ses tentacules.
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À la connaissance des spécialistes interrogés par Science News, aucun cas avéré d'être humain avalé par un cachalot n'a été documenté. La situation imaginée dans Englouti ne s'inspire donc pas d'un fait réel.
Shane Gero, biologiste marin de Project CETI, souligne d'ailleurs que les chercheurs ne sont pas certains que les cachalots avalent systématiquement leurs proies entières. "Lorsqu'ils remontent à la surface avec des calmars", explique-t-il au magazine scientifique, "il arrive que des morceaux dépassent littéralement de leur bouche ou flottent derrière eux."
Des humains ont certes été accidentellement pris dans la bouche de baleines en train de se nourrir, avant d'être relâchés. En 2019, un photographe animalier a notamment été brièvement happé par une baleine de Bryde au large de l'Afrique du Sud, avant d'être recraché. De même, en février 2025, un kayakiste était avalé par une baleine à bosse qui l'a immédiatement recraché. Mais ces incidents ne prouvent pas qu'une personne puisse être avalée puis survivre dans le système digestif d'un cétacé. Désolé de briser le rêve des fans de Pinocchio, qui se souviennent que Geppetto avait survécu dans le ventre de la baleine Monstro...
Une heure dans l'estomac d'un cachalot : est-ce possible ?
C'est là que le scénario du film devient beaucoup plus difficile à envisager scientifiquement. Shane Gero estime qu'une personne aurait de grandes difficultés à survivre dès son entrée dans la bouche du cachalot. Le mouvement de l'eau, les chocs et les réactions de l'animal pourraient notamment provoquer des blessures graves ou une noyade. Le biologiste évoque également le risque que le corps humain, équipé d'une bouteille de plongée, constitue un obstacle dangereux pour un animal qui se nourrit principalement de calmars.
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Même en supposant que le plongeur parvienne jusque dans l'estomac, ses chances de survie resteraient très faibles. Le tube digestif d'un mammifère n'est pas un environnement dans lequel une proie peut vivre : les sucs digestifs, les gaz et les contraintes physiques représentent autant de dangers. Des dangers que montrent d'ailleurs clairement le film, quand Jay est broyé dans l'estomac puis brûlé par les sucs digestifs.
Joy Reidenberg explique dans le même article que l'estomac du cachalot comporte quatre compartiments. Le premier est doté de parois musculaires épaisses qui participent au traitement mécanique des aliments étant donné que les dents du cachalot, présentes uniquement sur la mâchoire inférieure, sont pointues et ne lui permettent pas de mâcher comme le font les humains.
L'intérieur de cet organe ne ressemble donc pas à une cavité dans laquelle un plongeur pourrait facilement se déplacer. Selon l'anatomiste, les parois sont essentiellement humides, visqueuses et molles, offrant peu de prises pour s'agripper et progresser. Des conseils que l'anatomiste a d'ailleurs prodigué à l'équipe du film afin que ces derniers construisent des estomacs réalistes à l'écran.
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Dans Englouti, Jay doit trouver une solution pour sortir du cachalot avant que son oxygène ne s'épuise. Mais les connaissances scientifiques disponibles ne permettent pas de considérer une telle évasion comme réaliste.
Si l'anatomie d'un très grand cachalot rend l'ingestion accidentelle d'une personne physiquement envisageable, les chances de survivre à l'entrée dans sa bouche, puis de rester vivant dans son système digestif pendant une heure, paraissent extrêmement faibles.
Adapté du roman "Whalefall" de Daniel Kraus, publié en 2023, le film de Brian Duffield transforme cette situation exceptionnelle en un récit de survie haletant. Le réalisateur et son équipe se sont appuyés sur les recherches scientifiques et les conseils de spécialistes des cétacés pour tenter de rendre cette expérience aussi crédible que possible à l'écran, notamment grâce à la reconstitution physique de l'intérieur du cachalot.
Mais Englouti ne se résume pas à un combat pour la survie. En tentant de retrouver les restes de son père, Jay doit aussi affronter les sentiments contradictoires que celui-ci lui a laissés, entre douleur, culpabilité et difficulté à faire son deuil. Le film raconte ainsi un cheminement intime, dans lequel la lutte pour rester en vie se double d'une confrontation avec un passé douloureux.
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