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Sunday, November 1, 2026

Découverte extraordinaire en Antarctique : ces “forêts animales” cachées sous la glace révèlent un monde insoupçonné

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« Carnet d'escale » : Une plongée dans l'invisible, là où le bleu s'assombrit jusqu'au noir et où la lumière révèle soudain l'inattendu. Chaque carnet raconte une immersion, une traversée sensible entre exploration et émerveillement. Gorgones flamboyantes, reliefs secrets, silhouettes furtives et rencontres suspendues composent un monde que peu de regards ont contemplé. Au fil de la descente, les repères s'effacent, les couleurs renaissent sous les faisceaux et l'inconnu se dévoile par fragments. Ici, chaque image devient une trace, chaque rencontre une émotion, chaque plongée une histoire à ramener à la surface.

Une musique accompagne ces mots, profonde et magnétique. Laissez-la vous entraîner du bleu vers le noir, là où la lumière révèle ce que l'océan gardait secret.

Du bleu au noir, la lumière se déshabille,
Et soudain, dans la nuit, les gorgones s’embrasent.
Rouges, pourpres, elles ondulent et scintillent,
Comme des fleurs interdites au cœur des abysses.
Nos souffles se perdent dans ce jardin secret —
La mer nous attire, nous trouble, nous enlace,
Et le noir, doucement, devient lumière.
© Agnès

Cinquante bras dans la nuit antarctique : rencontre avec une étoile de mer hors norme

Dans les eaux glacées de l'Antarctique, la descente commence, mètre après mètre, vers un territoire où la lumière se raréfie et où le vivant prend des formes presque irréelles. On retrouve ses habitudes en quelques minutes, tous les feux sont au vert. On continue : 70 m, 80 m, 90 m. La pente s'arrondit doucement, et je suis surpris par la lumière qui perce jusqu'ici.

Ça y est, nous sommes à 100 m en Antarctique et on plonge ! L'expédition a démarré.

Il fait sombre, mais l'eau est claire et l'atmosphère teintée de bleu. On prend quelques minutes dans la zone pour découvrir notre nouveau jardin et les espèces qui l'habitent, prendre des repères et faire des images. Puis pendant notre lente remontée, nous découvrons un monde coloré et vivant, dont nous prélevons les premiers échantillons. Gorgones, « ice fish » et cette impressionnante étoile de mer, Labidiaster annulatus, pouvant posséder jusqu'à une cinquantaine de bras... Partout où porte le regard, le fond est étonnamment riche et couvert d'une multitude d'espèces.

Avec ses dizaines de bras, Labidiaster annulatus semble appartenir à un autre monde. Pourtant, derrière cette silhouette spectaculaire se cache un redoutable prédateur. L’étoile peut capturer dans l’eau du krill, des amphipodes et même de petits poissons. Ses bras sont équipés de pédicellaires, de minuscules structures préhensiles capables de saisir les proies, qui sont ensuite ramenées vers sa bouche. Une étonnante stratégie de chasse pour une étoile de mer. © Franck Gazzola/Under The Pole, tous droits réservés 

Après 2 h 30 de plongée dans une eau à -1 °C, nous émergeons, fatigués, le visage bouffi par le froid, mais heureux. Pour une première, c'est une belle et grosse plongée ! Un choix délibéré pour donner le ton du programme de notre exploration de la zone mésophotique -- du grec meso, qui signifie « entre deux », et photique, « lumière » --, cet espace entre la surface et les abysses, notre terrain d'étude privilégié, entre 30 et 200 m environ. Ici, chaque plongée se gagne et se paie au prix fort ; il convient de profiter de chacune d'entre elles au maximum.

Dans les profondeurs de l’Antarctique, la lumière révèle un jardin vivant insoupçonné

Sous la surface de l'océan Austral, la lumière se fait rare. Pourtant, sous le faisceau des plongeurs, surgit un jardin aux couleurs presque irréelles.

Nous sommes le 24 décembre et je plonge aujourd'hui, partagée entre impatience et appréhension. Depuis notre première expédition au pôle Nord géographique, je sais la douleur physique qui accompagne ces immersions mais aussi l'émerveillement qu'elles procurent. Le matériel a évolué -- nous offrant plus de confort grâce aux combinaisons chauffantes -- mais notre pratique a évolué également : de plongées qui dépassaient rarement 1 h 30, nos immersions profondes durent à présent rarement moins de trois heures. Engoncée dans ma combi, équipée d'une couche-culotte pour uriner et harnachée à près de 100 kg de matériel -- le double de mon poids --, il faut une ou deux personnes pour m'aider à me relever et m'accompagner à la porte d'où l'on saute à l'eau.

Possible Mycale acerata.  @Franck Gazzola/UTP, tous droits réservés  

Je suis en binôme avec Lorenzo pour effectuer des prélèvements. Ghislain et Max font du photoquadrat et des images. L'eau est claire et d'un beau bleu mais se trouble dès qu'on touche le fond. Je me stabilise du mieux que je peux -- je suis si lourde ! -- et prends quelques secondes pour admirer les couleurs et la diversité des espèces qu'on pourrait croire sorties du film Avatar.

Jaune éclatant, orange vif, blanc : sous les éclairages des plongeurs, les couleurs de ce jardin animal se révèlent avec une intensité saisissante. À ces profondeurs, l'eau absorbe progressivement une partie des couleurs de la lumière naturelle ; les lampes permettent d'en restituer l'éclat. Parmi elles, [NOM SCIENTIFIQUE], dont les formes jaunes spectaculaires dominent ici le paysage.

Possible Isodictya sp. © Franck Gazzola/UTP, tous droits réservés  

Nous rions beaucoup en peinant à attraper les espèces et à les mettre dans les sachets plastiques avec nos gants étanches. Nudibranches énormes, méduses délicates, gorgones, éponges orange vif, la vie est partout, poétique et délicate.

Comme souvent, absorbés par le travail, nous allons faire les paliers de décompression maximum. Ils seront difficiles, car nous ne trouvons pas de fond pour nous poser à 6 m et le fort courant nous oblige à nous accrocher au dévidoir du parachute que Lorenzo a attaché à un rocher.

Le passager presque invisible de la gorgone antarctique

À première vue, on ne voit que la gorgone. Puis une silhouette apparaît : un minuscule crustacé, presque parfaitement accordé aux couleurs de son hôte. Installé parmi l'épifaune qui recouvre ses branches, il se fond dans ce paysage vivant au point de devenir presque invisible.

Un isopode (possible Antarcturus sp.) © Franck Gazzola/UTP, tous droits réservés 

À cette échelle, la gorgone n'est plus seulement un animal : elle devient tout un monde.

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Une expédition à la recherche des forêts animales marines Emmanuelle Périé-Bardout Ghislain Bardout
Photographies de Franck Gazzola - Préface de Camille Etienne

Terre d'exploration cernée par les glaces et battue par les vents, l'Antarctique, par son isolement et son climat extrême, a longtemps défié les explorateurs des XIXe et XXe siècles. Après vingt ans d'expéditions Under The Pole en Arctique, Emmanuelle Périé-Bardout, Ghislain Bardout et leur équipe sont partis à la découverte des profondeurs de l'Antarctique.

Durant l'été austral 2025-2026, en collaboration avec le CNRS, ils mènent une campagne de plongée scientifique sans précédent. Ce livre raconte cette aventure hors-norme : les mois de préparation, la tension du passage du Drake, l'engagement des plongées extrêmes jusqu'à 130 m, mais aussi la force du collectif, les découvertes scientifiques et les enjeux cruciaux de préservation. Porté par les récits croisés d'Emmanuelle et Ghislain, enrichi de photographies inédites du monde sous-marin antarctique, l'ouvrage propose des éclairages pour comprendre toutes les dimensions -- humaines, scientifiques et environnementales -- de cette expédition unique.

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