Difficile de retenir les jeunes infirmières au sein de la profession
La rétention des jeunes infirmières au pays demeure difficile, même si la situation s’améliore dans certaines provinces. Pour 100 infirmières de moins de 35 ans qui se sont inscrites pour exercer la profession au Canada, 34 n’ont pas renouvelé leur inscription, révèle une note de l’Institut économique de Montréal (IEDM) publiée jeudi.
Les données de l’IEDM sont issues de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) qui compile les demandes d’inscription à des fins d’exercice auprès des organismes de réglementation professionnelle du personnel infirmier dans les provinces et les territoires.
On ne connaît donc pas les raisons qui ont motivé les infirmières à ne pas renouveler leur permis d’exercice. Néanmoins, les données ne sont pas rassurantes, selon Gabriel Giguère, analyste en politiques publiques à l’IEDM et coauteur du rapport. « Cela envoie un message très clair sur la capacité de rétention des jeunes infirmières qui est mauvais », commente-t-il en entrevue.
Lorsqu’on compare les chiffres de 2023 à 2024, on constate pour la majorité des provinces une amélioration de la variation des jeunes infirmières quittant la profession par rapport à celles qui l’intègrent. « Autrement dit, le ratio devient plus bas en matière de sortie des jeunes infirmières par rapport aux entrées. Mais je tiens à dire quand même que le Québec est la province qui a l’amélioration la plus petite par rapport aux autres. Donc une baisse de 2 % », pointe M. Giguère.
À titre comparatif, la diminution était de 17 % en Ontario et la moyenne canadienne (excluant les territoires) était une baisse de 12 %.
Au Québec, les données montrent que 37 infirmières de moins de 35 ans n’ont pas renouvelé leur permis d’exercice pour 100 infirmières qui sont entrées sur le marché du travail en 2024.
« Ce que ça vient dire de nous, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas très bien en matière de rétention et c’est d’autant plus grave dans une perspective où on a un vieillissement de la population au Québec », souligne M. Giguère.
L’impact des agences de placement
Selon l’IEDM, la stagnation au Québec a un lien avec la mise en œuvre du projet de loi 10, qui a fait en sorte de réduire progressivement le recours aux agences de placement d’infirmières, et éventuellement d’y mettre fin complètement. L’organisme associé à la droite économique croit qu’il faudrait abolir ces dispositions pour permettre aux agences privées d’exister, car elles offrent une flexibilité aux infirmières qui pourrait favoriser leur rétention au sein de la profession.
« Ça peut être parfois assez complexe quand vous êtes une jeune infirmière qui rejoint le marché du travail. Vous avez les quarts de nuit, vous avez des quarts qui sont les moins intéressants parce qu’il y a un processus d’ancienneté pour établir les horaires. […] C’est extrêmement difficile à conjuguer la vie professionnelle et la vie familiale, de sorte que les agences permettent à ces infirmières d’avoir plus de flexibilité et de convenir à leurs horaires », explique M. Giguère.
Il est également d’avis que le Québec devrait prendre exemple sur la Colombie-Britannique, qui était en 2024 la province où le ratio sorties / entrées de jeunes infirmières était le plus faible. C’est aussi la province s’étant le plus améliorée au cours des 10 dernières années, ayant réduit de 53 % le taux de roulement des jeunes infirmières.
La Colombie-Britannique a des bassins d’échange de quarts de travail qui permettent aux infirmières d’échanger leurs quarts sans avoir à obtenir l’autorisation de l’administration. « Dans un cadre où on sait que la flexibilité est l’un des grands problèmes pour les infirmières, surtout pour les jeunes infirmières, […] où les bons horaires sont souvent pour les personnes les plus expérimentées, c’est sûr que d’avoir une dynamique qui facilite cet échange serait la bienvenue comme en Colombie-Britannique », soutient M. Giguère.
D’autre part, la note de l’IEDM met de l’avant qu’à l’échelle du pays, la proportion des infirmières de moins de 35 ans est passée de 27,7 % en 2014 à plus de 30 % en 2017 et se maintient autour de 30 % à 31 % depuis.
De plus, le nombre de postes à pourvoir, qui s’élevait à plus de 27 000 en 2025, a baissé par rapport à son sommet de quelque 41 000 postes à pourvoir en 2023. « Quand on le regarde année par année, c’est une bonne chose évidemment d’avoir moins de postes à pourvoir », convient M. Giguère. Il nuance toutefois que la trajectoire sur 10 ans ne va pas dans la bonne direction. En 2016, un peu plus de 9000 postes étaient à pourvoir, soit trois fois moins qu’aujourd’hui.
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