Trois Nations innues critiquent les promoteurs du projet de GNL Marinvest Energy
Les Premières Nations innues d’Essipit, de Mashteuiatsh et de Pessamit critiquent sans détour les promoteurs du gazoduc et de l’usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) Marinvest Energy. Elles exigent davantage d’information sur le dossier, mais aussi des « études indépendantes rigoureuses et approfondies » des impacts de ce projet qui serait construit sur leurs territoires ancestraux.
Dans le cadre d’une sortie publique conjointe, les Premières Nations réfutent l’affirmation des promoteurs du projet de GNL Marinvest Energy, rebaptisé Kino Aski, voulant que la réalisation de ce complexe d’exportation de gaz albertain serait « dirigé par les Premières Nations ».
« Nous précisons que nos trois Premières Nations, qui seraient les plus directement impactées par le projet de gazoduc et d’usines de liquéfaction, n’ont, à ce jour, ni consenti au projet ni confié à Kino Aski LNG le mandat de les représenter, de parler en leur nom ou de laisser entendre qu’elles appuient cette initiative », peut-on lire dans un communiqué publié mardi.
Les trois communautés déplorent du même souffle le manque d’information, et donc l’impossibilité de se « prononcer pleinement » sur le mégaprojet industriel estimé à 30 milliards de dollars.
Leur communiqué évoque d’ailleurs l’idée de mettre « sur pause » le projet, qui fait l’objet de discussions et de démarches derrière des portes closes en partenariat avec le gouvernement de Mark Carney depuis le printemps 2025.
En mai 2025, Ressources naturelles Canada soulignait à l’entreprise qu’Énergie Saguenay et le projet GNL Québec « ont rencontré une opposition des communautés autochtones, notamment les Innus du nord du Québec ». Le ministère fédéral souhaitait donc donner des conseils pour éviter la répétition d’un tel échec, selon ce qui se dégage des quelques informations qui n’ont pas été caviardées dans des documents obtenus par Greenpeace grâce à la Loi sur l’accès à l’information.
« Études indépendantes » exigées
Les Premières Nations innues exigent aussi « la tenue d’études indépendantes rigoureuses et approfondies sur les enjeux environnementaux, sociaux et économiques, pour tout projet sur nos territoires ancestraux ». Elles soulignent que ce sont « les conditions essentielles permettant à nos communautés d’évaluer les répercussions des projets selon leurs propres priorités et processus décisionnels. Ce n’est qu’au terme de cette démarche que nos Premières Nations pourront déterminer librement si elles consentent ou non aux projets ».
À l’heure actuelle, les promoteurs de ce projet très similaire au défunt complexe gazier de GNL Québec poursuivent leurs démarches.
Même si leur projet n’a toujours pas été présenté publiquement, que les élus en ignorent les détails et qu’il n’a pas encore été soumis à une évaluation environnementale, il a été mis en avant le mois dernier au Sommet canadien de l’investissement. Cet événement était organisé par le premier ministre Mark Carney pour « faciliter » le développement de projets industriels.
Le résumé présenté aux investisseurs potentiels détaillait d’ailleurs les principaux éléments de ce qui serait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec, et dont l’existence avait été dévoilée par Le Devoir en juillet 2025.
Il est question de construire un gazoduc d’environ 1000 km au cœur de la forêt boréale, mais aussi d’installer trois usines flottantes de production de GNL dans les eaux du Saint-Laurent, sur la Côte-Nord, plus précisément à Baie-Comeau. « Fruit d’un partenariat entre des acteurs autochtones et des acteurs du secteur privé, ce projet est conçu pour produire jusqu’à 15 millions de tonnes de GNL à très faibles émissions par an », soulignait aussi le prospectus.
Le projet Kino Aski, « dirigé par les Premières Nations »
Après avoir travaillé en coulisses avec le gouvernement Carney, Marinvest Energy a annoncé en août que la réalisation de son projet avait été confiée à une entité dirigée par « les Premières Nations ».
Le changement de nom pour Kino Aski découle de cette annonce. Pour le moment, seule la nation atikamekw a accepté d’y prendre part, même si le projet empiéterait aussi sur les territoires des Anichinabés, des Cris et des Innus au Québec.
En entrevue au Devoir, le chef du conseil de la Nation Anishnabe du Lac Simon, Lucien Wabanonik, a déjà affirmé que les promoteurs avaient offert de l’argent dès la première rencontre de présentation.
L’implication des Premières Nations ouvrirait la porte à du financement fédéral, mais aussi à une éventuelle autorisation accélérée et garantie en tant que projet « d’intérêt national ». Dans un courriel daté du 30 avril 2025 et rédigé en prévision d’une « rencontre », l’organisme Investir au Canada indiquait déjà que Marinvest Energy voulait obtenir des informations sur « des aides existantes » pour que les communautés autochtones participent au projet de gazoduc.
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