Escapade nordique pour Yannick Nézet-Séguin et l’OM chez Deutsche Grammophon
Depuis vendredi, Deutsche Grammophon diffuse sur les plateformes d’écoute et propose en téléchargement un nouvel enregistrement de la violoniste María Dueñas, moins de deux mois après son Homage to Heifetz, célébré dans ces colonnes. Il s’agit cette fois du Concerto pour violon de Johan Halvorsen, dirigé par Yannick Nézet-Séguin avec l’Orchestre Métropolitain (OM).
C’est quasiment au débotté que Deutsche Grammophon a fait part du « largage » — comment dire autrement ? — de cet enregistrement sur les plateformes d’écoute, le vendredi 16 octobre dernier. Cette attitude contraste fortement avec les fanfares et trompettes qui avaient annoncé, plusieurs mois à l’avance, le disque précédent de la violoniste espagnole de 23 ans, qui comprend une ardente interprétation de la Symphonie espagnole de Lalo et du Concerto pour violon de Korngold, sous la direction de Gustavo Dudamel avec le Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela.
Discrétion
Les pages Facebook de Yannick Nézet-Séguin ou de l’OM n’avaient d’ailleurs rien anticipé, l’Orchestre n’en ayant fait mention que samedi. Après l’important album réunissant le Requiem et la Messe en ut mineur de Mozart joués par le Chamber Orchestra of Europe, qui n’a toujours pas été édité en CD, il y a de quoi s’étonner une nouvelle fois du traitement cavalier réservé à une vedette comme Yannick Nézet-Séguin par son éditeur phonographique.
Mais les « maisons de disques », comme on les appelait jadis, savent-elles encore ce qu’elles vendent, ou ce qu’est leur métier ? En l’occurrence, ce concerto, grande et belle rareté, était aussi une occasion pour un « coup éditorial ». Johan Halvorsen (1864-1935), qui suit Grieg d’une génération, avait pour habitude de brûler les partitions qui ne lui plaisaient pas. On considérait que tel avait été le sort de ce concerto composé en 1908. Or, cet opus 28 d’Halvorsen, dédié à la violoniste canadienne Kathleen Parlow, originaire de Calgary (elle a joué l’œuvre à trois reprises en 1909), a refait surface en 2016 à la bibliothèque de l’Université de Toronto. Cette dernière, dépositaire du fonds Parlow, avait, semble-t-il, omis de cataloguer ce trésor. La partition manuscrite, d’une émouvante clarté, est désormais accessible à tous sur Internet.
Concert
María Dueñas et Yannick Nézet-Séguin ont présenté ce concerto — d’un romantisme un peu dans la lignée de ceux de Max Bruch — en novembre 2023 en concert à Montréal, une prestation captée et ici éditée. Enfin, « éditée », on s’entend…
La logique aurait voulu que pareille rareté, qui ne compte qu’un seul enregistrement concurrent au catalogue (Henning Kraggerud et Bjarte Engeset chez Naxos), soit couplée à un ou plusieurs autres concertos nordiques (les deux de Tveitt, le Premier Concerto et la Romance de Sinding, pour rester en Norvège, le concerto du Danois Gade, du Suédois Atterberg ou du Finlandais Sibelius) pour composer un album d’une lumineuse originalité. Mais non !
Reste alors, sur Internet ou en fichier numérique (donc sans le livret, indispensable à la compréhension de la genèse et de l’originalité du projet), une découverte d’une vingtaine de minutes, d’une belle générosité, couronnée par un Finale folklorisant et servie dans les meilleures conditions (les aigus rayonnants et fiévreux de la soliste). Le programme y ajoute le bref Chant de la Veslemøy dans une version pour violon et orchestre. La pochette indique enfin que cette musique illustre le film Measures for a Funeral. Il s’agit d’un long métrage de la réalisatrice canadienne Sofia Bohdanowicz, inspiré par la redécouverte de cette partition, largement passée inaperçue.
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