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Monday, September 14, 2026

Au championnat du bénévolat

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Comme presque tous les enfants, Guy Marcotte a un jour appris à monter à vélo. « Le problème est que je n’ai jamais appris à en descendre ! » dit-il en riant. « Un peu comme Magdeleine, je pense ! » Magdeleine Vallières, c’est la championne du monde. Elle défendra son titre à Montréal, sur les pentes du mont Royal, le 26 septembre.

Ces jours derniers, de retour chez elle, à Sherbrooke, pour préparer cette course, Magdeleine a fait un crochet pour venir saluer Guy Marcotte, au retour d’une sortie d’entraînement. Marcotte a désormais 72 ans et de petits ennuis de santé. Il n’a pas cru bon d’immortaliser l’occasion par une photo. À quoi bon ? Pour lui, Magdeleine qui s’arrête en passant, ce n’est pas un événement. Juste la vie qui continue de rouler, comme avant.

« Je pense qu’elle revenait de grimper Beauvoir », dit-il. Le sanctuaire de Beauvoir surplombe Sherbrooke. La campagne qui l’entoure rétrécit comme une peau de chagrin, grignotée par un développement urbain qui monte lui aussi à toute vitesse, mais avec bien moins d’élégance.

« Quand nous organisions des entraînements avec le club cycliste, on montait souvent Beauvoir », raconte Marcotte. « Magdeleine, comme les autres, devait la monter au moins trois ou quatre fois. »

Tous les cyclistes de la région connaissent Beauvoir. Ils ont monté cette côte à 10 % jusqu’à s’en faire éclater les mollets, tout en découvrant, même incroyants, les vertus de la prière dans pareil enfer.

« Beauvoir, Magdeleine la monte encore quand elle vient à Sherbrooke », raconte Marcotte. « C’est une vraie chèvre de montagne, comme son père. Stéphane, il a couru, lui aussi, pour le club. Même à son âge, il n’y a pas grand monde qui peut suivre Stéphane dans les côtes. Il grimpe en maudit ! »

Tout en haut de Beauvoir, une petite chapelle de pierre abrite, derrière une vitre, des fragments d’os attribués à saint Placide, sainte Jeanne-Françoise de Chantal, saint Casta, saint Augustin, sainte Valentine, sainte Aurélie et compagnie. Pour les cyclistes qui font de cette montée leur chemin de croix, l’endroit a aussi quelque chose de sacré. Un jour, Magdeleine Vallières aura peut-être une place tout là-haut, parmi les saintes, son image veillant sur les adeptes de la petite reine au cœur de Sherbrooke, reine des Cantons-de-l’Est.

À compter de 1972, Guy Marcotte supervise quantité de courses régionales et veille à l’entraînement des jeunes cyclistes. Pendant des décennies, une bonne partie de son temps libre y passe. Avec d’autres, il encadre jusqu’à 35 jeunes à la fois, sans compter les adultes.

« Il fut un temps où nous possédions plus de 25 vélos pour les jeunes. Nous les prêtions à ceux et celles qui voulaient pratiquer le cyclisme mais qui n’avaient pas les moyens d’acheter un bon vélo. À l’automne, il me fallait plus d’un mois pour nettoyer les chaînes, ajuster les freins, graisser les roulements… »

Pour les filles, rien n’était adapté, se souvient-il. « Il n’y avait pas de vélos conçus pour elles. Je patentais des vélos pour que ça fasse aux filles, pour qu’elles puissent bien rouler. » Magdeleine est en partie le résultat de pareil bénévolat.

En plus d’entraîner les jeunes de Sherbrooke, Guy Marcotte participait à des compétitions. L’ancien professeur d’histoire se souvient avoir vu Magdeleine le rattraper plus d’une fois. « Je courais dans la catégorie des maîtres. Notre départ était donné 15 minutes avant celui des femmes. Quinze minutes ! Ben, imagine-toi que, dans les côtes, Magdeleine nous rattrapait… Et quand elle me dépassait, elle criait : “Envoye, Guy, envoye !” »

Geneviève, une des filles de Guy Marcotte, a entraîné Magdeleine à ses débuts. « Magdeleine devait être dans le club dès qu’elle a eu 10 ou 11 ans. Elle en mangeait, des kilomètres. Elle roulait, roulait, roulait… » Un phénomène unique ? « Chez nous, oui », laisse tomber Marcotte. « Championne du monde, imagine ! Elle me fait un peu penser à Marcel Roy. Il venait de Mégantic. Les côtes, il connaissait ça. En 1967, quand Marcel Roy est arrivé aux Jeux panaméricains, personne ne s’est inquiété de voir un Canadien partir tout seul… Et il a gagné ! Magdeleine, c’est comme ça aussi qu’elle a gagné son championnat du monde. Tout le monde l’a laissée aller en se disant : “Ah, c’est juste une Canadienne…” Avec son titre, son équipe n’a pas eu le choix de lui faire plus de place dans les courses. Elle a très bien fait toute la saison en Europe, même si c’est une des plus jeunes. »

Côté bénévolat, un peu dépité, Guy Marcotte a fini par faire un pas de côté en 2015 et se retirer. Mais il n’a jamais pour autant débarqué de son vélo, continuant d’avaler les kilomètres. Un peu moins cette année. Il s’est blessé au dos. Seulement 3000 kilomètres, donc. « Magdeleine, elle, doit rouler facilement plus de 20 000 kilomètres par année… »

Pourquoi pratiquer le vélo dans un monde où tous les écrans ne cessent de nous recracher surtout des images de hockey ? « Moi, ça me défoulait, le vélo. Et ça me défoule encore. J’ai toujours fait ça. Je vais continuer. J’ai pris de bonnes débarques, par exemple ! Le casque cassé… Le vélo plié en deux… J’ai failli me retrouver au moins une fois entre quatre planches ! À mon âge, les gens qui tombent et se blessent, d’habitude ils arrêtent après… » Mais personne n’est évidemment obligé de rouler à ce régime pour aimer le vélo.

Guy Marcotte ne comprend pas comment on peut avoir fait du vélo un ennemi à abattre. « Quand j’étais prof, c’était moins long de se rendre à l’école à vélo qu’en auto. Pour revenir, c’était encore plus rapide. » Pourquoi ne pas simplement organiser nos déplacements en conséquence ? « Nos déplacements pourraient être mieux pensés, dans bien des cas. »

Depuis plus de 50 ans, Guy Marcotte trouve dans le vélo une réponse toute simple à deux problèmes conjugués : se garder en mouvement et se déplacer. Alors, quand il voit des gens monter sur leurs grands chevaux contre les vélos, il a beaucoup de mal à les suivre.

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