« Les satellites fonctionnent, mais les soldats ne reçoivent plus rien » : la Russie exploite une faille de Starlink !

« Les satellites fonctionnent, mais les soldats ne reçoivent plus rien. » Sur le front ukrainien, ce scénario n'a plus rien d'hypothétique, explique Laurynas Mačiulis, P.-D.G. de la société lituanienne Astrolight. La Russie a déployé à plusieurs reprises son système de guerre électronique « Guarantor » afin de brouiller les connexions Starlink utilisées par les forces ukrainiennes, perturbant les communications sur le champ de bataille. Kyiv a déjà détruit plusieurs de ces systèmes, mais l'épisode révèle une fragilité plus profonde.
Un maillon faible persistant
L'architecture des constellations modernes repose sur un paradoxe. Starlink et les projets conçus à des fins de défense, dont le programme européen Iris², adoptent des communications optiques pratiquement impossibles à brouiller pour les liaisons entre satellites.
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En revanche, la connexion entre le satellite et l'utilisateur au sol repose encore largement sur les radiofréquences traditionnelles, particulièrement vulnérables au brouillage. Il suffit donc de neutraliser cette liaison finale pour priver les troupes de connectivité, même lorsque l'infrastructure orbitale reste pleinement opérationnelle. C'est précisément ce point faible que cible « Guarantor ».
— Starlink (@Starlink) October 6, 2026Constant communication is what makes autonomy like this safe. Early contact lets us take maneuvering responsibility, publish ephemeris faster than ground radar can catalog the object, and deorbit and keep commanding through demise if needed
We treat early communications as a… pic.twitter.com/ptbfSau69s
Une dépendance appelée à croître
Cette vulnérabilité prend une dimension croissante à mesure que les armées s'appuient sur les infrastructures spatiales.
Selon Novaspace, la défense représente désormais 54 % des dépenses publiques mondiales consacrées à l'espace et les budgets devraient augmenter fortement à partir de 2026. Pour Laurynas Mačiulis, ingénieur spatial, les liaisons radiofréquences entre satellites et utilisateurs au sol deviendront de plus en plus des cibles privilégiées de la guerre électronique.
Le pari du laser
Face à ce constat, Astrolight développe des systèmes de communication optique qui ne se limitent pas aux liaisons inter-satellites : ils relient des ressources dans l'espace, au sol et en mer. Les faisceaux laser, étroitement focalisés, sont extrêmement difficiles à détecter, à brouiller ou à intercepter, contrairement aux ondes radio.
L'entreprise lituanienne met en avant plusieurs éléments de crédibilité : des systèmes testés lors de grands exercices de l'Otan, dont « Dynamic Messenger », ainsi qu'avec la marine lituanienne, et un réseau de stations terrestres optiques en cours de déploiement, avec une station opérationnelle en Grèce et un site en construction au Groenland.
Des promesses à l'épreuve des faits
Maturité des terminaux, débits réellement atteignables, sensibilité aux conditions atmosphériques, origine des composants, coût des stations au sol, risque de dépendance européenne vis-à-vis de Starlink : nous avons soumis ces questions au dirigeant d'Astrolight.
Si cet entretien confirme la pertinence stratégique de l'optique pour la résilience des communications spatiales militaires, il montre aussi l'écart entre l'ambition du discours et l'état de maturité des produits.
La Russie déploie son alternative à Starlink… et cela pose déjà une grande question
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Les réponses de Laurynas Mačiulis, CEO d'Astrolight, souvent nuancées, parfois prudentes, éclairent autant les atouts de l'optique que les étapes qu'il reste à franchir avant sa validation en orbite. Elles esquissent surtout une vision de la souveraineté spatiale européenne qui interpelle directement les gouvernements : passer de la subvention de projets de R&D à la commande publique.
Futura : Quel est le niveau de maturité technologique (TRL) actuel de votre terminal Atlas-X ? A-t-il déjà été testé en orbite réelle, ou uniquement dans un environnement simulé ?
Laurynas Mačiulis : Nous disposons désormais de deux versions du terminal : Atlas-X et Atlas-X-Mini. Atlas-X est un terminal à grande ouverture, que nous développons pour la mission HydRON prévue pour 2028-2029. Son précurseur, l'Atlas-X-Mini, est une version plus compacte que nous construisons déjà et qui sera certifiée cette année.
Dans le cadre du projet HydRON, l'Atlas-X sera testé pour des liaisons optiques hybrides entre l'orbite terrestre basse (LEO), l'orbite géostationnaire (GEO) et le sol. À l'issue de cette démonstration, l'Atlas-X devrait fonctionner comme un nœud de relais de données, aidant les engins spatiaux à se connecter à d'autres parties du réseau HydRON.
Futura : Vous mentionnez des débits de données « jusqu’à 100 fois supérieurs » : quels sont les chiffres réels (en Gbps) atteints par Starlink par rapport à vos propres tests, dans des conditions comparables ?
Laurynas Mačiulis : Le chiffre « jusqu'à 100 fois supérieurs » fait référence à la différence entre les communications laser et les systèmes traditionnels à radiofréquence, plutôt qu'à une comparaison directe entre les terminaux Atlas-X et Starlink. La Nasa a déclaré que les communications optiques peuvent transmettre 10 à 100 fois plus de données que des systèmes RF comparables dans le même laps de temps.
À ce stade, nous ne pouvons pas établir de comparaison directe et à périmètre égal entre les terminaux Starlink et Atlas-X dans les mêmes conditions en orbite, car Atlas-X n'a pas encore fait l'objet d'une démonstration en espace.
Atlas-X-Mini est conçu pour prendre en charge des débits de données allant jusqu'à 2,5 Gbps pour les liaisons entre l'orbite terrestre basse et le sol, ainsi que pour les communications intersatellitaires. Sous certaines configurations et conditions de fonctionnement, il est capable d'atteindre jusqu'à 100 Gbps. Et Atlas-X devrait atteindre jusqu'à 400 Gbps, selon la norme ESTOL, tout en prenant également en charge des liaisons à 2,5 Gbps. Ses performances dans l'espace seront validées lors de la démonstration HydRON prévue.
Le projet HydRON (High-thRoughput Optical Network), mené par l’ESA, est une initiative technologique majeure visant à créer la première infrastructure Internet par fibre optique dans l'espace. Surnommé la « fibre du ciel », ce projet utilise des liaisons laser pour interconnecter des satellites en orbite et les relier de manière fluide aux réseaux terrestres existants. © ESA
Futura : La communication laser est sensible aux conditions atmosphériques (nuages, turbulences). Comment remédiez-vous à ce problème pour les liaisons sol-espace, par opposition aux liaisons intersatellitaires ?
Laurynas Mačiulis : Il existe deux moyens principaux de réduire l'impact des nuages et des mauvaises conditions atmosphériques sur les liaisons laser sol-espace.
Le premier est la diversité des sites. Au lieu de s'appuyer sur une seule station optique au sol, les opérateurs peuvent utiliser un réseau de stations situées à différents endroits. Si les nuages empêchent un satellite de se connecter à une station, il peut basculer vers une autre station bénéficiant d'un ciel plus dégagé. Les sites situés à haute latitude, comme le Groenland, peuvent s'avérer particulièrement utiles pour communiquer avec des satellites en orbite polaire, car ceux-ci survolent fréquemment cette région.
La seconde consiste à utiliser des liaisons laser inter-satellitaires. Les données ne doivent pas nécessairement être transmises directement d'un satellite à la station au sol la plus proche. Lorsqu'une liaison descendante optique directe n'est pas disponible, les données peuvent être acheminées vers un autre satellite, puis transmises à une station au sol où les conditions météorologiques sont plus favorables.
Futura : D’autres entreprises européennes travaillent également sur l’optique spatiale. Pourquoi Astrolight se positionne-t-elle comme LA solution plutôt que comme une simple solution parmi tant d’autres ?
Laurynas Mačiulis : Ce qui distingue Astrolight des autres acteurs du marché des communications optiques, c'est que nous faisons partie des rares entreprises à développer des solutions de communication laser pour l'espace, la terre et la mer.
Cela nous permet de fournir aux opérateurs une solution complète, de bout en bout, qui est rentable, pratique et simple à déployer dans divers environnements opérationnels.
Nos systèmes sont également les plus petits de leur catégorie. Leur taille compacte contribue à réduire les coûts et rend l'intégration et le déploiement plus rapides et plus faciles, tout en conservant un débit de données élevé. Ce format est rendu possible par la technologie de pointe qui est au cœur du système.
Futura : Vos composants (lasers, optiques de précision) sont-ils fabriqués en Europe, ou faites-vous appel à des fournisseurs asiatiques ou américains pour certains composants critiques ?
Laurynas Mačiulis : Nous nous appuyons fortement sur le réseau de fournisseurs locaux à Vilnius, en Lituanie. Cela s'explique par la présence d'une industrie du laser très dynamique dans ce pays. De plus, la plupart des composants disponibles dans le commerce et des fournisseurs sont basés en Europe.
Vous évoquez la nécessité de « stations optiques au sol à grande échelle ». Combien en existe-t-il actuellement en Europe, et quel est le coût réel de leur déploiement ?
Il n'existe pas de chiffres publics sur le nombre exact de stations optiques au sol en service dans le monde, il est donc difficile de donner un chiffre précis. Cependant, Novaspace a récemment estimé que le nombre d'installations du segment optique au sol (OGS) pourrait dépasser 830 d'ici 2035.
Le coût de construction d'une station optique au sol peut également varier considérablement. Une station compacte conçue pour les satellites en orbite basse est très différente d'une grande installation construite pour les communications lunaires ou vers l'espace lointain. Le coût final dépend de facteurs tels que la taille du télescope, les débits de données requis, l'emplacement et les infrastructures ; il n'existe donc pas de chiffre unique valable pour tous les OGS.
Futura : Si l’Europe n’investit pas suffisamment dans l’optique au cours des cinq prochaines années, à quoi ressemblera concrètement le scénario d’une dépendance vis-à-vis de Starlink en matière de coûts, de risques pour la sécurité et de perte de souveraineté ?
Laurynas Mačiulis : L'espace est mondial, l'Europe doit donc s'attacher à rendre ses entreprises compétitives à l'échelle mondiale. Si nous nous contentons d'évoluer dans notre propre bulle, ce n'est pas là une véritable souveraineté. La véritable souveraineté consiste à développer des technologies attractives à l'échelle internationale, afin que les entreprises européennes puissent conquérir des clients, générer des revenus et bâtir des activités durables.
Quant aux gouvernements, ils ont un rôle important à jouer en créant de la demande. Plutôt que de soutenir les entreprises principalement par le biais de projets de R&D artificiels, ils pourraient passer des commandes réelles et accroître la demande pour les capacités européennes, y compris pour les systèmes satellitaires gouvernementaux.
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