Herbert Blomstedt, le doyen des chefs d’orchestre, s’éteint à 99 ans
Le chef suédois Herbert Blomstedt est décédé mercredi à Göteborg, en Suède, à l’âge de 99 ans. Véritable phénomène de longévité, il était l’un des maestros les plus demandés par les grands orchestres de la planète et avait donné son ultime concert le 15 mai dernier au Davies Symphony Hall de San Francisco, dirigeant la Neuvième Symphonie de Gustav Mahler.
« C’est avec une profonde tristesse que nous annonçons le décès de Herbert Blomstedt, l’un des chefs d’orchestre les plus renommés de notre époque. Il s’est éteint paisiblement chez lui, à Göteborg, en Suède, le 4 novembre 2026, entouré de sa famille. » C’est ainsi que son agence a fait part de la nouvelle, mercredi, une annonce rapidement relayée par les nombreuses formations que Blomstedt a dirigées.
Fin douloureuse
Son retour à San Francisco en mai dernier n’avait cependant pas eu le relief escompté. Directeur musical honoraire de l’Orchestre symphonique de San Francisco, qu’il avait dirigé de 1985 à 1995, il avait choisi la Neuvième de Mahler pour une série de trois concerts. Épuisé par le voyage et perclus de douleurs, il a dû interrompre l’exécution de l’œuvre avant de la reprendre arrivant à bout de forces au terme du premier concert. C’est David Robertson qui a ensuite assuré les deuxième et troisième représentations.
Au cours des dernières années et jusque très récemment — malgré une lourde chute à la Philharmonie de Paris en juin 2022 qui l’avait contraint à diriger assis, puis un autre accident en décembre 2023 à son domicile —, Herbert Blomstedt demeurait un incroyable globe-trotter. Il bénéficiait sur le tard d’une aura de « grand sage de la musique » semblable à celle qui entourait Günter Wand dans les années 1980 et 1990 et Bernard Haitink, plus récemment.
C’est à la faveur de cette relecture tardive de son art que l’on a commencé à réécouter — et à réévaluer — des enregistrements passés presque inaperçus à leur parution : ses neuf Symphonies de Beethoven gravées avec la Staatskapelle de Dresde à la fin des années 1970 (le troisième mouvement de la Neuvième, illuminé par le cor solo de Peter Damm, reste une quintessence d’équilibre) ou ses Quatrième et Septième de Bruckner. Il en va de même pour son legs chez Decca à la tête de l’Orchestre de San Francisco, jadis submergé par le flot des nouveautés à l’époque de la surproduction du disque compact. Blomstedt à San Francisco, c’est l’intégrale Nielsen de référence, une intégrale Sibelius qui n’en est pas loin, les jalons idéaux pour aborder Hindemith, le plus beau Peer Gynt (Grieg) jamais fixé au disque et une remarquable moisson de réalisations spectaculaires : des Carmina Burana, une Résurrection de Mahler et des Richard Strauss somptueux.
Ce parcours a été complété après 1995 par quelques gravures (Mendelssohn, Bruckner, Strauss et la suite d’Hindemith) avec le Gewandhaus de Leipzig, dont il sera le Gewandhauskapellmeister de 1998 à 2005. C’est d’ailleurs au concert avec la formation saxonne que le chef, devenu iconique, a immortalisé sur le tard ses intégrales Bruckner (éditée par Querstand puis Accentus), Beethoven (Accentus) et Brahms (Pentatone), classées ici par ordre d’éminence.
Fidélité
Herbert Blomstedt est né en 1927 à Springfield, dans le Massachusetts, de parents suédois. Élevé entre la Suède et la Finlande, il s’est ensuite fixé en Suède. Sa carrière internationale a véritablement pris son élan lorsqu’il a accédé, à 40 ans, à la tête de l’Orchestre de la Radio danoise (1967-1977). C’est à cette période et avec cette formation que remonte sa première intégrale Nielsen pour EMI, récemment rematricée et rééditée en SACD par Warner.
Jusqu’au tournant des années 2000, le maestro suédois était souvent étiqueté comme un simple Kapellmeister — terme désignant un chef scrupuleux et au fait de ses classiques, mais sans éclat particulier —, bien qu’il eût dirigé la prestigieuse Staatskapelle de Dresde entre 1975 et 1985. La notice d’hommage diffusée par son agence rappelle opportunément ses « valeurs de discipline, de modestie et de dévouement forgées par la foi adventiste du septième jour ».
Cette probité, qui le condamnait à une relative discrétion il y a quarante ans, est devenue petit à petit une vertu cardinale, dès lors que les oreilles des auditeurs ont perçu l’inspiration au-delà de l’artisanat et que lui était témoignée une vénération due au grand âge.
Autre fait révélateur : l’ensemble des institutions auxquelles il a été lié — Dresde, Leipzig, San Francisco, Copenhague, Stockholm, Bamberg ou la NHK de Tokyo — lui sont restées fidèles et l’ont honoré du titre de chef honoraire, au moment même où Vienne, Berlin et les plus grands orchestres du monde s’arrachaient sa présence.
Blomstedt était venu à Montréal en 2007 pour diriger l’OSM dans la Deuxième Symphonie de Bruckner avec une version du Finale reconstituée. En l’espace de quelques répétitions, il avait transfiguré la pâte sonore de l’orchestre.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.