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Wednesday, October 28, 2026

Cyberharcèlement en secondaire : où en est-on en 2026 ?

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Le harcèlement ne s’arrête pas toujours aux grilles de l’école : une part importante des situations se prolonge en ligne et entre jusque dans la chambre des élèves. Sabine Dannau, présidente du RPH (Réseau Prévention Harcèlement), apporte pourtant une nuance : ce harcèlement en ligne "n’est certainement pas prépondérant par rapport au harcèlement classique". Elle décrit ce qui distingue les deux formes :

  • L’auteur est souvent connu. Même derrière l’anonymat apparent des messages, la cible a en général une idée de qui se cache derrière.

  • La cible ne mesure pas l’ampleur. Elle peut se déconnecter, mais elle ne saura jamais combien de personnes participent, directement ou indirectement.

  • Les preuves existent. Le harcèlement en ligne est visible, ce qui permet de rassembler des éléments que l’auteur et les témoins ne pourront pas nier.

  • Il ne s’arrête jamais. C’est sa continuité, à toute heure, qui rend la situation encore plus pénible.

En milieu scolaire, le harcèlement en ligne est le prolongement du harcèlement en faceà face

Amy Hannuzet, doctorante à l’UCLouvain, travaille sur la cyber-victimisation et les problèmes internalisés chez les jeunes (thèse sous la direction de Benoît Galand). Ses observations vont dans le même sens : "Dans le contexte scolaire, les situations exclusivement en ligne sont relativement peu nombreuses : il y a un chevauchement important entre harcèlement en face à face et cyberharcèlement. Même lorsque les faits commencent en ligne, il peut y avoir des répercussions en classe, et le harcèlement peut aussi se manifester à l’école".

L’établissement doit donc prendre la situation au sérieux, même s’il est parfois difficile d’agir sur ce qui se passe hors de ses murs. Les parents ne savent pas toujours ce que vivent leurs enfants en ligne, d’où l’importance d’une bonne communication entre l’école et les familles. La chercheuse corrige aussi une idée reçue : "Quand on mesure les deux phénomènes dans une même étude, on observe globalement davantage de harcèlement en face à face que de cyberharcèlement. Cela ne minimise absolument pas la souffrance des victimes en ligne, mais il est essentiel de ne pas surestimer la fréquence relative du phénomène. "

Arrivée de l’IA : un changement dans les façons de cyberharceler

Reste que, derrière un écran, beaucoup de personnes deviennent plus agressives et plus dures qu’en face à face. Luana, des Niouzz sur Auvio Kids, l’explique dans la série "Luana t’explique", avec la capsule "Pourquoi est-on plus méchant en ligne qu’en face à face ?". La violence des actes peut parfois être plus manifeste, notamment parce que l’écran donne à certains le sentiment d’être à l’abri du regard de leur victime. Cet écran crée aussi une distance : l’auteur ne voit pas directement les émotions de la victime et peut minimiser l’impact de ses actes.

L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension : des images truquées apparaissent, par exemple en plaçant le visage d’un camarade sur un corps dénudé. Pour la chercheuse, "cela change certaines modalités du cyberharcèlement, mais nous n’avons pas encore les données permettant de conclure à une augmentation de sa fréquence. Je parlerais plutôt d’un changement dans les façons de cyberharceler".

Prévenir le harcèlement de manière globale, dès le plus jeune âge

Dans ce contexte, le rôle du témoin change aussi. Selon Sabine Dannau, même si ce n’est pas facile, le mieux est de réagir immédiatement. Luana rejoint ce conseil dans la capsule "Luana t’explique – Le cyberharcèlement et l’IA", où elle donne des exemples concrets pour savoir comment se défendre, que l’on soit victime ou témoin. À savoir :

  • Ne pas répondre aux commentaires désobligeants

  • Garder des preuves (ex : captures d’écran)

  • Signaler le contenu sur la plateforme

  • Parler à un adulte de confiance

Mais intervenir n’a rien d’évident. Amy Hannuzet rappelle que les témoins peuvent eux aussi subir des conséquences psychologiques et perdre leur sentiment de sécurité à l’école.

Face à ces constats, Amy Hannuzet insiste sur un point : la prévention du cyberharcèlement ne peut pas se penser séparément de celle du harcèlement scolaire. Puisque les deux formes se chevauchent si souvent, une prévention consacrée uniquement au numérique n’aurait guère de sens.

Selon elle, il faut donc prévenir le harcèlement de manière globale, dès le plus jeune âge. À l’adolescence, on peut y ajouter des modules plus spécifiques sur les usages numériques et sur les gestes à adopter quand on est ciblé en ligne, comme bloquer ou signaler un compte.

Un cadre légal pour mieux prévenir le harcèlement à l’école

Comment une école peut-elle agir quand les faits se déroulent en ligne, parfois en dehors de l’établissement ? A-t-elle le devoir d’agir ? Pour Sabine Dannau, la réponse est oui. Le bien-être des élèves est la base de tout apprentissage, et agir fait partie du rôle de l’école, même quand les faits dépassent ses murs. Elle rappelle que le système scolaire doit investir dans le climat de classe, la cohésion du groupe, le vivre-ensemble et la communication non violente.

Les écoles appliquent aussi des règles sur les smartphones, de manière variable : certaines installent par exemple des boîtes pour déposer les téléphones à l’entrée de la classe. Amy Hannuzet y voit un intérêt : l’interdiction limite potentiellement la prise de photos ou de vidéos à l’école, qui pourraient ensuite être utilisées contre un camarade. Mais elle reste prudente : "Je ne peux pas affirmer scientifiquement qu’elle réduit le cyberharcèlement. Il est trop tôt pour le dire". Ces règles étant récentes, la recherche manque encore de recul.

Et HOPE dans tout ça ?

Interrogée sur l’intérêt d’actions comme HOPE, menées avec différents partenaires, Amy Hannuzet souligne d’abord leur utilité pour les parents, souvent démunis quand leur enfant est victime. Ces campagnes peuvent leur faire connaître les démarches de signalement, ainsi que les personnes et les structures vers lesquelles se tourner. Elles aident aussi à expliquer ce qui distingue le harcèlement d’un conflit ordinaire : la répétition des faits, un déséquilibre dans la relation, des actes qui font du tort.

Du côté des jeunes, la chercheuse y voit l’occasion de participer à un projet plus large et de valoriser les comportements attendus, plutôt que de répéter uniquement ce qu’il ne faut pas faire. "Les recherches sur la prévention, notamment dans le secondaire, invitent à ne pas se limiter aux messages moralisateurs", explique-t-elle. Il faut favoriser les comportements prosociaux : aller vers un élève isolé, soutenir un camarade, savoir comment agir en tant que témoin. Certaines écoles travaillent d’ailleurs avec des élèves ambassadeurs.

Impliquer les jeunes est essentiel, ajoute-t-elle : ils connaissent leurs besoins et les difficultés concrètes auxquelles ils font face.

Être différent ne peut pas être considéré comme un obstacle, mais devrait constituer une richesse. Aucun enfant ne vient au monde en étant harceleur. Les enfants et les jeunes sont les miroirs des adultes qui les entourent.

Sabine Dannau, présidente du RPH

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