Colombie : dix ans après, les institutions nées de l’accord de paix avec les FARC menacées

Dix ans après l’accord de paix avec les FARC, le nouveau président d’extrême droite Abelardo de la Espriella veut démanteler plusieurs institutions nées du texte signé en 2016. Parmi elles, la juridiction spéciale pour la paix, qui permet encore aujourd’hui à des victimes de connaître la vérité sur les crimes commis pendant le conflit.
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Créée après l’accord signé avec les FARC en 2016, la juridiction spéciale pour la paix (JEP) a permis à de nombreuses familles de faire leur deuil. En permettant aux auteurs de crimes de reconnaître les faits en échange de peines moins lourdes, elle a permis à de nombreux Colombiens de connaître la vérité.
C'est le cas de Raquel Benavides. Son fils, José Fabio Rodriguez, soldat, a été assassiné en 2007 par des militaires qui l’ont ensuite fait passer pour un guérillero. « Mon rêve, c'était qu'ils aillent en prison. Qu'ils paient. Ce n'est pas ce qui s'est passé mais au moins ils ont avoué leurs crimes, demandé pardon, et la vérité a été établie », témoigne la mère endeuillée.
Elle attend encore de savoir à quelle peine seront condamnés les responsables. Mais aujourd’hui, une autre inquiétude domine car la JEP pourrait disparaître. Le nouveau président colombien d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, a promis de démanteler les institutions issues de l’accord de paix.
Les victimes craignent de perdre leurs derniers recours
La menace inquiète les associations qui accompagnent les victimes du conflit. Jeison Paba Reyes, avocat et directeur exécutif du collectif OFB (Orlando Fals Borda), redoute notamment que des crimes restent impunis. « Notre inquiétude, c'est que les victimes soient abandonnées. Beaucoup de cas risquent de rester totalement impunis. Et sans établir la vérité, on est condamnés en tant que société à ce que l'histoire se répète », affirme-t-il.
La JEP est protégée par la Constitution et ne peut donc pas être supprimée immédiatement. Mais la coalition au pouvoir prévoit de réduire son budget de près de 20% l’an prochain. Une baisse qui pourrait, selon le président de l’instance, la placer en situation de « faillite. »
Cette volonté de remettre en cause les institutions nées de l’accord intervient alors que la Colombie connaît une nouvelle flambée de violence. Dix ans après la signature du texte, le processus de paix reste donc particulièrement fragile.
Un accord contesté dès sa signature
L’accord de paix avait pourtant été présenté comme historique. En 2016, le président Juan Manuel Santos signait à Cuba un texte avec le commandant en chef des FARC, destiné à mettre fin à plus d’un demi-siècle de conflit armé, le plus long du continent américain. Selon la Commission vérité, le conflit a fait plus de 450 000 morts entre 1985 et 2018.
Mais quelques semaines après sa signature, le texte était déjà rejeté par une partie de la population. Début octobre 2016, le « non » l’emporte lors du référendum censé ratifier l’accord. Sa mise en œuvre s’en trouve compliquée. « Les accords ont d'entrée eu une légitimité limitée et donc ça a été difficile de mettre en place tout ce que l'accord prévoyait », explique Yann Basset, professeur de sciences politiques à l’Université du Rosario, à Bogota.
Selon lui, certains dispositifs ont été abandonnés ou ont évolué au gré des gouvernements. Certains dirigeants des FARC ont également refusé l’accord ou repris la guérilla. Le gouvernement de Gustavo Petro (président de 2022 à août 2026) a lui aussi formulé des critiques sur l’accord et tenté de proposer d’autres solutions, sans parvenir à les faire aboutir. Au fil des années, le manque de soutien politique a donc ralenti la mise en œuvre de plusieurs dispositions du texte jusqu'à aujourd'hui et son démantèlement progressif mis en place par Abelardo de la Espriella.
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