Cette image de télescope James-Webb est bien plus qu'un spectacle : elle révèle comment naissaient les étoiles autrefois

Le télescope spatial James-Webb (JWST) continue de nous enchanter, comme l'avait fait et le fait d'ailleurs toujours le télescope Hubble. Il s'agit bien sûr d'images en fausses couleurs car prises dans l'infrarouge par le JWST, mais elles n'en sont pas moins riches en informations scientifiques, en plus d'être esthétiques.
La Nasa et l'Agence spatiale européenne (ESA) ne s'y sont pas trompées et c'est pourquoi, alors qu'il existe depuis quelques décennies, l'Astronomy Picture of the Day (Apod) de la Nasa, avec à l'occasion des images de Hubble, il existe une Webb Picture of the Month de l'ESA qui, comme son nom l'indique, met en avant une ou deux fois par mois une des images en fausses couleurs prises avec le télescope spatial James-Webb.
Le télescope James-Webb possède une galerie méconnue : voici quelques-uns de ses plus beaux trésors
Rappelez-vous, c'est le jour de Noël 2021 et par une fusée Ariane 5 depuis le port spatial de l'Europe, en Guyane française, que le télescope spatial James-Webb – le plus grand jamais construit – est parti vers les étoiles, plus précisément vers un point de Lagrange du système Terre-Lune. Il a réalisé ensuite ses premières observations en juillet 2022. Depuis, le JWST explore inlassablement l'Univers, fournissant à la noosphère des images magiques et soigneusement archivées en plus de ses données scientifiques.... Lire la suite
La dernière montre, avec des détails remarquables, l'activité de formation stellaire au sein d'une gigantesque nébuleuse située à environ 161 000 années-lumière de la Voie lactée, dans le Grand Nuage de Magellan, l'une de ses galaxies probablement satellites. L'image présentée montre la région de formation d'étoiles baptisée LHA 120-N 159 - ou plus simplement N159 -, qui s'étend sur environ 230 années-lumière de diamètre.
La théorie de l'évolution stellaire nous dit que cette région et ses étoiles proviennent de l'effondrement gravitationnel d'un nuage moléculaire de gaz et de poussière, qui s'est ensuite fragmenté en jeunes étoiles qui sont toutes nées presque en même temps, il y a à peine 3 millions d'années. On estime que N159 abrite des milliers de jeunes étoiles, dont certaines sont de très faible masse, inférieure à 0,1 masse solaire.
L'« Image du mois » prise par le télescope spatial James Webb (Nasa-ESA) montre la région LHA 120-N 159, ou simplement N159, située à 161 000 années-lumière de la Terre, dans le Grand Nuage de Magellan (LMC). © ESA-Webb, Nasa & CSA, E. Sabbi, M. Zamani (ESA-Webb), N. Bartmann (ESA-Webb) Musique : Stellardrone - Twilight
Un laboratoire pour comprendre la naissance des étoiles dans l'Univers primitif
Les observations réalisées avec l'instrument NIRCam dans l'infrarouge proche permettent de distinguer les filaments d'hydrogène moléculaire froid, les nuages d'hydrogène ionisé et les structures façonnées par le rayonnement ultraviolet et les puissants vents des étoiles massives.
Les communiqués de l'ESA et de la Nasa expliquent que la couleur orange clair sur l'image correspond à l'émission des fameux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), une importante famille de molécules à base de carbone. Quant aux étendues de gaz bleu pâle, elles correspondent à des nuages d'hydrogène ionisé par l'intense rayonnement ultraviolet des étoiles massives.
Enfin, les filaments rouge sombre qui traversent le centre de l'image, particulièrement visibles au-dessus de la région bleue située sur la droite, sont constitués d'hydrogène moléculaire froid.
Découvrez Hubert Reeves comme vous ne l'avez jamais connu !
Les États-Unis ont eu Carl Sagan, les Britanniques Stephen Hawking et les Français, le Canadien d'origine Hubert Reeves qui était né le 13 juillet 1932 dans « La Belle Province », une périphrase utilisée pour désigner le Québec. Figure de proue de la vulgarisation de l'astrophysique pour les Français, préoccupé avant l'heure par l'impact d'Homo sapiens sur son environnement, il nous a quittés le 13 octobre 2023. Mais dans un ouvrage biographique récemment publié, l'autrice Laurence Honnorat, photographe, conférencière et conseil en conception et pilotage d’événements scientifiques rend un vibrant hommage au polymathe qu'était Hubert Reeves, qui n'est pas sans rappeler ceux de la Renaissance à Florence du temps de Léonard de Vinci, Jean Pic de la Mirandole et Marsile Ficin.... Lire la suite
Au-delà de la beauté de l'image, N159 a un intérêt spécifique pour les astrophysiciens, comme on peut en voir une confirmation avec la publication d'un article à son sujet récemment sur arXiv.
En effet, on constate que le Grand Nuage de Magellan est moins riche en éléments lourds produits par la nucléosynthèse stellaire, un domaine dans lequel le regretté Hubert Reeves était l'un des experts mondiaux. La matière y est donc moins évoluée chimiquement et constitue une sorte de fossile d'une période plus ancienne de l'histoire de l'Univers observable et nous permet ainsi de tester nos théories sur la formation des étoiles quelques milliards d'années après le Big Bang.
Le télescope spatial James-Webb a été conçu pour répondre aux grandes questions de l'astrophysique comme la formation dans l'Univers des premières galaxies et de leurs premières étoiles, des planètes et des exoplanètes ou la composition des atmosphères de planètes extrasolaires. Zoom sur les innovations et le fonctionnement de l’imageur Miri. © Ce film d’animation a été produit et co-financé par le CEA, le Cnes, le CNRS, Observatoire de Paris, et l'OSUPS et réalisé par la société Fab&Fab. Expertise scientifique : P-O. Lagage (CEA), C. Cossou (CEA), A. Boccaletti (observatoire de Paris), P. Baudoz (observatoire de Paris), D. Dicken (CNRS)
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