Élections de mi-mandat: victoire écrasante des démocrates, Trump K.O. mais il refuse d’endosser la responsabilité de la défaite, « je ne considère pas que c’était dirigé contre moi »

Journaliste
Suivre Sudinfo sur GoogleC’est un désaveu particulièrement cinglant pour Donald Trump. Auteur d’un come-back politique spectaculaire en novembre 2024, le Président américain, que l’on disait jusque-là tout puissant, vient de perdre une large partie de son pouvoir.

Ses adversaires démocrates se sont en effet emparés de la Chambre des représentants et du Sénat lors des midterms, ce scrutin qui intervient pile entre deux élections présidentielles et qui rythme la vie démocratique aux États-Unis. Si l’ampleur de leur victoire n’est pas encore précisément connue à ce stade, elle apparaît déjà extrêmement large.
En plus de conserver les sièges qu’elle possédait déjà, la gauche américaine a en effet conquis des bastions républicains au Texas, au Kansas ou encore en Géorgie, notamment, des États réputés très conservateurs. Elle pourrait ainsi glaner 55 des 100 sièges du Sénat américain, et finir avec une colossale avance à la Chambre. De quoi entraver nettement l’action de Donald Trump pour ses deux dernières années de mandat.
« La victoire démocrate semble plus importante que ce que prédisaient les sondages, notamment au Sénat, et il y a quand même de grandes surprises. Mais si on regarde l’histoire des États-Unis, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel parce que le parti du Président perd traditionnellement les midterms. Cela étant, vu les politiques menées par ce Président en matière économique, de politique étrangère ou de politique intérieure, ça a un impact plus important cette fois-ci que lors d’autres élections », analyse Tanguy Struye, professeur de relations internationales à l’UCLouvain.
Trump reconnaît les résultats
Ce succès démocrate est en tout cas tellement net que le locataire de la Maison-Blanche, dont certains craignaient qu’il vienne à contester le verdict des urnes, a reconnu la victoire de ses adversaires. « Je suis tout à fait disposé à accepter ces résultats », a ainsi déclaré Donald Trump au New York Times. « Nous nous réjouissons, vous savez, de collaborer avec eux. Nous parviendrons probablement à trouver un terrain d’entente. ». Les démocrates ont fait du « bon boulot », a même assuré le milliardaire républicain dans une interview à Fox News, tout en refusant d’endosser la responsabilité de la défaite. « Je ne considère pas que c’était dirigé contre moi », a-t-il ainsi indiqué.
Il avait déclaré plus tôt sur Truth Social que les républicains auraient gagné s’il avait été lui-même « sur les bulletins ». Multipliant les meetings à travers les États-Unis ces dernières semaines, il avait pourtant demandé à ses partisans de faire comme s’il y figurait.

« D’une manière générale, on peut dire que l’élection s’est déroulée de manière normale, comme on peut l’attendre d’une démocratie. La raison principale est que la défaite des républicains est très claire et qu’il est donc difficile pour Trump de la remettre en question », confirme à ce sujet Tanguy Struye.
Pour le spécialiste des États-Unis, cette défaite du camp présidentiel est principalement à attribuer à la situation économique et sociale dans le pays. « Il est clair que les Américains ont rejeté la politique menée par Trump, en particulier sa politique économique et les conséquences sur les foyers américains de la guerre menée en Iran. Je crois que si Trump n’était pas parti en guerre en Iran, le résultat aurait sans doute été moins tranché. Ce n’est pas nécessairement la guerre en elle-même qui a pesé sur le scrutin, mais c’est son impact sur les ménages. Quand le diesel double de prix, quand il y a une inflation importante, quand la vie devient plus chère, le parti au pouvoir est sanctionné », indique-t-il ainsi.
Quelles conséquences pour la suite ?
S’ils ont donc obtenu des majorités confortables et exerceront un fort pouvoir de nuisance sur l’action de Donald Trump, les démocrates n’auront pas pour autant les mains libres lors des deux années à venir, loin de là.
« Les démocrates auront un certain pouvoir mais il restera limité. Ils pourront voter le budget, participer à la nomination des juges et à la ratification des Traités. Ils devraient également mener des enquêtes par rapport à la corruption du Président et de ses conseillers », relève Tanguy Struye, pour qui toute la question sera de savoir s’ils décideront également d’enclencher une procédure en destitution contre Donald Trump, comme ils l’avaient fait à deux reprises lors de son premier mandat.

« Certains le voudraient même s’ils savent que ça n’aboutira pas parce qu’ils n’auront pas une majorité suffisante au Sénat. D’autres considèrent que ça serait une énorme erreur parce que les Américains veulent se concentrer sur les questions économiques et sociales », explique le politologue. Qui juge en revanche plus probable une destitution du sulfureux Secrétaire à la défense de l’administration républicaine en place, Pete Hegseth.
En ce qui concerne la politique étrangère des États-Unis, la victoire de la gauche américaine lors de ces élections de mi-mandat ne devrait pas bouleverser la donne, note encore le professeur de l’UCLouvain. « Pour nous, ce scrutin ne va pas changer grand-chose. On se situe dans un système où le pouvoir du Président est très important. Si Trump décide de reprendre la guerre en Iran ou d’envahir Cuba, il pourra toujours le faire, même s’il sera confronté à des problèmes au niveau du budget. Il garde une marge de manœuvre considérable », indique ainsi Tanguy Struye.

La présidentielle 2028 dans le viseur
Maintenant que les mid-terms ont rendu leur verdict, les regards des observateurs vont naturellement se tourner sur l’élection présidentielle de 2028 et la succession de Donald Trump. Vu le raz-de-marée bleu qui vient de se produire, la victoire d’un candidat démocrate pourrait à première vue sembler probable. Mais là encore, il faut nuancer, prévient Tanguy Struye.
« Les démocrates pourraient eux-mêmes se voir sanctionner lors des prochaines élections s’ils n’arrivent pas à imposer leur agenda. Ce n’est pas parce qu’ils ont gagné maintenant qu’ils gagneront en 2028. Chaque scrutin a une réalité propre qui est surtout liée situation socio-économique. Il faudra aussi voir quels seront les profils des candidats de chaque camp », met ainsi en garde le spécialiste de la politique américaine.
Ces personnalités devraient être désignées à l’issue de primaires au sein des deux partis, auxquels les principaux aspirants devraient commencer à se déclarer dans les mois à venir. Des luttes qui s’annoncent féroces, notamment chez les démocrates, tiraillés entre une aile modérée et une frange plus radicale.
S’il a affiché un visage uni lors de ces élections de mi-mandat, le parti de l’âne aura donc fort à faire pour envoyer un de ses champions à la Maison-Blanche dans deux ans. Mais en remportant haut la main ce scrutin majeur, il vient probablement déjà de sonner le début de la fin de l’ère Trump.
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