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Wednesday, September 16, 2026

Israël impose son programme scolaire à 45 000 Palestiniens de Jérusalem-Est

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Dans un contexte toujours plus explosif, la rentrée scolaire 2026-2027 ne s’est pas faite sans heurts à Jérusalem-Est, territoire occupé et annexé par Israël. Tel Aviv a unilatéralement décidé d’imposer son programme scolaire à plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens, renforçant ainsi son emprise toujours plus grande sur leur quotidien.

C’est un nouveau palier dans la mainmise d'Israël sur les Palestiniens de la ville trois fois sainte. À Jérusalem-Est, annexé par Israël depuis 1967 en violation du droit international, le système scolaire municipal est pris pour cible. Quelque 45 000 élèves, soit 38 % de l’effectif total, sont désormais contraints d’étudier selon le programme scolaire israélien, c'est-à-dire quatre fois plus qu'en 2020.

L’imposition d'un programme scolaire par une puissance occupante constitue pourtant une violation du droit international humanitaire. Selon la 4e Convention de Genève, la puissance occupante se doit notamment de protéger les enfants et garantir le fonctionnement continu des institutions éducatives. Par ailleurs, utiliser l’éducation comme instrument d’effacement de l’identité de la population ou imposer un récit politique est interdit.  

Une emprise toujours plus forte  

Pourtant, l’administration israélienne intervient sur les manuels scolaires palestiniens depuis bientôt six décennies. Dès 1967, Israël contrôle les ouvrages palestiniens. En 1994, soit un an après la signature des accords d’Oslo, les Palestiniens reprennent en mains leur système éducatif, ce qui leur permet au début des années 2000 et jusqu'en 2017, de réaliser leurs propres manuels. Leur histoire nationale, arabe, chrétienne et musulmane, peut donc être mise en page et enseignée, à condition toutefois de reconnaître Israël ainsi que la ligne verte, de le mentionner sur les cartes géographiques, le plan de partition de l'ONU de 1947 ainsi que le concept d'une solution à deux États. Les manuels font alors la distinction entre le judaïsme en tant que religion et le sionisme en tant qu'idéologie politique.  

Mais la censure israélienne ne désarme pas, en particulier à Jérusalem-Est. Dans ses études sur les manuels scolaires palestiniens, la chercheuse à l’université hébraïque de Jérusalem Samira Alayan note que « le ministère palestinien de l’Éducation a ainsi été poussé à réviser, modifier ou supprimer certains chapitres et définitions ». Dès lors, une nouvelle phase débute : « Les manuels réagissent à des décennies d'élimination. L'objectif est de reconstruire leur identité et non de cibler les Israéliens (...) Les manuels suppriment les références à Israël et à l'histoire juive pour, à la place, parler de l'occupant et des colonies. Un changement qui reflète une dynamique miroir : la censure et l'effacement de l'identité palestinienne lors des phases précédentes ont contribué à une réaction parallèle dans le programme scolaire palestinien. » 

À Jérusalem-Est, Israël purge les manuels de tous les symboles nationaux (drapeau palestinien, mentions à une « occupation », « colonisation », etc.), des chapitres entiers, mais remplace aussi des éléments sans l'accord des auteurs.

Mais cette année, Tel Aviv impose totalement son programme aux Palestiniens de la ville sainte. Toute évocation du leader palestinien Yasser Arafat est bannie, le mot Nakba (« la catastrophe », soit le moment où des centaines de milliers de Palestiniens ont été forcés à quitter leurs terres, NDLR] est inexistant, le sujet des prisonniers palestiniens absent.

Depuis plusieurs années, Israël fait ainsi pression sur les institutions éducatives palestiniennes, notamment avec des mesures ciblant les administrations scolaires et conditionne certains financements à des conditions liées aux programmes scolaires. En 2018 déjà, le gouvernement israélien a approuvé un plan quinquennal pour les zones palestiniennes de Jérusalem, prévoyant un financement destiné à encourager l’israélisation des écoles.

Aussi, la fermeture en mai dernier par Israël de six écoles gérées par l’Unrwa, l’agence de l’ONU en charge des réfugiés, fait redouter à plus de 600 élèves palestiniens d’être déscolarisés. Tel Aviv envisageant de remplacer les écoles des camps par des installations qu’il administrera.

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La crainte d’une disparition de l’identité palestinienne

Avec ces nouveaux manuels, c’est l’identité palestinienne même qui disparaît. Pour le porte-parole du gouvernorat de Jérusalem - entité surtout symbolique - Maarouf al-Rifai, cette décision représente une « escalade dangereuse et sans précédent depuis 1967 (...) Un crime culturel et éducatif », ciblant directement l’identité nationale et culturelle des étudiants palestiniens à Jérusalem. Le communiqué du porte-parole, publié sur Facebook, note aussi que cette mesure s'inscrit dans le cadre d'une « politique systématique » ciblant l'éducation palestinienne à Jérusalem et visant à remplacer le programme scolaire palestinien par le discours israélien.

« Le principal manuel d’éducation civique utilisé dans les lycées israéliens s’intitule : “Être citoyen en Israël : un État juif et démocratique”. Il enseigne la séparation des pouvoirs, le système électoral et les droits des citoyens. Mais que peut faire un enseignant avec ce manuel scolaire si ni lui ni ses élèves ne sont citoyens israéliens ? » s’interroge pour sa part le journal Haaretz du 1er septembre.

Cette décision israélienne semble aller de pair avec d’autres projets de l’État juif dont le but affiché officiellement aujourd’hui est d’empêcher l'éclosion de tout État palestinien, pourtant déjà reconnu par 158 pays dont la France. Imposer le système éducatif et pédagogique est une manière de rétrécir l’espace des Palestiniens, au propre comme au figuré.

Entre la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est, le territoire ressemble de plus en plus à un champ de confettis. Gadi Eisenkot, principal rival de Benyamin Netanyahu au poste de Premier ministre lors des élections israéliennes du 27 octobre prochain, est d’ailleurs très clair sur le sujet : il exclut totalement la solution à deux États et affirme être « fermement convaincu de la nécessité d'une colonisation en Judée-Samarie », reprenant le terme biblique désignant la Cisjordanie occupée.  

Des élèves de l'école de filles de l'Unrwa, dans le camp de réfugiés de Chouafat, à Jérusalem-Est, le 8 mai 2025.
Des élèves de l'école de filles de l'Unrwa, dans le camp de réfugiés de Chouafat, à Jérusalem-Est, le 8 mai 2025. © AP/Mahmoud Illean

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Diviser pour mieux régner  

Pour cette rentrée scolaire, plus de la moitié des 120 000 élèves palestiniens de Jérusalem-Est ont décidé de ne pas retrouver les bancs de l’école le jour J. En plus de l’imposition de nouveaux manuels scolaires, Israël a refusé de délivrer leur permis d’entrée dans la ville à plusieurs dizaines de membres du personnel enseignant, chrétiens et musulmans, venant de Cisjordanie occupée. De quoi amplifier la colère du monde de l’enseignement. Conséquence directe : le 1er septembre, les 15 écoles chrétiennes de Jérusalem ont ainsi entamé une grève, privant de rentrée environ 8 000 élèves, de la maternelle au lycée. 

Le lendemain de la mobilisation, près de 50 permis de travail ont finalement été accordés, mais certains pour une durée d’une semaine seulement. En mars dernier, le ministère israélien de l’Éducation a exigé des directeurs d'école de Jérusalem de recruter des enseignants résidant dans la ville et titulaires de certificats délivrés par Israël. À Jérusalem-Est, environ 60 % des 6 700 enseignants arabes sont titulaires de diplômes palestiniens.   

Ces mesures restrictives d’accès à Jérusalem séparent de plus en plus la ville de son environnement palestinien, le mur de séparation de neuf mètres de haut et les multiples checkpoints ayant déjà isolé des dizaines de milliers de Palestiniens de la ville. L’amendement à la loi sur la citoyenneté qui restreint le regroupement familial entre les résidents de Jérusalem et les Palestiniens de Cisjordanie n’a fait qu’accroître la séparation.

Les manuels scolaires israéliens, qui ne sont pas passés au peigne fin à l’instar des manuels palestiniens, censurent quasiment toujours le point de vue et l’histoire de leur voisin. En 2020, un professeur de l’université de Tel Aviv ayant étudié comment l’occupation des Territoires palestiniens était abordée dans les livres scolaires, expliquait ainsi dans Haaretz que dans la plupart des ouvrages israéliens, « la domination des juifs et le statut inférieur des Palestiniens sont présentés comme des faits naturels, une situation évidente à laquelle il n’est pas besoin de réfléchir ».

Pour les Palestiniens de Jérusalem-Est aujourd’hui, c’est leur propre vie qui est dorénavant éclipsée. Le porte-parole du gouvernorat de Jérusalem, Maarouf al-Rifai, insiste : l'adhésion des Palestiniens à leur programme scolaire « n'est pas simplement un attachement à un manuel scolaire, mais une défense de la mémoire, de l'identité, de l'histoire et du droit de déterminer le récit national ».

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