Mégaprocès de gangs | Une référence au meurtre… dans une chanson rap

Des allusions à un meurtre dans une chanson. Une possible provocation sur Instagram. Des vidéoclips déposés en preuve. Les réseaux sociaux et l’univers du rap se sont invités dans le procès d’envergure de six présumés membres de gangs accusés d’avoir tué trois hommes dans le cadre d’une rivalité entre plusieurs groupes.
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Août 2023. Justice Tajudeen meurt sous les balles devant l’Arabesque, un bar à chicha du centre-ville de Montréal. Quelques mois plus tard, un rappeur chante que « ce n’est pas pour chill qu’on se rend au bar à chicha ». Il interprète alors une chanson intitulée… Homicide.
L’extrait musical fait partie de la preuve de la Couronne présentée ces dernières semaines au procès de William Beauvais-Bazile, Omed Jafar, Johnny Odiesse, Romuald Surin, Bradley Phanord-Barthelus et Jack Shehata. Ils sont accusés des meurtres prémédités de Noël Garcia Frias, qui aurait été tué par erreur, ainsi que de Justice Tajudeen et Christopher-Shawn Jean Vilsaint, deux membres du même gang.
PHOTOMONTAGE LA PRESSE
Bradley Phanord-Barthelus, Jack Shehata, Johnny Odiesse, Omed Jafar, Romuald Surin et William Beauvais-Bazile. Ils sont accusés des meurtres prémédités de Noël Garcia Frias, qui aurait été tué par erreur, ainsi que de Justice Tajudeen et Christopher-Shawn Jean Vilsaint, deux membres du même gang.
Ces trois homicides auraient pour trame de fond un conflit entre plusieurs gangs. Durant l’été 2023, les Flame Head Boys (FHB) et le 24 Gang, deux gangs de Laval, auraient comploté pour tuer plusieurs membres d’une coalition de gangs d’allégeance bleue, le 26 Gang. Une querelle qui se révèle parfois à travers les réseaux sociaux, avait résumé la procureure au début du procès. Elle avait mentionné « des messages, des stories, des vidéoclips pour se moquer et se narguer et même revendiquer des meurtres ».
Des paroles collées sur la réalité ?
La Couronne a présenté au jury un extrait de la chanson. « Si je rentre pour homicide, fuck un deal je vais direct au jury, beat the case après ça back dans le street », fredonne l’artiste.
Certains des accusés se retrouvent dans le vidéoclip, d’après la témoin Karine Tétreault, de la police de Laval.
Dans un autre morceau, l’interprète chante qu’ils « shoot » pour Junior et So Fly et « qu’ils ont même get back pour la chaîne de Badazz ». Il rappe que depuis que June, Tree et So Fly sont partis, il y a eu cinq « bodies » et trois tentatives.
So Fly, Tree et June seraient les surnoms de Stéphane Risler Achille, Widny St-Vil et Junior Lemoyne Printemps, des personnes liées aux accusés. Les trois sont morts dans des fusillades, avait indiqué Mme Tétreault dans son témoignage. Badazz serait d’après elle le surnom de Romuald Surin, l’un des accusés dans ce procès.
« Ça parlait fort sur les réseaux jusqu’à temps que son patnè finit mort à l’hosto », poursuit le chanteur.
La victime en territoire ennemi ?
Des policiers ont scruté les réseaux sociaux de plusieurs des accusés et des victimes tout au long de l’enquête. De nombreuses captures d’écran de comptes Instagram et de divers vidéoclips ont défilé devant le jury. On y voit différents bijoux à l’effigie du gang FHB.
Signes distinctifs des deux groupes de Laval
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PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Des chaînes accompagnées d’un foulard mauve, qui serait la couleur distinctive du gang.
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PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Une chaîne à l’effigie du gang Flame Head Boys (FHB)
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PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Les termes LDR et Zone 2 seraient utilisés pour désigner le secteur de Laval-des-Rapides, d’où seraient originaires plusieurs membres des FHB.
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PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Une chaîne à l’effigie du gang FHB
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PHOTO DÉPOSÉE EN PREUVE
Plusieurs bijoux à l’effigie du groupe dont feraient partie certains des accusés. Selon la témoin Karine Tétrault, le chiffre 682 est en fait la position numérale des lettres FHB dans l’alphabet.
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La police s’est intéressée à la publication de l’une des victimes dans ce dossier, Christopher-Shawn Jean Vilsaint, tué en mai 2024. Ce dernier, un membre du 26 Gang, avait publié une série de photos où il se trouvait à Laval, le territoire de ses présumés ennemis, selon la poursuite. « Dans ton bloc, une heure plus tard sur un yatch », se serait vantée la victime dans sa publication.
Publication Instagram de la victime
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CAPTURE D’ÉCRAN DÉPOSÉE EN PREUVE
Une publication Instagram de Christopher-Shawn Jean Vilsaint, l’une des victimes, a été présentée au jury. Selon la théorie de la Couronne, la rivalité entre gangs était ponctuée de provocations sur les réseaux sociaux.
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CAPTURE D’ÉCRAN DÉPOSÉE EN PREUVE
Une publication Instagram de Christopher-Shawn Jean Vilsaint, l’une des victimes, a été présentée au jury. Selon la théorie de la Couronne, la rivalité entre gangs était ponctuée de provocations sur les réseaux sociaux.
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Le gang Downtown Project (DTP) ferait partie du 26 Gang, un regroupement de plusieurs groupes d’allégeance bleue, a témoigné le sergent-détective Sébastien Pitre, de la police de Montréal. « Ça inclut les 67 de Saint-Michel, des individus du secteur de Pie-IX, de Villeray et du centre-ville de Montréal », a précisé le témoin de la Couronne. Il a décrit « les 43 » de Montréal-Nord comme « un groupe qui s’entend bien avec le groupe 26 ».
Le procès présidé par le juge Éric Downs se poursuit au centre judiciaire Gouin pour les prochains mois.
Une rivalité, plusieurs groupes
Des témoins de la Couronne ont mentionné plusieurs groupes associés à différents secteurs de Montréal et de Laval :
Le 24 Gang : Un groupe rattaché au secteur de Saint-François, à Laval, surnommé « la Zone 1 ». Il s’identifie souvent avec la couleur mauve. Certains des membres du groupe sont aussi des rappeurs.
Les Flame Head Boys (FHB) : Un gang connu des policiers lavallois depuis 2016, originaire du secteur de Laval-des-Rapides. Il surnomme ce secteur Dirty L’s ou Zone 2. Ils sont des alliés du 24 Gang. « Les deux gangs sont souvent présents ensemble lors de fêtes ou de funérailles », selon la témoin Karine Tétreault.
Le 26 Gang : Un regroupement de plusieurs groupes d’allégeance bleue provenant de plusieurs secteurs différents.
Les Downtown Project (DTP) : Ce groupe fait partie du 26 Gang. Ils sont rattachés à un secteur près des rues de Maisonneuve et Sanguinet, au centre-ville de Montréal, selon le sergent-détective Sébastien Pitre.
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