Malgré la réouverture des écoles, les tensions persistent en région liégeoise: 16 arrestations administratives

Dans le courant de la matinée, la mobilisation s'est déplacée des écoles vers les rues de Liège, où plusieurs incidents ont éclaté. La rue Hors-Château a été fermée peu avant midi. Des manifestants se sont rassemblés place Saint-Léonard et du mobilier urbain a été incendié à proximité de la collégiale Saint-Barthélemy. Des débordements ont aussi été constatés en Hors-Château, où l'autopompe a dû intervenir pour disperser les élèves.
Des manifestants se sont ensuite rendus place Saint-Lambert, avant de défiler à travers le centre-ville de Liège, passant notamment du côté de l'athénée Léonie de Waha, du boulevard d'Avroy et de la gare des Guillemins. Des tensions ont par la suite éclaté à proximité de l'Opéra et de l'îlot Saint-Michel, où de nombreux policiers sont rassemblés. La situation s'est durcie place de la République française, toute proche : des manifestants ont commencé à s'en prendre à des abribus. La police est de nouveau intervenue avec l'autopompe.
Dans le courant de la journée, la plupart des magasins du centre-ville ont été fermés par mesure de précaution, tout comme le passage Lemonnier. Dans l'après-midi, certains commerçants se barricadent à l'aide de plaques de protection.
Plus tôt dans la journée, plusieurs centaines de manifestants s'étaient rassemblés devant le collège Saint-Barthélemy, mais les cours s'y tenaient néanmoins. L'athénée Léonie de Waha avait, lui, été bloqué par des élèves, dans une ambiance décrite comme "bon enfant" par la direction. Des élèves se sont aussi mobilisés à l'institut Saint-Luc, à Liège, et à l'institut Sainte-Claire, à Verviers, où 500 jeunes ont manifesté.
Les pompiers de Liège font également état d'incendies de trottinettes à Herstal et à Chênée.
On n'approuve pas du tout les réformes
À Herstal, une vingtaine d'élèves ont bloqué l'entrée de l'IPES. Parmi eux, Jenny, élève de rhéto. "On a décidé de bloquer aujourd'hui parce qu'en fait on n'approuve pas du tout les réformes et tout ce qui se passe, les profs licenciés, les 1200 euros de minerval, ça peut vraiment nous poser problème, sachant qu'on est étudiant, on cherche des jobs étudiants, on ne trouve pas, donc c'est compliqué pour pouvoir financer nos études l'année prochaine" explique-t-elle.
Pour Jenny, les pertes d'emploi de professeurs ont aussi des conséquences concrètes sur les cours. "On avait déjà un problème de profs avant, mais maintenant qu'ils ont licencié plusieurs profs, c'est aussi plus compliqué. On a deux profs pour notre option, par exemple. On a vraiment deux profs différents, ce qui nous dérange en même temps, parce qu'on revoit des fois la même chose qu'on a déjà fait. On leur dit, ils comprennent, mais on revoit quand même."
Un mouvement né sur les réseaux sociaux
Selon Jenny, les élèves ont eu connaissance du mouvement par les réseaux sociaux. "On a plus regardé sur les réseaux. Ça tournait un peu partout. Et nous, on a décidé de se mobiliser avec l'école et plusieurs élèves, juste pour essayer de bloquer notre école."
La mobilisation doit se poursuivre cette semaine, mais l'année des élèves est en jeu. "On a prévu de continuer la semaine, mais pour le reste, comme je dis, je ne sais pas du tout. [...] Ça peut aussi mettre en péril notre année parce que du coup, nous, on est en dernière année. Si on devient élève libre avant même pas le mois de novembre ou décembre, ça va vraiment être compliqué. Et on va devoir refaire l'année."
Le but, c'est que le mouvement reste pacifiste
L'entrée de l'athénée Léonie de Waha a également été bloquée ce matin par des élèves. Parmi eux, Alexis, élève de 3e année secondaire. "On est ici pour des revendications claires et nettes, contre le décret programme et contre l'augmentation de l'abonnement de bus. Nous ne comptons pas rentrer dans l'école, et ça peut durer jusqu'à un mois, deux ... jusqu'à ce qu'il y ait au moins un petit changement et qu'on nous entende. Ici, on est déjà en train de se faire entendre. La ministre Glatigny n'assume pas qu'on se fasse entendre en disant qu'elle s'en fout ou en parlant surtout des casseurs. Ce n'est pas la solution. Il faudrait aussi montrer les mouvements pacifistes, parce qu'il y en a et c'est le but en fait, c'est de rester pacifistes" conclut Alexis.
À Chênée, des élèves alertent sur le mal-être à l'école
À Chênée, Malak, 17 ans, élève à l'institut Saint-Joseph et affiliée aux jeunes FGTB, décrit une situation préoccupante dans son école. Selon elle, une enquête menée auprès des élèves révèle un moral au plus bas. "On a fait une enquête pour voir l'état de nos élèves. C'est catastrophique. On a 80% de déprimés."
Elle pointe aussi les deux heures de cours supplémentaires imposées à certains enseignants. "Les profs sont fatigués, ils sont démotivés, ils n'ont plus envie de donner cours." Elle cite l'exemple d'une professeure d'anglais qui se retrouverait au chômage faute d'heures, et celui d'élèves qui ont désormais deux professeurs de mathématiques différents.
500 manifestants à Verviers
À Verviers, une soixantaine d'élèves se sont d'abord rassemblés devant l'institut Sainte-Claire, pancartes à la main, alors que les cours y étaient donnés normalement. "Tant que ça reste dans des proportions raisonnables et pacifiques, ça ne pose pas de problème" commente Anne Jodogne, la directrice de l'école. Selon elle, seule une minorité de ses élèves sont concernés. Les autres sont en classe.
Peu avant 10 heures, la manifestation partie de Sainte-Claire est arrivée devant SFX, rue de Rome, avant de retourner vers son point de départ. Ils étaient alors environ 500 élèves.
Les policiers disent avoir trouvé dans des sacs du matériel pour cocktails molotov : bouteilles en verre et morceaux de tissu. Mais pas de matières inflammables.
Par ailleurs, des jeunes ont tenté de défoncer le volet de l'institut Saint-Michel. Deux arrestations ont eu lieu à la suite de ces faits, selon le bourgmestre.
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