"Ne rien faire ne veut pas dire perdre son temps" affirme le philosophe Simon Brunfaut

C’est la rentrée. Autrement dit : les réveils, les agendas, les réunions, les mails, les messages, les appels, etc. Mais pourquoi ne pas continuer à ne rien faire ? Ne faudrait-il pas défendre un peu plus longtemps la paresse que nous avions cultivée pendant l’été ?
Pour cela, j’ai envie de vous parler de Paul Lafargue. Pour la petite histoire, Paul Lafargue était le gendre de Karl Marx. Et en 1880, il a publié un livre qui s’appelle Le Droit à la paresse. Il s’attaque à une idée qui nous paraît toujours sacrée : l’idée que le travail serait forcément une vertu.
Travailler, travailler davantage, produire, produire plus : cette obsession-là est toujours bien présente dans notre monde contemporain. Lafargue montre que nous avons fait du travail une sorte de religion. Une religion avec ses saints : le cadre dynamique, le salarié motivé, l’entrepreneur infatigable, le start-upeur créatif, etc.
Et aujourd’hui, force est de constater que même nos loisirs sont devenus du travail ! On ne se promène plus, on fait 8000 pas ; on ne court plus, on enregistre sa course sur Strava pour mesurer ses performances ; on ne lit plus un roman, on "développe ses compétences" ; on ne part plus en vacances, on "recharge ses batteries"…
Être paresseux ne veut pas pour autant dire ne rien faire du tout. Chez Lafargue, la paresse n’est pas simplement l’art de rester affalé sur son canapé. C’est surtout une critique de la valeur absolue accordée au travail. Et voilà pourquoi la rentrée est peut-être le meilleur moment pour parler de paresse. Parce qu’après l’été, nous avons tous et toutes cette petite nostalgie du temps inutile. Ces heures qui ne servaient à rien et qui, précisément pour cette raison, étaient délicieuses.
Lire trois pages puis regarder la mer pendant de longues minutes, prendre un café, puis deux, puis trois, sans se soucier de l’horaire, ou encore flâner sans but précis dans une ville.
Et surtout, pouvoir affirmer avec fierté à la fin de la journée : "Je n’ai rien fait aujourd’hui".
Car c’est justement cela qui rend ce temps inutile si important : il nous libère de l’obligation d’être toujours productifs.
Lafargue nous montre quelque chose de très précieux : ne rien faire ne veut pas dire perdre son temps. Le temps libre a une valeur en lui-même. Ne rien faire, c’est retrouver du temps qui n’appartient à personne, sauf à nous. Et donc, en cette rentrée, il faudrait peut-être conserver une petite parcelle de notre paresse estivale, non pas pour fuir toute responsabilité, mais pour se rappeler que nous ne sommes pas nés uniquement pour être efficaces. Alors, avec Lafargue, je vous propose ce matin de faire valoir votre droit à la paresse...
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