Tuée pour avoir dénoncé son proxénète | La victime décrit son quotidien avec son pimp

Au début de la pandémie, Jade Racette Beaulieu se tourne désespérément vers le travail du sexe pour payer sa voiture. Elle croit avoir trouvé un compromis en travaillant avec Mahad Farrah, mais se rend compte qu’il l’utilise pour l’argent. Dès qu’elle le dénonce, le danger la guette. Le proxénète l’aurait éliminée pour la faire taire, tuant du même coup sa grand-mère.
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La déclaration filmée où Jade Racette Beaulieu dénonce son proxénète aux autorités a été présentée lundi au procès de Mahad Farrah. Il est accusé du meurtre prémédité de la femme de 22 ans et du meurtre non prémédité de sa grand-mère de 73 ans, Huguette Maranda Racette.
L’homme de 26 ans aurait planifié et commandité le meurtre de la jeune femme pour se venger, tuant du même coup sa grand-mère présente au domicile de la victime le 15 décembre 2022, selon la Couronne.
Jade Racette Beaulieu est soupçonnée dans une affaire de vol survenu en Ontario en 2021. La jeune femme est donc arrêtée il y a quatre ans. Elle révèle alors au policier ontarien chargé d’enquêter sur ce vol qualifié qu’elle est victime de proxénétisme.
C’est dans ce contexte qu’elle décrit à un policier de l’unité de lutte contre la traite des personnes sa relation avec son pimp, Mahad Farrah. Ce dernier aurait agi comme son « manager » en la mettant en lien avec des clients. Jade Racette Beaulieu recevait la moitié des profits, selon sa déclaration.
« Un peu en amour » avec son pimp
Nous sommes au début de la pandémie. Jade Racette Beaulieu vient d’acheter une voiture avec son copain. Quand ce dernier la quitte pour sa meilleure amie, elle se retrouve seule à payer le véhicule. « J’ai décidé de devenir escorte pour faire les paiements. J’avais déjà des amies qui faisaient ça. J’ai suivi la vague », avait-elle expliqué dans sa déclaration de victime en 2022, quelques mois avant sa mort.
PHOTO FOURNIE PAR LE SERVICE DE POLICE
Mahad Farrah
Au début, elle travaille seule en Ontario. Elle commence à trouver compliqué de contacter ses clients elle-même. Elle suggère donc à Mahad Farrah de gérer ses clients. Ce dernier ne se fait pas prier : travailler seule, c’est dangereux, lui dit-il. Ils se partagent les profits.
« Ça a pas été très compliqué [de me convaincre]. Au pire, c’est moi qui voulait », a déclaré Jade Racette Beaulieu au policier. Elle s’est dépeinte comme naïve, dépendante affective et plutôt solitaire. Mahad Farrah est l’une des seules personnes présentes dans sa vie. Elle voyage même avec lui en Afrique.
« Moi, j’étais un peu trop en amour. Je voulais pas qu’il s’en aille. J’ai décidé de le suivre », a raconté la victime à l’enquêteur.
Mahad Farrah ne l’oblige pas à faire des choses avec lesquelles elle n’est pas confortable, selon son récit. Il ne se met jamais en colère, ne la menace pas et ne la force pas à prendre plus de clients.
« Je ne refusais pas de clients et je ne prenais pas de jours off. Je venais pas ici pour rien. C’était mon propre choix », a-t-elle décrit au policier.
« C’était l’argent qu’il voulait »
Au bout d’un moment, elle se sent seule et « émotionnellement détruite. » Elle cesse temporairement sa relation avec Mahad Farrah.
Elle réalise que sa voiture n’est toujours pas payée, qu’elle se retrouve souvent face à elle-même alors que son pimp « fait ses petites affaires » de son côté. Elle se dit alors que ça n’en vaut pas la peine. « J’ai compris que c’était l’argent qu’il voulait », a confié la victime aux autorités.
À la fin de l’interrogatoire, la jeune femme laisse entendre qu’elle ne veut pas d’aide. Elle n’a jamais rappelé l’enquêteur, a indiqué ce dernier au jury. La police régionale de Peel lance tout de même un mandat d’arrestation visant Mahad Farrah en octobre 2022.
C’est quelques semaines plus tard qu’il aurait tendu un piège à la victime avec l’aide d’un complice. Ce tireur s’est rendu dans une résidence du quartier Pointe-Saint-Charles où se trouvent Jade Racette Beaulieu et sa grand-mère, allègue la Poursuite. Les deux femmes auraient été abattues par projectiles d’arme à feu en moins de deux minutes.
Me Claude Berlinguette-Auger et Me Simon Lapierre représentent la Couronne. L’accusé est défendu par Me Josée Goulet et Me Laurence Juillet St-Jean. Le procès présidé par la juge Daniel Royer se poursuit pour les prochaines semaines au palais de justice de Montréal.
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