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Saturday, October 31, 2026

Ma maison est à la fois connectée et idiote : voilà pourquoi c’est le meilleur des deux mondes

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Ampoules connectées, enceintes, volets roulants : j’ai tout connecté, puis presque tout débranché. Retour d’expérience sur la seule règle qui compte finalement en domotique : le bouton doit toujours avoir raison. Ce texte est extrait de la newsletter ToujoursPlus, envoyée gratuitement tous les jeudis. Inscrivez-vous ici !

Il existe un test très simple pour savoir si votre maison connectée est réussie. Invitez quelqu’un à dîner et regardez-le aller aux toilettes. S’il allume la lumière du premier coup, sans même y penser, bravo. S’il appuie deux fois sur l’interrupteur, puis revient vers vous en haussant les sourcils, vous avez une maison connectée mal conçue : un bouton ne fait pas ce que l’utilisateur attend. Je suis bien placé pour en parler : j’en ai eu une pendant des années.

Les plus anciens d’entre vous connaissent mon cheminement, j’en avais déjà parlé dans cette newsletter. Pour les autres, un petit rappel des faits. Quand Philips a lancé ses ampoules Hue, fin octobre 2012, elles n’étaient vendues que dans les Apple Store : 199 euros le kit de départ, pour trois ampoules et un petit pont à brancher sur la box. J’étais, je crois, quelques années après (je penche sur 2014 si ma mémoire ne me fait pas défaut), l’un des premiers en France à en avoir partout chez moi. Ont suivi un Google Home, puis un HomePod que j’avais fait importer des États-Unis pour l’avoir avant tout le monde, puis des volets roulants connectés, un Google Nest Hub, une Apple TV, des prises connectées… Je disais « Dis Siri, bonne nuit » et l’appartement s’éteignait et se fermait tout seul. J’adorais ça. Honnêtement, j’adore toujours l’idée.

Le problème, c’est que cette maison avait été conçue pour un seul utilisateur, qui en connaissait toutes les règles parce qu’il les avait écrites (moi). Et puis j’ai eu une vie sociale un peu plus riche, et surtout, j’ai, plus tard, partagé mon appartement avec ma femme.

Philips Hue White ambiance // Source : Philips Hue
Philips Hue White ambiance // Source : Philips Hue

Appuyez deux fois

Pour comprendre ce qui a coincé, il faut regarder où se trouve l’intelligence dans une installation à base d’ampoules connectées. Elle est dans l’ampoule. Le reste de votre installation électrique n’est au courant de rien (pardon pour la vanne). L’interrupteur mural continue de faire ce qu’il fait depuis un siècle : couper ou laisser passer le courant. Vous avez donc deux autorités qui commandent la même lumière sans jamais se parler.

Si j’éteins depuis l’application, l’interrupteur reste en position allumée, et pour rallumer il faut l’éteindre puis le rallumer. Si quelqu’un coupe au mur, l’ampoule n’est plus alimentée et ne répond plus ni à l’application ni aux automatisations que j’avais minutieusement réglées. Le va-et-vient du couloir est devenu une loterie à deux joueurs dont un seul connaissait les règles.

Pour ma femme, qui n’avait rien demandé, la situation était ubuesque. Elle vivait dans un appartement où la chose la plus simple du monde, allumer la lumière, demandait de deviner l’état d’un système invisible sur lequel elle n’avait aucune prise – même en lui partageant l’accès à la Maison dans Apple Home, cela ne réglait qu’un problème, le sien, et pas celui de nos invités.

Bref, chaque bug devenait mon bug, que je devais réparer en ayant l’air d’un type qui défend son jouet. Je l’ai compris plus tard : une technologie qui oblige les autres à changer leurs gestes pour me faire plaisir est une technologie impolie.

Alors, quand nous avons déménagé, j’ai tranché. Plus de lumière connectée, ou le strict minimum : quelques petites lumières sous le lit pour faire un halo, des choses sans conséquence qui ne touchent pas au comportement des vrais boutons. Le mur reprenait le pouvoir. J’étais assez fier de cette sagesse retrouvée.

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Le cerveau dans le mur

Avec un peu de recul, je me suis rendu compte que j’avais simplement changé d’extrême. J’étais passé du tout connecté au rien connecté avec la même absence de nuance, celle du converti qui brûle ce qu’il a adoré. C’est Nicolas Lellouche, qui suit ces sujets à Numerama, qui m’a sorti de ma posture, avec un conseil qui tient en une phrase : « arrête de mettre l’intelligence dans l’ampoule, mets-la dans le mur ».

Mi-octobre, j’ai installé un Shelly 2L Gen4 derrière un interrupteur (ouais je me suis planté de modèle, je n’ai besoin que d’un 1L), dans la boîte d’encastrement. C’est un petit module à deux canaux, qui peut donc piloter deux circuits de lumière séparément. L’ampoule redevient une ampoule bête, le bouton reste un bouton, et le module, glissé entre les deux, fait le lien avec l’app Maison d’Apple via Matter. Le bouton ne coupe plus le courant de la lumière : il envoie un ordre au module, exactement comme l’application ou Siri. Il n’y a plus qu’une seule autorité, et elle écoute tout le monde.

J’ai testé ça dans la pièce la plus démocratique de l’appartement, celle où passent absolument tous les invités : les toilettes. J’y ai ajouté un détecteur de mouvement Aqara P1, gros comme une balle de ping-pong coupée en deux. Quand quelqu’un entre, la lumière s’allume seule, puis s’éteint dix minutes après le départ du dernier occupant. Si vous sortez en oubliant la lumière, elle s’éteint quand même. Si vous l’éteignez au bouton, elle s’éteint, et l’automatisation repart normalement au passage suivant. Si vous appuyez sur l’interrupteur avant que le capteur vous ait repéré, la lumière s’allume et rien ne se contredit. Si je change quelque chose depuis l’application, ça marche aussi. J’ai cherché le cas qui casse. Je ne l’ai pas trouvé.

C’est la découverte qui m’enthousiasme le plus depuis longtemps dans ce domaine : une maison peut être connectée pour moi et parfaitement normale pour tous les autres. Vos invités appuient sur un bouton, la lumière s’allume. Ils ne sauront jamais qu’un module infrarouge les a aussi vus entrer.

Matter, ou presque

Évidemment, il y a un prix d’entrée, et il est double.

Le premier est physique. Tout se joue au niveau des fils : derrière les interrupteurs, ou directement dans le tableau électrique, où l’on peut installer des modules sur rail à côté des disjoncteurs. Cela veut dire couper le courant, ouvrir des boîtes et parfois appeler un électricien. Bref, faire des travaux. Ce n’est pas plug and play.

Souvent, il faut aussi regarder si un fil neutre arrive jusqu’à l’interrupteur, ce qui est loin d’être garanti dans les logements anciens. C’est justement l’intérêt du 2L : il s’en passe, moyennant un petit composant fourni dans la boîte, le bypass, à brancher en parallèle de la lampe. On ne fait pas ça un dimanche après-midi en dévissant une ampoule, mais on ne refait pas non plus l’électricité de l’appartement. Et puis on va pas se mentir, avec l’IA, tout est devenu plus simple : une photo, une description du projet et Gemini vous fait les étapes.

Le second est logiciel, et là, on ne va pas se mentir, c’est encore le Far West. L’application Shelly est un bordel sans nom. Quant à Matter, la norme lancée fin 2022 avec la promesse que tous les objets parleraient enfin la même langue, elle n’a tenu son engagement qu’à moitié. Mon capteur Aqara en est un parfait exemple. Je l’ai ajouté directement à l’app Maison, en Matter, avec le HomePod comme contrôleur : il fonctionne très bien. Mais pour régler sa sensibilité ou son délai de détection, l’application Aqara réclame un hub Aqara. Sans lui, je suis coincé sur le réglage d’usine. La norme universelle, en 2026, consiste donc à acheter une deuxième box pour régler un curseur sur un objet qui marche déjà. Yay! Interoperability!

Alors pourquoi je vous en parle avec enthousiasme ? Parce que ces frictions sont désormais celles de l’installateur, une fois, et plus celles des habitants. Pendant des années, la maison connectée m’a fait payer sa complexité chaque fois que quelqu’un touchait un interrupteur. Aujourd’hui, je la paie un samedi, un tournevis à la main et un tutoriel sur les genoux. Ensuite, plus personne ne la remarque.

J’ai longtemps cru que le défaut de ma maison connectée était d’être trop connectée. Son vrai défaut, c’est qu’elle n’obéissait qu’à moi. Une maison bien faite obéit au bouton, parce que le bouton est la seule interface que tout le monde sait utiliser, de l’ami de passage à la belle-mère.

Si vous hésitez à franchir le pas, ou à revenir en arrière comme moi, commencez par une seule pièce et une question bête : comment j’automatise sans que personne ne s’en aperçoive ? La réponse décide du module à acheter, et tout le reste en découle. Et la prochaine fois que vous recevez, regardez vos invités utiliser la salle de bain sans vous poser de question. Vous n’aurez même pas à leur faire un tunnel pour leur expliquer Matter.

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