Et si le chocolat de demain ne venait plus du cacao ? L’invention osée d’Upgredient

Et si le chocolat n’était plus uniquement issu du cacao ? C’est le pari audacieux d’Upgredient, né du projet étudiant Les Kojiteurs, porté par douze élèves ingénieurs de SupBiotech, puis par Simon Houdouin, Cléo Lauret, Louise Mourot et Sophie Sar.
Des tourteaux plutôt que du cacao
Le projet commence avec une idée : participer au concours Ecotrophelia où des étudiants français s’affrontent autour de l’éco-conception et l’innovation alimentaire. À SupBiotech, douze cerveaux s’agitent : ce qu’ils savent avant de commencer ? Leur produit sera sucré parce qu’ils sont tous aussi gourmands les uns que les autres, la démarche gravitera autour de l’upcycling pour valoriser une matière oubliée et lutter contre le gaspillage et ils exploreront la fermentation.
Après avoir étudié des publications scientifiques et bases de données et testé nombre de co-produits, un ingrédient sort du lot : le tourteau, résidu solide issu de l’extraction d’huile d’oléagineux, riche en fibres et en protéine et habituellement destiné à l’alimentation animale.
Le défi technique et écologique de l’équipe est de taille : dissocier le plaisir gourmand de la déforestation en s’appuyant sur la biotechnologie pour créer une alternative saine et brute au cacao, sans nuire aux forêts ni à la santé du consommateur.
À force de travail, un jour de septembre, la pâte obtenue en laboratoire fait l’unanimité : son goût rappelle celui du cacao. L’aventure des Kojiteurs se concrétise davantage et la persévérance du petit groupe porte ses fruits quand, en juin 2025, il remporte la médaille d’argent et le Prix Sciences et Technologies au concours Ecotrophelia.
Retour sur le trophée Ecotrophelia @Upgredient
SupBiotech, l’école qui accompagne pour concrétiser
Aux côtés de ceux que l’on nomme encore Les Kojiteurs se trouve SupBiotech. L’école offre à ses élèves un accès à ses infrastructures de pointe et à un réseau d’experts, notamment parmi les alumni de l’école. Des facteurs permettant de rapidement faire évoluer leur idée vers un premier prototype.
La formation d’ingénieur leur a notamment appris à décomposer des systèmes biologiques complexes, à construire des solutions tout en travaillant en équipe. Et avec des champs d’application transverses et essentiels comme la gestion de projet, la communication, les relations professionnelles, mais aussi les associations de l’école et les projets extra-scolaires, l’aventure entrepreneuriale s’est peu à peu forgée et solidifiée.
Concrètement, une journée type alterne entre essais en laboratoire pour affiner la fermentation des tourteaux, réunions d'équipe, échanges avec de potentiels partenaires industriels et rédaction de dossiers pour les jurys des concours. Un travail qui a payé puisqu’après sa médaille Ecotrophelia, la petite entreprise est, en septembre 2025, lauréate régionale puis lauréate nationale des prix du réseau PEPITE, recevant 10 000 euros. Pour la petite histoire, sur plus de 6 000 étudiants-entrepreneurs, les jeunes ingénieurs de SupBiotech finissent parmi les 30 lauréats nationaux.
Les Kojiteurs d’alors ne s’arrêtent pas en si bon chemin et remportent le concours VEGEPOLYS VALLEY en décembre 2025, recevant, là encore, un soutien financier de 10 000 euros pour poursuivre ce qu’elle a déjà réussi à concrétiser.
SupBiotech, elle, a toujours été à leurs côtés, prête à leur donner le coup de pouce nécessaire. Aujourd’hui encore, l’école et ses enseignants ne sont pas si loin et suivent l’évolution de ce « nouveau chocolat ».
Avec Upgredient, vers l’industrialisation ?
Le prototype du « chocolat » sans cacao fonctionne, reste à en modifier l’échelle pour le faire davantage connaître. La création de la start-up Upgredient est en cours, tout comme le dépôt d'un brevet pour protéger le projet innovant. L'objectif des quatre jeunes entrepreneurs est simple : transformer leur innovation en réalité industrielle et la confronter au plus tôt aux besoins des industriels de l’agroalimentaire.
Le défi a aujourd’hui évolué, mais reste déterminant pour poursuivre la destinée d’Upgredient : le produit doit être davantage développé, son procédé de fabrication est à fiabiliser et la recherche de financements approfondie. La volonté d’y arriver reste intacte pour Upgredient et peut-être que dans dix ans, leur innovation fera partie des standards. Elle se dégustera avec l’idée que derrière elle, la planète s’en trouvera moins abîmée.
Trois questions à Simon Houdouin - Upgredient
1. Qu’est-ce que ta formation et ton école t’ont apporté, professionnellement et personnellement ?
Ma formation d’ingénieur m’a appris à comprendre des systèmes complexes, à les décomposer et à construire des solutions. Au-delà des compétences techniques, ce sont surtout les compétences transversales qui me servent aujourd’hui : gestion de projet, communication, relations professionnelles et travail en équipe. Les projets menés pendant mes études et la vie associative ont largement contribué à me préparer à l’entrepreneuriat : apprendre à organiser des événements, gérer des budgets, manager des équipes et prendre des décisions avec des informations parfois incomplètes… Enfin, je m’appuie encore régulièrement sur le réseau des alumni qui nous aide à développer notre projet et à bénéficier de retours d’expérience.
2. Comment voyez-vous évoluer votre projet dans les prochains mois ?
Nous allons poursuivre le développement technique pour transformer nos premiers résultats en une solution robuste et industrialisable, tout en recherchant des financements publics et privés. Nous souhaitons également multiplier les échanges avec les industriels pour confronter rapidement notre produit à leurs besoins et contraintes, et ensuite adapter notre développement.
3. Quels conseils donnerais-tu à un lycéen ou à un étudiant qui souhaiterait suivre un parcours similaire ?
Si l’on sait déjà ce que l’on veut faire, il faut surtout se demander pourquoi : est-ce vraiment ce qui nous plaît ou simplement le choix qui paraît le plus évident ? Pour ceux qui hésitent, une école d’ingénieur permet « d’apprendre à apprendre », à résoudre des problèmes et à s’adapter, des compétences qui restent utiles bien plus tard.
À mon avis, les études ne servent pas uniquement à préparer à un métier précis, mais plutôt à découvrir notre futur environnement professionnel, même s’il n’est finalement pas linéaire. Pour entreprendre, je conseillerais surtout de poser beaucoup de questions, d’aller rencontrer ceux qui ont déjà fait face à des problèmes similaires et de bien connaître ses propres points faibles. Des réseaux comme PEPITE peuvent également accompagner les étudiants entrepreneurs dès leurs débuts. Et pour résumer mon état d’esprit, je citerais René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »
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