Certains pays interdisent aux personnes sourdes et malentendantes de conduire

Le numéro 114 fête son anniversaire : le 114, c'est l’appel d’urgence en France pour les personnes sourdes et malentendantes. Depuis 15 ans, ce système reçoit les urgences sous forme de texte ou de connexions vidéo. Un numéro utile qui peut sauver des vies sur les routes ou dans les transports. Les personnes sourdes conduisent, mais pas dans tous les pays.
Parmi les idées reçues sur la surdité, il y a celle qu’une personne atteinte d'un handicap auditif ne devrait pas avoir droit à la route. Au contraire, les personnes sourdes peuvent se révéler d’excellentes conductrices, par exemple en repérant beaucoup plus vite les mouvements ou reflets dans les rétroviseurs.
Paul Flad, le directeur de l’INJS (l’Institut des jeunes sourds à Paris), ne cesse de le répéter : s’ils aiment la conduite, que les jeunes sourds et malentendants se lancent, chauffeurs de bus ou de camion, tout est possible… Face au public de jeunes personnes en situation de handicap du salon de l’emploi dédié au handicap à Paris le 9 octobre dernier, Paul Flad a fait passer son message : « Certains de nos élèves sont devenus chauffeurs de camions de marchandises. L’IA, l’intelligence artificielle, va sans doute améliorer le confort des sourds et malentendants à Paris. Mais je dirais plutôt que nous devrions d’abord utiliser de façon plus généralisée les outils qui existent déjà ! Dans les transports publics par exemple, les appareillages auditifs des personnes handicapées leur permettent d’entendre de façon amplifiée. Mais pas dans un brouhaha ou un bruit de foule agitée et bruyante. Donc il faut davantage de panneaux ou d’images de consignes de sécurité diffusées en temps réel dans les gares ou aéroports. »
Avoir des moniteurs d'auto-école spécialisés
Bien que les statistiques mondiales sur la sécurité routière montrent que les personnes sourdes ont les taux les plus bas d’accidents de la route, dans certaines régions du monde, de fausses croyances sur les personnes handicapées écartent celles et ceux atteints d'handicap auditif des routes.
Laurence Paire-Ficout dirige le Laboratoire ergonomie et sciences cognitives pour les transports (Lescot) des transports à l’université Gustave Eiffel de Paris : « Dans 26 pays du monde, le permis de conduire est interdit pour les sourds. Je pense à l’Afrique et à la Zambie. Mais c’est aussi le cas dans des pays d’Amérique latine, d’Asie et du Moyen-Orient. Le manque de formateur spécialisé dans le handicap auditif peut aussi freiner l’obtention du permis, je pense à la Côte d’Ivoire par exemple. Aujourd’hui, les outils technologiques aident à conduire en toute sécurité. Il y a les GPS de navigation. Nos laboratoires de recherche doivent encourager l’industrie aux outils faciles à utiliser. Car le risque avec des outils trop sophistiqués dans les véhicules serait de distraire le conducteur malentendant. C’est pourquoi je me dois de collaborer avec les fabricants et équipementiers automobiles. »
Un métier d’avenir : moniteur d’auto-école pour personnes malentendantes. Les écoles de conduite en recherchent sur tous les continents du monde.
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