Qui dirigera finalement Israël?
Qui gouvernera Israël ? Impossible de le savoir pour l’instant. Après le dépouillement de 85 % des bulletins de vote, le bloc d’opposition — formé de partis sionistes libéraux et de partis arabes — obtient la majorité des sièges. Mais le premier ministre sortant, Benjamin Nétanyahou, pourrait tout de même réussir à se maintenir au pouvoir.
D’intenses tractations et pressions ont déjà débuté. Ce jeu d’alliances, intrinsèque au système proportionnel israélien, déterminera si l’État hébreu se réalignera sur sa trajectoire démocratique ou accentuera sa tangente autocratique.
Qui a gagné l’élection ?
Les résultats partiels dévoilés mercredi par le Comité électoral central — après le dépouillement de 85 % des voix — donnent 53 sièges au bloc de Nétanyahou, formé de partis de droite et d’extrême droite, et 48 au bloc centriste de l’ex-chef d’État-major Gadi Eizenkot. Les deux partis arabes sont crédités, pour l’instant, de 19 sièges.
Pour Osnat Akirav, présidente de l’Association israélienne de science politique et professeure au Collège académique de Galilée occidentale, cette élection a fait un « vainqueur clair ». « Le bloc libéral [Eizenkot et les partis arabes] dispose de la majorité après avoir obtenu les votes de plus de la moitié des électeurs », dit-elle.
Plusieurs analystes et médias excluent les partis arabes — la Liste unifiée et le parti Ra’am — du décompte du bloc d’opposition, ce qui met l’alliance de Nétanyahou en tête. « Les Arabes sont des citoyens à part entière en Israël, qui représentent 20 % de la population d’Israël. Alors pourquoi les exclure du décompte ? », s’indigne la politologue.
Les dirigeants des deux partis arabes ont d’ailleurs déjà proposé au bloc d’Eizenkot de le soutenir pour chasser Nétanyahou du pouvoir.
Qui sera invité à former une coalition ?
C’est la grande question. Après avoir rencontré les représentants des partis, le président Isaac Herzog investira dans les prochains jours un leader qui sera chargé de former une coalition gouvernementale. Choisira-t-il Eizenkot — dont le bloc est le plus fort — ou Nétanyahou — dont la formation politique, le Likoud, a remporté le plus de sièges (26) ?
Selon Osnat Akirav, le choix d’Eizenkot s’imposera. « Il a manifestement davantage de chances [d’être capable de former une coalition gouvernementale] puisque les partis arabes diront au président qu’ils voteront en faveur d’un gouvernement dirigé par Eizenkot. Nétanyahou ne pourra pas obtenir la majorité de la Knesset. »
Le leader désigné par le président Herzog « disposera d’une période de 28 jours, puis d’une autre période [de prolongation] de 14 jours pour tenter de former une coalition », explique Yael Shomer, professeure de science politique à l’Université de Tel-Aviv. S’il n’y parvient pas, un autre leader sera investi de cette mission.
En cas d’échecs successifs, de nouvelles élections pourraient être déclenchées. Le président Herzog a exhorté mercredi les partis à « tout faire » pour éviter ce scénario.
Les partis arabes détiennent-ils la balance du pouvoir ?
Une poussée historique du taux de participation dans les communautés arabes et bédouines a permis aux deux partis arabes de récolter un record de 19 sièges. Puisque ni la coalition de Nétanyahou ni celle d’Eizenkot n’a remporté la majorité des sièges à la Knesset, ils deviennent les « faiseurs de roi ».
Mais pour qu’ils appuient la coalition de Eizenkot, une voie de passage devra être trouvée, puisque des membres de cette coalition — dont Eizenkot lui-même — ont déjà affirmé qu’ils refuseraient de gouverner avec les partis arabes. Un des scénarios serait qu’ils appuient un gouvernement Eizenkot sans nécessairement en faire partie.
« C’est une des conséquences du 7 octobre 2023, relève Gideon Rahat, professeur de science politique à l’Université hébraïque de Jérusalem. Beaucoup de Juifs israéliens se trouvent dans une situation où ils ne sont pas prêts à coopérer avec un quelconque parti arabe. »
Mercredi, Yaïr Golan, le chef du parti de gauche Les Démocrates, membre du bloc d’Eizenkot, a appelé à mettre fin aux « divisions racistes de Nétanyahou entre les voix juives et les voix arabes » et à former « un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d’Israël ».
Le chef du parti arabe Liste unifiée, Youssef Jabareen, a déclaré à l’AFP que « pour faire tomber » Nétanyahou, son parti était prêt à soutenir un gouvernement Eizenkot, mais « sans y entrer », a-t-il précisé. Une décision dictée par « les circonstances actuelles », a-t-il ajouté en citant la guerre à Gaza et les violences des colons en Cisjordanie.
Nétanyahou pourrait-il s’accrocher au pouvoir ?
Selon Gideon Rahat, « Nétanyahou fera tout en son pouvoir [pour rester en poste], c’est sa stratégie depuis plusieurs années ». Déjà mercredi, son parti, le Likoud, a déclaré que les élections avaient été « volées par des partis arabes qui soutiennent le terrorisme et la destruction d’État juif ».
La formation politique a clamé que de l’intimidation, de la violence et des achats de vote avec des enveloppes remplies d’argent liquide ont eu lieu dans des bureaux de vote arabes. Un incident lié à l’achat de votes a effectivement eu lieu mardi, a confirmé la Commission électorale centrale, qui n’a toutefois pas fait état d’autres infractions.
Certains craignent aussi que Nétanyahou lance une nouvelle campagne de bombardements contre l’Iran avant que les tractations pour former un nouveau gouvernement aboutissent. Osnat Akirav rappelle que depuis plusieurs années, « sa principale mission, c’est d’éviter la prison et de tenter d’échapper à son procès [pour corruption] », qui suit toujours son cours.
« C’est l’histoire centrale de la politique israélienne depuis 2019 », souligne-t-elle. C’est ce qui a guidé les attaques de Nétanyahou contre le système de justice et qui a mené le pays dans tant de guerres. « Son principal argument est de dire : je suis là pour vous protéger, si je ne suis plus le dirigeant, vous, le peuple d’Israël allez tous mourir », résume-t-elle en rappelant que Nétanyahou a publié une image, générée par l’intelligence artificielle, d’une bombe atomique tombant sur Tel-Aviv à quelques heures du vote.
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