Une présidence américaine monétisée par le président et les siens
Une enquête est en cours. Dans la foulée des récentes révélations du média indépendant en ligne ProRepublica sur le financement d’une partie du mariage du fils de Donald Trump par un oligarque russe proche du Kremlin, les démocrates au Congrès ont décidé cette semaine de se pencher de plus près sur cette transaction qui dégage aussi, selon eux, des effluves d’ingérence et de corruption.
Dans une lettre adressée cette semaine à Donald Trump Jr., le principal démocrate de la commission de surveillance de la Chambre des représentants, Robert Garcia, réclame au fils du président « les relevés financiers de tous les achats effectués pour [son] mariage par des ressortissants étrangers ». Il souligne aussi que les contributions financières d’Umar Kremlev, un proche de Vladimir Poutine, aux cérémonies et aux festivités qui se sont déroulées en mai dernier sur deux îles privées des Bahamas « pourraient représenter l’accusation la plus grave portée contre [Donald Trump Jr.] à ce jour ».
S’adressant à la Maison-Blanche, dans une autre lettre, Garcia écrit : « La relation étroite et secrète entre le fils d’un président américain en exercice et un membre du cercle restreint du dictateur russe Vladimir Poutine soulève de graves préoccupations en matière de sécurité nationale et de corruption. » Il ajoute : « Les démocrates de la commission de surveillance enquêtent sur les nombreuses manières dont la famille Trump a cherché à s’enrichir grâce à sa proximité avec le président Donald Trump. »
Donald Trump Jr., dont la fortune personnelle est estimée par Forbes à 300 millions de dollars américains, n’a pas nié l’existence de cette contribution financière de l’oligarque russe à son mariage. Sur Instagram, sa nouvelle femme, Bettina Anderson, a même remercié ce « cher ami Umar » d’avoir « très généreusement organisé deux soirées de fête incroyable pour [le couple] ».
Bien qu’elle résume ce petit commerce à un « événement personnel et joyeux » qui n’avait rien de politique, le geste vient malgré tout allonger la longue liste de transactions qui, depuis le retour brutal du populiste à Washington l’an dernier, exposent la capacité, mais surtout la volonté de monétisation du pouvoir par le président et son entourage.
Des sommes étourdissantes
Les sommes commencent à devenir étourdissantes. En juillet dernier, des documents officiels émanant de la présidence américaine ont révélé que Donald Trump avait engrangé pas moins de 1,4 milliard de dollars par l’entremise des cryptomonnaies, et ce, pour la seule année 2025. Le républicain et magnat de l’immobilier a ainsi déclaré 635 millions de dollars de redevances dans le cadre d’un accord de licence pour les « Celebration Coins » lié aux célébrations du 250e anniversaire de naissance des États-Unis. 525 millions de dollars proviennent de la vente de jetons par World Liberty Financial, un groupe d’investissement en cryptomonnaies fondé par Trump et ses fils, 65 millions de dollars de la vente d’actions de World Liberty Financial, et 196 millions de dollars sont issus d’une transaction sur un stablecoin.
« Il s’agit probablement de la plus forte augmentation de patrimoine jamais enregistrée pour un président en exercice », soulignait récemment le Washington Post, un enrichissement qui passe désormais par ces nouveaux canaux et outils financiers, dont l’opacité pourrait faciliter la corruption et les transactions occultes.
Faire de sa position privilégiée au sommet de l’État une source intarissable de revenus : le président américain ne s’en cache même plus, lui qui, depuis août dernier, vend un « accès premium » et anticipé à ses déclarations en ligne sur sa plateforme Truth Social. Coût de l’opération ? 100 000 $ par mois (soit 1,2 million par an) pour ainsi pouvoir saisir les occasions d’affaires offertes par cette parole présidentielle sur les marchés financiers avant qu’elle ne devienne accessible au reste du monde.
Le groupe de défense des droits des Américains et de la démocratie Public Citizen parle d’un « projet commercial à l’éthique douteuse ». Les courtiers et les investisseurs de Wall Street font partie de la clientèle cible.
Donald Trump semble d’ailleurs lui-même chercher à saisir les occasions sur les marchés. Selon le Bureau de l’éthique gouvernementale (OGE), un organisme de surveillance affaibli par Donald Trump dès son retour à Washington, le gestionnaire indépendant de fonds du président a effectué près de 21 000 transactions à la Bourse en 2025, soit un niveau particulièrement élevé. Les fonds milliardaires les plus actifs de Wall Street génèrent généralement quelques centaines de transactions par trimestre, rappelait récemment le Wall Street Journal.
Et cette monétisation effrénée du pouvoir par les Trump est en train de rendre le mariage entre les électeurs américains et le nouveau régime en place à Washington de moins en moins heureux, à en croire un récent sondage YouGov, menée la semaine dernière pour le compte du magazine The Economist. Quelque 1400 d’entre eux ont été interrogés.
Lorsqu’on leur demande quel mot décrit désormais le mieux Donald Trump, c’est « corrompu » qui arrive en tête de liste, à 53 %. Suivent : « dangereux », à 51 %, « déconnecté » à 47 %, « cruel » à 46 % et « raciste » à 45 %.
Les termes « sérieux », « inspirant » et « honnête » sont désormais dans le fond de la cale, à respectivement 18 %, 19 % et 23 %.
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