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Wednesday, October 28, 2026

2 films, un État : Hollywood et les mythes de l’Ouest

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Aujourd’hui, traversée verticale de l’Arizona du nord vers le sud. L’Arizona, ce sont des paysages que tout le monde connaît sans même y être allé. Les cactus géants du désert de Sonora, les roches rouges de Sedona, le grand canyon, et bien sûr Monument Valley immortalisé par les westerns de John Ford. C’est lui qui, en premier, a jeté son dévolu sur un territoire sacré des Navajos pour en faire le décor du grand récit américain de la conquête de l’Ouest.

Notre premier film du jour est donc la chevauchée fantastique. John Ford. 1939. John Wayne dans son premier grand rôle de hors-la-loi qui protège une diligence traversant l’Arizona sous la menace des Apaches.

Ford filme Monument Valley pour la toute première fois en 1938. Il impose alors ces immenses buttes de grès comme le décor officiel du western. Et si Monument Valley est devenu ce mythique décor de cinéma, ce n’est pas tout à fait un hasard.

On le doit à un couple qui vivait à proximité de là dans les années vingt : Harry et Leone Goulding. Ils y tenaient un trading post. Un comptoir en somme, où les habitants Navajos faisaient du commerce. Dans les années trente, la grande dépression frappe la région. Harry a alors l’idée de faire venir Hollywood pour apporter du travail et donc des revenus dans la région. Il apprend que John Ford prépare un western et il se rend à Los Angeles pour lui proposer ce décor.

L’invention du mythe américain

Quelques mois plus tard, les équipes envahissent Monument Valley. Qui est donc devenu un décor de cinéma par la volonté d’un homme qui voulait juste sauver son comptoir de commerce.

Ce que Ford invente avec La chevauchée fantastique, c’est un mythe américain. Le plan large qui montre la diligence dans le désert dit qu’ici, l’homme est seul face à la nature, et sa survie dépend soit de sa vertu, soit de son courage. En tout cas de sa capacité à tenir face à l’adversité. C’est le récit fondateur de l’Amérique : l’individu contre le monde hostile. Et les Apaches, dans ce film, sont la menace. Et ils sont surtout creux. Sans psychologie, ni histoire. En faisant cela, Ford montre Monument Valley comme un espace pratiquement vide. Comme s’il n’avait pas précédemment été habité par d’autres peuples. Ou que ces terres ne leur avaient pas été volées.

Le western évoluera avec le temps. C’est d’ailleurs ce dont nous parlerons demain quand nous traverserons la réserve Navajo.

Deux femmes dans l’Arizona

Mais un autre film est intimement lié à ces paysages désertiques et ces canyons de l’Ouest américain : Thelma et Louise de Ridley Scott, avec Geena Davis, Susan Sarandon et Brad Pitt, sorti en 1991.

En fait, Ridley Scott prend les mêmes paysages que John Ford. Et y met en scène deux femmes en fuite. L’histoire en deux mots : Thelma est une femme au foyer étouffée par un mari autoritaire. Louise travaille comme serveuse. Les deux amies décident de partir quelques jours en voiture pour échapper à leur quotidien. Mais un soir, un homme tente de violer l’une d’entre elles sur un parking. Pour leur défense, elles sortent une arme et abattent cet homme. Elles prennent alors la route.

Dans les films de John Ford, les paysages d’Arizona accueillaient des héros masculins venus conquérir un territoire. Dans Thelma et Louise, ces mêmes espaces montrent deux femmes qui tentent d’y survivre. Car elles savent que si elles se rendent à la police pour dénoncer l’agresseur, il ne se passera rien. Elles savent ce que la justice fait des femmes qui portent plainte pour viol. C’est-à-dire pratiquement rien. C’est pour ça qu’elle tire.

Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu, on ne raconte pas la fin. Mais la géographie américaine engloutit ces deux héroïnes. Et c’est l’une des plus belles fins de films jamais tournées par Hollywood.

À voir ou revoir : La chevauchée fantastique de John Ford et Thelma et Louise de Ridley Scott.

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