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Friday, October 30, 2026

Discours de von der Leyen en anglais | « Aucune explication logique, sinon un oubli »

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a-t-elle commis un impair en prononçant un discours de 23 minutes en anglais seulement jeudi à Montréal ? Peut-on attendre de tout chef d’État de passage au Québec quelques mots en français ? Oui et non, répond le politologue Guillaume Lavoie, fin connaisseur de l’Union européenne et membre de la Chaire Raoul-Dandurand.

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D’abord, la question de base : Ursula von der Leyen parle-t-elle suffisamment bien français pour pouvoir s’exprimer en public dans cette langue ?

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Guillaume Lavoie, politologue, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique et membre de la Chaire Raoul-Dandurand

Ce que je peux vous assurer, c’est que Mme von der Leyen non seulement parle très bien, mais magnifiquement français. C’est clair. [La présidente de la Commission européenne a longuement parlé français vendredi en conférence de presse à Montréal.] On ne peut pas vivre dans l’écosystème de l’Union européenne, surtout pas au plus haut sommet, sans avoir une extraordinaire sensibilité à l’importance des langues, et sans prononcer certains morceaux de discours dans différentes langues, surtout en français. Dans le contexte de l’Union européenne, un des pays les plus chatouilleux sur ces questions-là, c’est la France. Et la Commission européenne, c’est le nec plus ultra de la fonction publique européenne.

Comment expliquer alors qu’elle n’ait pas prononcé un seul mot de français jeudi lors de la première journée du sommet Canada-Union européenne ?

On connaît bien le Canada, on sait très bien que le Canada a deux langues officielles. Je ne peux que mettre ça sur le compte d’un oubli difficile à expliquer. Je ne peux pas imaginer que ce soit à dessein. […] Le Canada est un pays où le français est une langue officielle. En plus, on est à Montréal. Alors oui, elle aurait dû, mais je n’ai aucune explication logique, sinon un oubli.

Vous estimez donc qu’elle aurait dû parler français ?

Oui. C’est typiquement ce qu’elle fait, d’ailleurs. Quand M. Carney était son invité au Parlement européen, à Strasbourg (le 17 septembre dernier), elle a inséré plusieurs passages en français dans son discours. Ce n’était pas seulement pour dire « bonjour » et « merci », mais il s’agissait de passages significatifs.

Croyez-vous que les chefs d’État de passage au Québec devraient faire un effort pour parler français ? Est-ce que c’est quelque chose que le Québec peut demander ?

Non. Permettez-moi d’inverser votre prémisse. Le pays hôte n’a pas à exiger que son invité parle dans une langue X ou Y, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Si le président chinois est en visite au Canada, on n’exigerait pas qu’il parle français ou anglais. Lorsque M. Carney est en visite à Oulan-Bator, on ne lui demande pas de parler mongol […] Est-ce que M. St-Pierre Plamondon, s’il allait en visite à Beijing, on lui demanderait de parler mandarin ? J’en doute.

Normalement, les chefs d’État tendent à parler la langue dans laquelle ils sont le plus à l’aise. Par égard, il y a la plupart du temps des passages dans la langue locale, très longs ou très courts selon la maîtrise de l’orateur, pour faire un clin d’œil ou montrer un souci d’intérêt diplomatique. Mais l’idée que le pays hôte ou le territoire hôte en fasse une exigence me semble une hérésie.

C’est donc une simple question de courtoisie ?

Oui, et à la limite, on appréciera la courtoisie et ça vaudra très, très cher. […] Par exemple, John F. Kennedy, lorsqu’il était venu faire son discours devant le Parlement fédéral à Ottawa [le 17 mai 1961], avait dit quelques mots en français. On comprend qu’il n’est pas francophone, mais qu’il fait un effort pour montrer de la sensibilité à l’égard de l’endroit où il se trouve. Kennedy, en visite à Paris, était très heureux d’être accompagné par Jacqueline Kennedy qui parlait bien français, et ça avait été apprécié. Comme on avait beaucoup apprécié le fait que John Kerry ou Antony Blinken parlaient également très bien français. Mais il faut toujours savoir que les choses les plus importantes, ils vont les dire pour que leurs propres commettants les entendent dans leur langue.

Par souci de clarté et de concision, l’entrevue a été légèrement remaniée.

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