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Tuesday, September 29, 2026

Des campements de personnes à la rue à nouveau sur des parcelles vertes le long de l’autoroute E40 à Schaerbeek

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Des barrières Nadar venues d’un chantier voisin font en quelque sorte office d’entrée dans ce qui est devenu une sorte de petit quartier. Au milieu des arbres, une bonne dizaine de tentes et d’abris de fortune reliés entre eux par un sentier boueux, recouvert de tapis.

Un homme à la barbe grisonnante, assis sur un tabouret qu’il nous avoue avoir récupéré dans des déchets, accepte de nous montrer les lieux. D’abord, l’abri sombre qu’il dit partager avec son épouse. "Monsieur, regarde. Ça, c’est ce qu’on utilise pour presque tout", explique-t-il en désignant un petit réchaud, relié à une bombonne de gaz à l’extérieur. "Avec ça, on peut essayer de faire à manger. Et quand on l’utilise, ça sert aussi à chauffer l’intérieur".

Avec ça, on peut essayer de faire à manger. Et quand on l’utilise, ça sert aussi à chauffer l’intérieur

Ces réchauds et bombonnes de gaz sont les seules sources de chauffage pour les habitants. Avec les risques qui vont avec quand ils sont allumés à l’intérieur d’un espace peu ventilé. L’eau courante ? "Y’a pas. On achète parfois des bouteilles au magasin", explique encore cet homme qui dit avoir 59 ans et souffrir de nombreux problèmes de santé qui l’empêchent désormais de travailler. "Avant, j’ai travaillé des années ici dans la construction et la démolition", dit-il.

De l’électricité ? "On a un générateur. Mais il faut du carburant pour le faire fonctionner". Or, ajoute-t-il, "on vit en faisant la manche. Dans la rue, on récolte parfois 20 ou 30 euros par jour. Ça permet d’acheter à manger ou de l’eau".

Quelques minutes plus tard, un autre homme plus âgé, arrive, en se déplaçant en fauteuil roulant, malgré le chemin boueux. "J’ai 67 ans et j’ai de gros soucis de santé", précise-t-il. "Je viens d’être opéré à la jambe et quand j’ai dû sortir de l’hôpital, j’ai demandé où je pouvais aller ? On m’a laissé comme ça. Je suis dehors. Je dors dans cette tente. Il fait froid et ma jambe risque l’infection. Je viens d’aller à la maison médicale pour qu’on me change mon pansement".

Selon ces deux hommes, ils sont 17 à vivre sur cette petite parcelle, entre l’humidité des arbres, "depuis un bon mois". 17, expliquent-ils, 13 adultes et 4 enfants. Les plus "vieux" âgés de 10 et 11 ans, ainsi que deux bébés, "l’un de 7 mois et l’autre de 3 mois. Ils sont nés ici en Belgique, à l’hôpital Saint-Michel ici plus loin".

Malgré ça, les deux hommes pensent qu’ils vont tous bientôt devoir partir. "La commune, la police et les responsables du quartier sont déjà venus nous voir. Ils nous ont dit qu’on peut rester trois mois. Après, ce sera l’expulsion".

La commune, la police et les responsables du quartier sont déjà venus nous voir. Ils nous ont dit qu’on peut rester trois mois. Après, ce sera l’expulsion

La commune de Schaerbeek, elle, affirme ne rien pouvoir faire. Comme il s’agit de familles roumaines, sans autorisations de séjour, elles n’ont pas droit à des aides du CPAS, à part l’aide médicale urgente, nous explique-t-on au CPAS local. Le bourgmestre Martin de Brabant a donc pris des arrêtés qui imposent aux propriétaires des lieux, "le fédéral et la Région" précise-t-il, de faire évacuer ces campements au plus vite. "Il y a des conditions de salubrité et de sécurité qui ne sont pas satisfaisantes sur place. Il y a la parcelle que vous avez vue. Mais il y en a d’autres aux alentours. On m’a signalé que sept petits campements de ce genre sont installés en ce moment dans ce quartier. Nous recevons un nombre de plaintes conséquent de la part d’habitants".

Dans une ville comme Schaerbeek, on ne coupe pas du bois comme ça sans autorisation et en occupant illégalement une parcelle

Des plaintes notamment parce que les occupants découpent des arbres sur place. "Ce n’est pas pour chauffer, mais pour faire les sols et mettre au bas des tentes", indique un homme plus jeune du campement, qui vient de débiter une branche à quelques mètres de là. "Dans une ville comme Schaerbeek, on ne coupe pas du bois comme ça sans autorisation et en occupant illégalement une parcelle", précise le bourgmestre de Brabant. "J’espère que l’expulsion aura lieu rapidement, cela ne dépend pas de nous. Ce sont les propriétaires des terrains qui doivent obtenir l’autorisation d’un juge pour pouvoir agir. Mais j’ai pris des arrêtés pour contraindre ces propriétaires, publics, Région et Fédéral, à agir".

Une expulsion aura donc sans doute lieu bientôt. Quant à un éventuel relogement d’urgence, dans un deuxième temps, "c’est une compétence régionale et c’est donc à la Région d’agir", indiquent encore le bourgmestre et le CPAS de Schaerbeek. Mais le Samu social, l’organisme d’accueil d’urgence régional, confirme être déjà complètement saturé et refuser en ce moment plus de 90% des familles qui s’y présentent, y compris celles avec bébés. "C’est bien simple, on n’arrive plus à remplir notre mission", explique la porte-parole du Samu social, notamment à cause des coupes budgétaires. "Et cela va encore s’accentuer. Au 1er octobre, le nombre de places d’accueil d’urgence qu’on pourra proposer pour les hommes isolés à la rue va diminuer de 130 unités. Il passera de 370 places actuellement à 240. Alors que l’hiver arrive et que les besoins explosent. On ne sait pas comment on va pouvoir faire".

C’est bien simple, on n’arrive plus à remplir notre mission

A Schaerbeek, le bourgmestre est aussi décidé à agir, mais pour éviter l’arrivée d'autres campements de ce genre à l'avenir sur ces parcelles d’arbres, en bord d’autoroute. "C'est la troisième fois que ça se passe depuis que je suis devenu bourgmestre, il y a sept mois. Et c'était déjà arrivé pas mal de fois auparavant. Moi, je pense qu’il y a aussi un côté appel d’air. Parce que rien ou presque n’est fait pour empêcher l’accès. Il y a une nécessité de travailler entre toutes les entités concernées, les propriétaires et la commune, pour faire évacuer ces lieux. Il y a le bois central qui lui appartient à la régie des bâtiments et puis toutes les plus petites parcelles un peu aux alentours et le long des voiries mêmes appartiennent à Bruxelles Mobilité, donc à la région. Ces propriétaires doivent agir à l’avenir pour éviter des installations. Par exemple, peut-être, en clôturant ces endroits", indique encore Martin de Brabant (MR).

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