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Monday, September 14, 2026

Changements climatiques en Basse-Côte-Nord | « C’est une pression extrême »

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Grands vents, brouillard, érosion, pluie en hiver : les changements climatiques affectent grandement la vie quotidienne en Basse-Côte-Nord, montre une étude dévoilée lundi. Celle-ci recommande la prolongation de la route 138 comme mesure d’adaptation.

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« Comment je vis les effets des changements climatiques ? Comme directrice générale [de la municipalité de Saint-Augustin], c’est une pression extrême », lance Corain Driscoll au bout de fil.

En Basse-Côte-Nord, la route 138 s’arrête à Kegaska, puis quelques tronçons relient certaines municipalités entre elles. Les résidants des autres villages, comme Saint-Augustin, comptent principalement sur des navettes maritimes ou aériennes en été et sur la Route blanche en hiver.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

En juin dernier, le gouvernement a renoncé au prolongement de la route 138, sur toute sa longueur, pour des raisons budgétaires.

La fiabilité de ces services est affectée par des conditions météo de plus en plus intenses en raison des changements climatiques, constate une étude de la Chaire de recherche du Canada avec les milieux de vie du Nord de l’UQAM, à la suite d’un appel de projets lancé par la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent.

À l’hiver 2024, la professeure Laurie Guimond et son équipe ont recueilli le témoignage de 217 personnes, par le biais d’entrevues individuelles, d’ateliers de groupe et d’un sondage en ligne. « Notre mandat était de témoigner des transformations telles que vécues par les populations locales », précise Laurie Guimond. Le rapport de recherche s’accompagne de 20 témoignages présentés en vidéo sur une carte narrative.

Plusieurs participants racontent des correspondances et des rendez-vous médicaux manqués en raison de la météo ou d’un bris mécanique. La traversée de la rivière entre le village de Saint-Augustin et la communauté innue de Pakua Shipu est souvent citée. Puisque l’épicerie se trouve sur une rive et l’aéroport et le quai fédéral sur l’autre, les habitants doivent fréquemment traverser ce cours d’eau. En été, l’ensablement de la rivière rend la traversée en bateau difficile, voire impossible à marée basse. Un aéroglisseur de la Société des traversiers du Québec ou un hélicoptère assurent la traversée, mais leur fiabilité est critiquée par les participants à l’étude.

L’ensablement affecte aussi les services de barge pour le transport des marchandises. « Il y a environ trois semaines, notre lait est resté sur le quai pour presque 24 heures sous le soleil », raconte Corain Driscoll qui travaille aussi à l’épicerie du village.

En hiver, ce tronçon de la Route blanche est plus fréquemment fermé qu’avant. D’ailleurs, la Route blanche n’a connu aucune journée d’ouverture complète lors des saisons 2022-2023 et 2023-2024, alors qu’elle restait praticable une soixantaine de jours par hiver au début des années 2000.

PHOTO FOURNIE PAR LA CHAIRE DE RECHERCHE DU CANADA AVEC LES MILIEUX DE VIE DU NORD

La Route blanche fermée, en février 2024

Responsable des mesures d’urgence, Corain Driscoll craint le jour où sa municipalité, composée majoritairement de personnes âgées, devrait être évacuée, en raison des incendies de forêt par exemple. « Il n’y a aucun moyen qui nous permet d’être évacués à tout moment », déplore-t-elle. Saint-Augustin réclame un pont depuis plusieurs années.

60 ans de revendications

Accélérer et finaliser le prolongement de la route 138 est la principale recommandation des auteurs de l’étude. Ce constat vient appuyer les revendications de longue date de la MRC. « La 138, ça fait 60 ans qu’on se bat pour ça », déclare le préfet de la MRC, Daren Jones. « On a des services, on a des hélicos, des bateaux, des avions, mais tout ça, c’est basé sur la température et l’environnement […] La 138, c’est vraiment ce qui va nous sortir du désenclavement. »

La publication de ce rapport, en pleine période électorale, n’est pas un hasard. M. Jones déplore qu’aucun chef de parti n’ait foulé le sol de la Basse-Côte-Nord depuis le début de la campagne.

Le gouvernement caquiste avait annoncé en juin 2021 le début des travaux pour compléter la route. En juin dernier, il a confirmé qu’il retournait à la planche à dessin, pour des raisons budgétaires.

La professeure Laurie Guimond constate que les changements climatiques s’ajoutent aux enjeux économiques et sociodémographiques présents dans la région. « Ça touche toutes les saisons et tous les aspects de la vie quotidienne en Basse-Côte-Nord », mentionne-t-elle, de l’accès aux soins de santé, à la vie sociale, en passant par la mobilité et les pratiques culturelles, comme les carnavals, les tournois de hockey et la chasse, pour les Innus.

« Quand il y a pas assez de neige dans le territoire, ça [nous] affecte », souligne en entrevue Mathias Mark, un Innu de Pakua Shipu. Il se souvient d’un hiver, il y a deux ans, où la pluie et le manque de neige ont rendu la chasse difficile par moment dans le territoire. « Mais on n’abandonne pas. On est en septembre, on prépare tranquille nos ski-doos. L’hiver va coûter cher. Le prix de la nourriture va monter. Ce qui nous aide, c’est les graines rouges, la chicoutai, la truite, le saumon, la perdrix, le castor, l’orignal, le caribou et les oiseaux qui passent sur la côte. C’est pour ça que les Innus veulent sauvegarder le territoire pour qu’il soit nourricier. »

Pour Laurie Guimond, le fort taux de participation des résidants, soit l’équivalent de 4,5 % de la population de la Basse-Côte-Nord, reflète leur besoin de s’exprimer sur le sujet. « Ça démontre à quel point c’est urgent et majeur ce qui se passe dans la Basse-Côte-Nord. »

L’étude recommande aussi d’améliorer la fiabilité et la fréquence des services de transport actuels, adapter la Route blanche en continuant de déplacer le tracé à l’intérieur des terres, offrir du soutien psychologique et social, diminuer le temps d’attente pour les évacuations médicales et réfrigérer les glaces des patinoires.

Consultez le rapport de recherche

En savoir plus

  • 1,3 °C à 4 °C
    Augmentation de la moyenne annuelle des températures quotidiennes pour la portion habitée de la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent

    Rapport de recherche « Vivre au quotidien les changements climatiques en Basse-Côte-Nord » et ouranos

    83 %
    Pourcentage des personnes de la Basse-Côte-Nord sondées qui estiment que les changements climatiques affectent « beaucoup » ou de manière « extrême » leur vie quotidienne

    Sondage mené par la Chaire de recherche du Canada avec les milieux de vie du Nord (UQAM)

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