Homme atteint d’alzheimer | Coincé à l’hôpital depuis que sa résidence pour aînés lui refuse l’entrée

Atteint de la maladie d’Alzheimer, Pierre Di Blasio s’est fait « bardasser » pendant un mois entre une ressource intermédiaire (RI) pour aînés de Bois-des-Filion et l’hôpital de Saint-Eustache. Il y a plus d’une semaine, l’homme de 65 ans s’est vu refuser l’accès à la RI après avoir reçu son congé médical, dénonce sa fille.
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« Il est reparti de l’hôpital pour retourner à la résidence et rendu [là-bas], la résidence a dit : “Non, non, non, vous n’avez pas le droit d’être ici. Retournez à l’hôpital” », raconte Sara Di Blasio, excédée. « On n’a jamais été mis au courant. »
Les effets personnels de M. Di Blasio se trouvaient toujours dans l’unité prothétique de la Résidence Antoine-Feuillon, où il vivait jusqu’à tout récemment.
M. Di Blasio se trouve maintenant dans une unité de l’hôpital de Saint-Eustache, en attente d’un hébergement en CHSLD. Sa famille ignore pour combien de temps. De nombreux aînés demeurent coincés dans des centres hospitaliers au Québec, faute de place d’hébergement.
« [À l’hôpital], il y a peut-être du monde 24 heures sur 24 à son chevet, mais ce n’est pas un milieu de vie, déplore Sara Di Blasio. C’est hyperstimulant. Il y a des sons tout le temps. »
Sara Di Blasio est outrée du sort de son père, un comptable retraité qui a payé « toutes ses taxes toute sa vie » et qui est « bardassé d’un bord pis de l’autre ». Elle croit qu’un « changement majeur » s’impose dans le système de santé. « Il manque d’humanité », pense-t-elle.
La Résidence Antoine-Feuillon n’est plus adaptée aux besoins de M. Di Blasio depuis le printemps, selon sa famille. Mais Sara Di Blasio croit aussi que le personnel de cette RI « manque de qualification » pour s’occuper de personnes ayant la maladie d’Alzheimer. Elle a porté plainte le 22 juin au commissaire aux plaintes et à la qualité des services de Santé Québec Laurentides, notamment pour cette raison.
Dès qu’il y a un problème d’agressivité, ils appellent la police.
En un mois, les policiers se sont rendus à une dizaine de reprises à Antoine-Feuillon pour des épisodes d’agitation et d’agressivité de son père, estime-t-elle. Lors de sa dernière crise à la RI, M. Di Blasio a notamment brisé un réchaud et un distributeur de désinfectant pour les mains, lui a-t-on rapporté.
Interpellé au sujet des appels de la part de la Résidence Antoine-Feuillon, le service de police intermunicipal de Terrebonne, Sainte-Anne-des-Plaines et Bois-des-Filion a dirigé La Presse vers une demande d’accès à l’information.
Réactions
Interpellé au sujet du cas de M. Di Blasio, la direction de la Résidence Antoine-Feuillon dit avoir informé Santé Québec Laurentides que les besoins de M. Di Blasio dépassaient le niveau de services qu’elle pouvait lui offrir. Des rencontres ont été organisées avec Santé Québec et la famille, explique-t-on, pour trouver un « milieu adapté à sa condition ».
« Il est aussi de notre responsabilité d’assurer la sécurité de la clientèle et de nos employés », affirme la direction d’Antoine-Feuillon dans une déclaration écrite.
La direction dit espérer que durant la campagne électorale, « on proposera aux Québécois des milieux évolutifs qui s’adaptent à l’évolution de la perte d’autonomie des aînés » afin d’« éviter les déménagements fréquents » et les « conséquences » sur les gens en perte d’autonomie.
De son côté, Santé Québec Laurentides indique que « dans l’attente d’un déplacement vers un milieu mieux adapté, des modalités temporaires de services accrues sont mises en place ».
Selon Sara Di Blasio, le CLSC a dépêché, pendant quelques jours, une auxiliaire aux services de santé et sociaux (ASSS) à Antoine-Feuillon pour surveiller son père.
« Il semble y avoir eu une certaine confusion quant aux directives à mettre en place pour cet usager », écrit Santé Québec Laurentides dans un courriel. « Néanmoins, nous avons rectifié la situation afin de faire en sorte que celui-ci reçoive les soins et services qu’il requiert », ajoute l’établissement de santé, qui n’a pas souhaité commenter davantage l’affaire pour « des raisons de confidentialité ».
Manque de ressources
Les RI doivent composer chaque année avec des résidants qui ont besoin d’un niveau de services plus élevé que le leur, selon l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ). Il faut alors faire une demande de déplacement à Santé Québec.
« Cette demande, ça peut durer des mois, dit la directrice générale de l’ARIHQ, Manon Charpentier. Pendant ces mois-là, la personne ne reçoit pas le bon service et il y a une désorganisation qui se fait à l’interne et tout le monde en paye le prix : la personne elle-même, la famille, les autres résidants, les employés. »
Selon Manon Charpentier, une « très forte majorité » de RI souhaiteraient pouvoir garder ces résidants chez elles. « Mais ce que ça suppose, c’est que ça prend des ressources supplémentaires, une évaluation supplémentaire, de l’aide et ça, on a de la difficulté à l’obtenir », dit-elle. « On se retrouve à envoyer les gens à l’hôpital, à les changer de milieu. »
15 %
C’est le pourcentage des lits d’hôpital au Québec qui sont occupés par des gens qui n’ont plus besoin de soins hospitaliers.
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