Étude de l’INRS | Le quart des Montréalais a vécu la pauvreté dans les dernières années

Plus du quart de la population de la région métropolitaine s’est trouvé dans une situation de pauvreté dans les dernières années, selon une étude de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) commandée par Centraide du Grand Montréal.
Publié à
Stéphane Rolland La Presse Canadienne
L’étude démontre que 26 % des adultes ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté entre 2016 et 2023. « La pauvreté touche vraiment beaucoup de monde », souligne d’emblée la présidente et directrice générale de la fondation, Tasha Lackman, en entrevue.
Par année, le taux de pauvreté oscillerait entre 10 % et 12 % à partir de 2020. En suivant la situation sur une plus longue période, on constate que la pauvreté est un phénomène plus répandu que les statistiques d’une année à l’autre laissent croire, selon les résultats dévoilés jeudi.
La précarité est également une expérience persistante au fil des ans, selon les données longitudinales de Statistique Canada, qui permettent de suivre la situation sur plusieurs années.
Durant cette période, 14 % ont été en situation de pauvreté au moins trois ans, contre 12 % qui ont connu une à deux années de pauvreté.
Sortir de la pauvreté n’est pas facile lorsqu’on en subit les conséquences, affirme Mme Lackman.
Elle raconte un échange récent qu’elle a eu avec les responsables d’un programme de bourses d’études pour les étudiantes du secondaire en milieux défavorisés. Pour certaines familles, payer le transport en commun pour permettre à leurs enfants d’assister aux activités éducatives était un défi.
Cet exemple illustre les obstacles que rencontrent les personnes en situation de pauvreté. « Pour ceux qui ont peut-être moins de difficulté, on ne se rend pas compte à quel point payer un billet d’autobus, juste pour aller à une entrevue d’emploi ou pour les premiers jours de travail avant de recevoir notre paie (peut être difficile) », explique Mme Lackman.
Les immigrants plus touchés
La pauvreté persistante est plus fréquente chez les immigrants récents (22 %), mais aussi ceux établis depuis plus de dix ans (20 %), souligne l’étude de l’INRS.
Les données illustrent également une augmentation de la précarité chez les aînés. La pauvreté fortement persistante est passée de seulement 1 % entre 1992 et 1999 à 11 % entre 2016 et 2023.
Le Canada fait relativement bonne figure dans la lutte à la pauvreté chez les aînés, grâce aux programmes comme la Pension de la sécurité de vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG), mais les inégalités de richesse demeurent importantes entre les aînés, précise l’auteur de l’étude et professeur à l’INRS, Xavier St-Denis, dans une entrevue distincte.
L’écart s’explique en grande partie par l’épargne-retraite accumulée au cours de la vie active. Les plus vulnérables se retrouvent dans une situation où ils ont très peu d’épargne à l’âge de 65 ans. Locataires, ils ne peuvent compter sur la valeur de leur résidence. « Il y a des inégalités de patrimoine assez fortes au Québec », indique le chercheur.
Augmenter l’aide sociale
Pour réduire la pauvreté, le rapport propose d’augmenter les prestations gouvernementales, notamment l’aide sociale.
Les adultes seuls de moins de 65 ans sont particulièrement désavantagés, tandis que les aînés et les familles profitent d’un plus grand soutien de l’État.
Un adulte « sans contrainte de santé » a droit à une prestation d’aide sociale de 845 $ par mois, selon le site du gouvernement du Québec. Ce montant est de 1014 $ pour une personne avec des contraintes de santé.
L’aide sociale n’est pas suffisante pour échapper à la pauvreté, peu importe notre état de santé, souligne le rapport qui suggère d’augmenter les prestations.
La crainte que cette augmentation ne décourage les bénéficiaires de travailler ne se serait pas matérialisée avec les prestations gouvernementales versées aux familles.
« Les prestations ont augmenté, sans avoir un effet négatif sur la participation des mères au marché du travail, souligne M. St-Denis. Ça a eu, en contrepartie, un effet particulièrement positif au niveau de la pauvreté des mères monoparentales. »
Mme Lackman souligne également l’importance du logement social pour aider les plus démunis à trouver un logement décent. « On voit, par exemple, dans l’étude, que dans les quartiers où il y a plus de logement social, les gens tombent moins dans la pauvreté », souligne-t-elle.
Mme Lackman se réjouit de voir que le Parti québécois (PQ) a fait de l’itinérance une priorité.
Elle insiste pour dire qu’il s’agît toutefois de la « pointe de l’iceberg » visible de la pauvreté. « Il faut s’assurer que nos politiciens et la société en général comprennent l’urgence de la situation, quand une personne sur quatre a vécu la pauvreté », plaide-t-elle.
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