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Thursday, October 29, 2026

Sommet avec l’Europe | Au lieu de se chicaner devant la visite

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Malaise, malaise. Les vieilles chicanes entre Ottawa et Québec ressurgissent au moment le plus gênant, alors que la visite d’Europe débarque à Montréal.

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Paul St-Pierre Plamondon boude le Sommet Canada-Union européenne qui débute ce jeudi parce que Mark Carney ne lui a pas permis d’y prononcer un discours.

Réserver une place de choix au Québec aurait été de bon aloi de la part d’Ottawa, considérant le rôle de premier plan que l’ancien premier ministre Jean Charest a joué pour développer l’accord de libre-échange avec l’Europe.

Mais Paul St-Pierre Plamondon a quand même l’air d’un politicien belliqueux qui fait passer son désir d’indépendance avant les intérêts du Québec à développer des liens à l’international.

Cette querelle est moins futile qu’on pourrait le croire à première vue. Elle risque même de refroidir les Européens dont on souhaite se rapprocher, alors que Donald Trump nous fait la vie dure.

Négocier avec une fédération comme le Canada pose un défi supplémentaire, car les provinces ont leur mot à dire dans la mise en œuvre de l’entente conclue par le fédéral.

Ottawa est responsable de la politique étrangère du pays. Mais il n’a pas l’autorité pour appliquer des mesures qui tombent dans les champs de compétence des provinces, comme l’éducation ou la santé.

Ce n’est pas pour rien que l’Union européenne (UE) avait exigé que les provinces canadiennes soient à la table avant de lancer les négociations pour l’Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA pour l’acronyme anglais) signé en 2016.

L’UE voulait éviter de conclure une entente que les provinces finiraient par bloquer.

Les provinces ont donc été très impliquées. Même si elles ne pouvaient pas intervenir directement dans les discussions, elles étaient présentes dans la salle et pouvaient influencer la position du fédéral, relate une étude du Centre d’excellence sur la fédération canadienne1.

Aujourd’hui, l’implication des provinces demeure cruciale pour approfondir la relation entre le Canada et l’Europe.

D’autant plus que Mark Carney parle de se joindre au programme d’échange étudiant européen Erasmus ou encore de nouer des partenariats en matière de métaux critiques, alors que l’éducation et les ressources naturelles relèvent des provinces.

Depuis qu’il a pris le pouvoir, Mark Carney a annoncé plus d’une vingtaine d’engagements avec divers pays, a répertorié le professeur de politique internationale de l’ENAP Stéphane Paquin. Plusieurs recoupent des domaines de compétence provinciale comme l’énergie, les minéraux critiques, l’éducation supérieure.

Or, Mark Carney occupe toute la scène en matière de politique étrangère.

Ancien patron de la Banque centrale d’Angleterre, il dispose d’un précieux carnet de contacts à l’international. Et en tenant tête à Donald Trump, il s’est attiré un incroyable capital de sympathie en Europe.

D’ailleurs, deux prestigieux magazines viennent de lui consacrer leur couverture. La publication britannique The Economist a dépeint le premier ministre canadien, tout sourire, avec une feuille d’érable rouge entre les dents. En une du périodique allemand Der Spiegel, il portait un chandail de hockey… et un drapeau du Canada aveuglant Donald Trump.

L’influence dont Mark Carney jouit à travers le monde est précieuse. Mais elle ne peut pas éclipser la diversité des voix au sein du Canada. Le taux d’approbation très élevé de Mark Carney auprès de la population canadienne ne lui donne pas non plus la permission d’agir en solo.

Les provinces ont leur mot à dire. Leur opinion doit être prise en compte pour éviter les quiproquos.

En août dernier, les provinces ont été prises de court lorsqu’une entente potentielle avec Donald Trump a fait surface.

Au Québec, la première ministre Christine Fréchette n’avait même pas les détails nécessaires pour dire si elle approuvait l’entente, oui ou non. En Ontario, le premier ministre Doug Ford était en profond désaccord avec les conditions qui auraient été imposées à l’industrie automobile.

Pourtant, l’acceptation des provinces était déterminante : elles seules peuvent décider de remettre l’alcool américain sur leurs tablettes. Finalement, Mark Carney a rejeté l’entente qui aurait fait reculer les droits linguistiques au Québec. Ç’aurait été bien qu’on le sache d’avance !

Cet épisode prouve l’importance d’une concertation plus étroite entre Ottawa et les provinces. Surtout quand les négociations touchent des questions délicates pour les provinces comme la langue, la culture, la gestion de l’offre en agriculture, etc.

Ottawa dira qu’il existe déjà un mécanisme de consultation, le Comité fédéral-provincial-territorial sur le commerce (Comité C-commerce), qui se réunit périodiquement. Mais on ne peut pas parler de consultations sérieuses si Ottawa fournit aux provinces de l’information à la dernière minute sans qu’elles aient le temps de l’analyser.

Une meilleure collaboration est de mise.

Si Mark Carney ne met pas les provinces dans le coup, il risque de fragiliser l’application des ententes qu’il négocie aux quatre coins du monde. Il risque aussi de miner les relations interprovinciales, pour le plus grand plaisir de Paul St-Pierre Plamondon.

Le premier ministre du Québec cherche toutes les occasions de se poser en victime d’Ottawa, pour prouver que le Québec doit faire l’indépendance. Mais les entreprises et les travailleurs qui souffrent de la guerre commerciale veulent des solutions, pas des chicanes stériles.

1. Consultez l’étude du Centre d’excellence sur la fédération canadienne

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