Chronique de Patrick Lagacé | Parlons du verbe « prouver », monsieur Orélien

Niant avoir été assisté d’un outil d’intelligence artificielle pour écrire C’était ça ou mourir, voici ce que Thélyson Orélien avait à dire pour sa défense le 22 septembre : « Je suis en train de constituer un dossier avec mes éditeurs en France et au Québec pour prouver ce que je dis. »
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Lisez l’article du 24 heures du 22 septembre
Je cite Thélyson Orélien aujourd’hui, très exactement 21 jours après nous avoir promis qu’il allait « prouver » son innocence : « Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent. »
Lisez l’article de Radio-Canada du 13 octobre
Mais que s’est-il passé en trois semaines pour que Thélyson Orélien décide qu’il n’a finalement rien à prouver à ses accusateurs ?
Aucune idée. Demandez à ChatGPT !
Il y a une façon très simple pour Les Éditions du Boréal de prouver que M. Orélien n’a pas dopé sa prose à l’intelligence artificielle (IA), qu’il n’est pas un Lance Armstrong de la littérature : publier le manuscrit original de ce qui allait devenir C’était ça ou mourir.
Thélyson Orélien a dit avoir commencé à écrire en 2017, puis avoir terminé un premier manuscrit en 2019.
Or, 2019, c’est avant l’avènement des premiers outils d’intelligence artificielle capables de pondre des textes : ceux-ci ont commencé à débarquer dans les univers numériques après 2020.
Je cite Les Éditions du Boréal, dans un communiqué du 22 septembre : « Il a achevé le premier jet de son roman il y a plusieurs années, et le texte a ensuite mûri au fil de nombreux allers-retours avec son éditrice, dont témoignent les versions successives du manuscrit jusqu’à sa forme finale. Ce travail éditorial a été mené avec la plus grande rigueur, sans aucune intervention de l’IA. »
Question pour Boréal : peut-on voir ce texte qui a « mûri au fil de nombreux allers-retours », peut-on voir « les versions successives du manuscrit » ?
Si Thélyson Orélien a bel et bien pondu en 2019 un manuscrit de ce qui allait devenir C’était ça ou mourir, ce premier jet ne peut pas avoir été dopé à l’IA : les outils d’écriture ultra-efficaces comme Claude et ChatGPT n’existaient pas encore.
Si des extraits (ou l’intégrale) de ce manuscrit étaient publiés, on pourrait constater si le souffle de Thélyson Orélien se compare au souffle du chef-d’œuvre de 2026.
Même chose pour « les nombreux allers-retours avec son éditrice » : il doit bien exister des traces de ces allers-retours évoqués il y a trois semaines, non ?
Je parle de courriels, je parle de modifications au texte dans un logiciel d’édition comme Google Drive ou Microsoft Word : ces outils laissent des traces.
À moins que M. Orélien ne travaille sur une machine à écrire Underwood, comme au temps d’Ernest Hemingway ? Ce serait bien commode !
À moins que M. Orélien et son éditrice aient commodément communiqué par pigeon voyageur, auquel cas il n’y aura pas de traces de « nombreux allers-retours »…
Ça fait trois semaines que Thélyson Orélien et son éditeur, Boréal, promettent un « dossier » qui viendra « prouver » que C’était ça ou mourir n’a pas été écrit avec l’assistance de l’IA…
Et là, 21 jours plus tard, boum, ce communiqué sentencieux et péremptoire qu’on dirait écrit par Messmer tellement il tente de nous endormir, de nous faire oublier les promesses de « dossier » qui allait « prouver » l’innocence de Thélyson Orélien ?
Ce « Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent » culpabilisant, à grand renfort d’on-s’attaque-à-mon-humanité ? Comment Boréal et Thélyson Orélien peuvent-ils penser que ce communiqué constitue un bouclier contre les questions légitimes ?
Ma thèse : Boréal et M. Orélien profitent de la complicité d’une bonne partie du milieu littéraire et artistique qui a choisi d’y aller très, très, très mollo avec l’auteur…
Parce qu’il racisé et parce que son roman humanise le sort indigne des réfugiés, on lui a trouvé toutes sortes d’excuses pour le disculper.
Je pense notamment à la romancière Laura-Ève Lambert qui a offert une défense enthousiaste de Thélyson Orélien, nous prouvant que la gauche comme la droite n’hésite jamais à défendre l’indéfendable si ledit indéfendable est commis par quelqu’un de la gang.
Visionnez le segment sur Thélyson Orélien à Tout le monde en parle
A contrario, la chroniqueuse Vanessa Destiné a fait preuve de beaucoup de courage avec son texte dans Urbania, où elle refuse justement de défendre l’indéfendable. Courage, car elle ose dire que le roi Orélien est au minimum un faussaire par ses vols des mots d’auteurs souvent racisés.
Lisez la chronique de Vanessa Destiné
Je parlais plus haut d’un communiqué de presse culpabilisant, qui évoque un « lynchage médiatique et le harcèlement raciste » que M. Orélien subit depuis trois semaines, depuis ces accusations d’écriture dopée à l’IA…
Il y a indéniablement une composante raciste dans le ressac qui a fait couler C’était ça ou mourir. Les premiers comptes à relayer ces accusations formulées par un compte inconnu au bataillon avaient souvent un historique de propos xénophobes, je l’avais souligné en chronique, il y a trois semaines. Ces gens-là détestent les migrants, il n’y a pas de surprise à leur dégoût d’un roman humanisant les migrants.
Mais ce n’est pas une cape d’invisibilité pour Thélyson Orélien, qui a multiplié les plagiats de nouvelles littéraires, de poésie et de chroniques d’opinion au fil des années. Il parle maintenant d’« erreurs de jeunesse » dans le communiqué de presse de Boréal.
Or, s’il subsiste un doute sur l’infaillibilité des outils qui détectent des traces d’IA dans un texte, il n’y a pas de doute que Thélyson Orélien, par ses multiples plagiats, n’est pas honnête intellectuellement.
Avec ce communiqué vide de contenu publié mardi matin par Boréal, voici ce que je pense : s’il l’avait écrit lui-même de A à Z, ce roman, Thélyson Orélien aurait fourni le début d’une « preuve » promise il y a trois semaines.
Bref, je ne le crois pas.
Je suis par ailleurs consterné par l’arrogance de Boréal et de son auteur, qui tentent de nous faire oublier aujourd’hui qu’ils allaient « prouver » – leur choix de verbe, pas le mien – que ce roman de Thélyson Orélien n’a pas été écrit à l’IA.
Mais je comprends le subterfuge : il faut traire la vache à lait qui s’appelle C’était ça ou mourir qui se vend encore très, très, très bien, au Québec et en France. Le livre est encore premier dans le palmarès des ventes de Renaud-Bray aujourd’hui.
Tant mieux pour les droits d’auteur de Thélyson Orélien, donc tant mieux pour le bilan financier de Boréal, mais tant pis pour la vérité.
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