Les appels à ralentir le développement de l'IA secouent les marchés et relancent le débat sur la régulation

Le patron d’Anthropic, Dario Amodei, a appelé samedi 12 septembre à ralentir le rythme de développement de l’intelligence artificielle afin de consacrer davantage de temps aux tests, à la surveillance et à la prévention des risques. Une position soutenue par Elon Musk et le patron d’OpenAI, Sam Altman, qui intervient quelques jours après la démission remarquée d’un jeune chercheur d’Anthropic. Ces mises en garde pèsent déjà sur les valeurs liées à l’IA sur les marchés mondiaux.
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Dario Amodei estime nécessaire de « temporiser » l’amélioration des systèmes d’intelligence artificielle et plaide notamment pour un examen indépendant des entreprises pionnières ainsi que pour l’élaboration de normes communes. Son appel intervient quelques jours après le départ de Jacob Coxon, 27 ans, qui a quitté l’industrie de l’IA en estimant que « les laboratoires américains jouent avec nos vies ».
Ces inquiétudes ont pesé lundi matin sur les entreprises ayant massivement investi dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle, notamment les centres de données et les semi-conducteurs. En Asie, les géants sud-coréens Samsung Electronics et SK Hynix ont clôturé en baisse respectivement de 4% et 6%. Au Japon, SoftBank, l’un des principaux investisseurs d’OpenAI, a chuté de plus de 13%. Même la Bourse de Paris, moins exposée aux valeurs technologiques que d’autres marchés, a réagi : vers 11 heures, le CAC 40 reculait de 0,75%.
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Un ralentissement difficile sans coordination
Reste une question : ralentir le développement de l’intelligence artificielle est-il encore possible ? La concurrence est telle, avec des centaines de milliards d’investissements en jeu, qu’aucun des principaux acteurs du secteur ne paraît en mesure de lever seul le pied. Anthropic se dit prêt à se coordonner avec ses concurrents, mais exclut la Chine. Une dimension géopolitique s’ajoute donc au débat : si les États-Unis ralentissaient seuls, Pékin pourrait prendre l’avantage dans la course à l’IA.
Donald Trump a précisément rejeté lundi les appels à davantage de régulation de l’intelligence artificielle, qu’il présente comme un risque pour l’avance américaine face à la Chine. Sur Truth Social, il a dénoncé une « conspiration malsaine » contre l’IA et les centres de données, estimant que « la seule qui s’en réjouit, c’est la Chine ».
« Le seul contrôle ou "garde-fou" dont a besoin l’IA est un PRESIDENT FORT ET INTELLIGENT (Q.I. élevé !) et les États-Unis en ont en pagaille », a-t-il également écrit. « CELUI QUI GAGNE LA COURSE À L’IA GAGNE ! Nous devançons la Chine et tous les autres, et nous continuerons à le faire », a-t-il ajouté.
Le président américain s’en est aussi pris directement à Dario Amodei, l’accusant de faire désormais « semblant d’être un "parfait petit ange" ». Donald Trump assure toutefois ne pas minimiser les inquiétudes exprimées par certains acteurs du secteur. Interrogé dimanche sur les risques de l’intelligence artificielle, il a estimé qu’il y aurait « de loin, plus de bien que de mal ».
Des réactions contrastées en Europe
L’appel du patron d’Anthropic a également suscité des réactions en Europe. L’Allemagne a rejeté l’idée d’une pause dans le développement de l’intelligence artificielle, estimant qu’elle risquerait de retarder le continent. Berlin affirme néanmoins prendre au sérieux les avertissements des principaux développeurs et plaide pour une coordination internationale associant notamment les États-Unis et la Chine.
La Commission européenne estime de son côté que l’innovation et la sécurité doivent aller de pair. En Espagne, le ministre de la Transformation numérique, Oscar Lopez, juge que le débat autour d’un accord international sur les risques liés à l’IA prend de l’importance, en évoquant notamment des mécanismes comparables aux accords de non-prolifération nucléaire. Le Royaume-Uni salue lui aussi le débat entre les grandes entreprises du secteur, mais estime qu’une éventuelle nouvelle réglementation devra reposer sur des risques démontrables et non sur des spéculations.
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