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Monday, October 19, 2026

"En fait, le véritable problème, au-delà de tout ça, c’est qu’on est en train, comme dans un entonnoir, de tomber vers le fond", assène Bruno Colmant

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Que disent les explosions de violence et les manifestations en cours en France et dans une moindre mesure en Belgique ? Pour l’économiste Bruno Colmant c’est "l’expression d’une société hyper-consumériste qui devient psychotique. Et on voit que les manifestants, d’une violence extrême d’ailleurs, s’attaquent en fait au commerce, veulent consommer". "On a l’impression que la richesse est à portée de main alors qu’en fait on est dans un continent qui s’appauvrit progressivement", poursuit-il. "Et donc, ça crée une tension, un hiatus dans l’esprit des gens quant à ce qu’ils croient pouvoir devenir et la réalité de leur pouvoir d’achat. Donc, on a véritablement un problème, à mon avis, d’origine mondiale qui est dû au fait que les centres de croissance ont quitté le monde occidental pour aller ailleurs". L’économiste fait le constat que nous sommes "coincés dans une société qui n’a plus beaucoup de croissance".

Entre la rue et le gouvernement, il faut un passage, il faut un conduit qui s’appelle l’écoute et la compréhension.

Il préconise l’écoute plutôt que la répression : "c’est d’abord l’écoute et la concertation qui règlent le problème". Bruno Colmant pointe le discours d’Emmanuel Macron ce dimanche soir "plutôt répressif", il pointe aussi la récente marche pour le climat en Belgique qui a rassemblé 60.000 personnes et qui selon lui n’a été entendue par aucune autorité gouvernementale. "Entre la rue et le gouvernement, il faut un passage, il faut un conduit qui s’appelle l’écoute et la compréhension". Et de conclure que cette situation n’est pas de nature à rassurer, ni la population, ni les marchés financiers : "Le sentiment pour un marché ou des marchés d’avoir un État qui perd le contrôle de son ordre social, c’est de nature à les inquiéter". Cependant, la Belgique n’est pas la France estime-t-il. "Les taux d’intérêt ont monté depuis un an en Belgique et c’est un problème, mais leur augmentation est justifiée à peu près pour 75% par l’augmentation générale des taux souverains dans le monde entier et seulement pour quelques miettes de pourcents à cause de la solidité de l’État belge". La notation de la Belgique qui doit intervenir en fin de semaine de devrait pas indique-t-il subir de dégradation.

On doit repenser les bases de taxation, plus vers le capital sans doute et un peu moins sur le travail.

En Belgique, ce qui pose problème c’est la réalité démographique, le vieillissement de la population, souligne-t-il. La dette publique va donc s’amplifier prévoit-il à cause du vieillissement de la population : "donc on a 15 ans difficiles devant nous, ce qui veut dire que si on veut donner une réponse compréhensible par les marchés à ce problème de financement il faut repenser la fiscalité et la sécurité sociale et le problème c’est essentiellement le vieillissement de la population aujourd’hui les cotisations sociales en Belgique et c’est le problème numéro un ne financent plus qu’à peu près 60% des dépenses sociales. Le reste vient de l’impôt. Et donc, on ne pourra plus dissocier l’impôt de la sécurité sociale. On doit repenser les bases de taxation, plus vers le capital sans doute et un peu moins sur le travail, pour avoir un projet qui soit cohérent". La réponse ce n’est pas agir sur la TVA : "On pourrait imaginer très rapidement d’étendre la taxe sur les comptes-titres à ce qu’on appelle les titres nominatifs […] ça pourrait rapporter 4 à 5 millions quasiment immédiatement". Et puis, quant aux sociétés de management, "il n’y a aucune raison", selon lui "que ces sociétés bénéficient d’un taux d’impôt moindre que des sociétés normales".

Je pense que le pays vaut mieux qu’un plan A ou un plan B aux quatre milliards ou dix milliards.

Selon Bruno Colmant, le plan d’urgence n’était pas une réponse judicieuse. Il est plus utile de faire un exercice pluriannuel sur les dix milliards. Mais l’économiste assène : "On réduit le champ du long terme à quelques mois, et à mon avis c’est dommageable". "Je pense que le pays vaut mieux qu’un plan A ou un plan B aux quatre milliards ou dix milliards".

Il se dit inquiet : "En fait, le véritable problème, au-delà de tout ça, c’est qu’on est en train, comme dans un entonnoir, de tomber vers le fond".

On a un problème gigantesque devant nous qui s’appelle l’intelligence artificielle.

L’économiste estime qu’il faut voir à long terme face aux changements qu’induira l’IA : "On a un problème gigantesque devant nous qui s’appelle l’intelligence artificielle, qui est non pas un changement technologique mais quasiment anthropologique, qui touche à la substance de l’être humain. Ça va créer un choc implosif en matière de marché de l’emploi, avec la valeur du travail qui va baisser, sans doute des pans entiers de travaux qui vont chuter. Et donc on doit maintenant, plutôt que de parler des plans B, sécuriser une transition pour les 15 prochaines années". Car explique-t-il "personne ne se rend compte maintenant de l’envergure du problème". Il faut "réfléchir au modèle fiscal et social. Il ne tiendra pas en l’état avec le changement technologique".

Voir plus loin, à dix ou quinze ans, c’est le conseil que donnerait Bruno Colmant aux ministres, qui à court terme s’essayent avec peine à l’élaboration du budget.

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