La Serbie commémore la tragédie qui a déclenché le mouvement étudiant
Des milliers de personnes se sont rassemblées sous la pluie à Novi Sad dimanche pour rendre hommage aux victimes de la catastrophe survenue à la gare de la ville, qui avait déclenché le mouvement antigouvernemental ayant renversé, il y a une semaine, le parti de droite au pouvoir.
Ce rassemblement a marqué les deux ans de l’effondrement de l’auvent en béton de la gare récemment rénovée de la deuxième ville de Serbie, qui avait fait 16 morts, dont deux soeurs âgées de six et dix ans.
Sur fond de deuil national et de nombreux questionnements à propos de la rénovation de cette gare, chiffrée à plusieurs millions d’euros, la catastrophe a suscité parmi les plus importantes manifestations qu’a connues la Serbie depuis la chute en 2000 de l’homme fort yougoslave Slobodan Milosevic.
« C’est difficile de revenir sur le lieu où tout est arrivé », a déclaré à l’AFP Dijana Hrka, dont le fils Stefan, 27 ans, a été tué dans l’effondrement. « Et chaque fois, c’est de plus en plus dur », a-t-elle ajouté.
Devant la gare, des cœurs portant les noms des victimes avaient été disposés. La foule a défilé pendant des heures, déposant des fleurs et allumant des bougies.
À 11h52 (10h52 GMT), l’heure exacte à laquelle la dalle de béton s’est effondrée il y a deux ans, les personnes rassemblées ont observé 16 minutes de silence — une minute pour chaque victime.
« Les émotions sont indescriptibles. Je pense que tous ceux qui viennent ici aujourd’hui ressentiront une énergie mêlant des émotions positives et négatives », a dit à l’AFP Danijela, une habitante de Novi Sad âgée de 50 ans, en larmes.
En quête de justice
Cette année, l’anniversaire intervient une semaine après le résultat des élections législatives anticipées, le mouvement étudiant, qui en est sorti vainqueur, revenant sur le lieu où les premières protestations ont éclaté.
Dans une déclaration lue lors de la commémoration, les étudiants ont fait valoir que « tragédie n’est pas le mot qui décrit correctement ce qu’il s’est passé le 1er novembre 2024 ».
« Tragédie signifie accident. Mais derrière ce mot, on peut habilement dissimuler celui que nous cherchons tous : responsabilité », ont-ils souligné.
« Il y a quelque chose dans cet endroit. On peut sentir la tristesse dans l’air », a déclaré pour sa part Simona Sapcic, 18 ans, venue de Subotica (nord).
Devenue un symbole lors des manifestations, Dijana Hrka a affirmé que sa quête de justice lui avait redonné espoir. « Le soutien des gens a énormément compté pour moi », a-t-elle confié, en se remémorant les deux années écoulées.
« Des personnes qui me soutiennent, qui veulent sincèrement que nous obtenions tous justice, ensemble », a-t-elle ajouté en larmes, soulignant que personne n’avait encore été tenu pour responsable de la mort de son fils.
Ce sont en effet des revendications pour une enquête transparente qui ont fait descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue, jouant un rôle central dans la victoire électorale de dimanche.
La liste soutenue par les étudiants a remporté 140 des 250 sièges de l’Assemblée nationale, suffisamment pour gouverner seule.
Dans les jours qui ont suivi la reconnaissance de sa défaite électorale par le parti nationaliste d’Aleksandar Vucic, les étudiants ont réclamé des avancées dans de nombreuses affaires de corruption et de meurtres médiatisés, ainsi que de nouvelles enquêtes sur les projets lancés par le gouvernement sortant.
Le mouvement étudiant a également demandé la démission des dirigeants de grandes agences d’État, dont la police et les services de renseignement.
Investigations
Un habitant de Novi Sad, Radovan Balac, âgé de 72 ans, est venu à la commémoration « avec un sentiment de tristesse, mais aussi de colère ».
« Les procédures judiciaires n’ont toujours pas commencé pour établir qui est responsable de ce crime », a-t-il dénoncé.
Plusieurs enquêtes sur la tragédie de Novi Sad sont en cours. Mais aucun procès n’a commencé.
L’ancien ministre de la Construction, Goran Vesic, qui avait démissionné quelques jours après l’effondrement, a été inculpé en 2025, avec 12 autres personnes, pour crime grave contre la sécurité publique.
Il est également suspect dans une enquête distincte pour corruption portant sur le financement du projet, aux côtés notamment d’un autre ancien ministre, Tomislav Momirovic.
Le Parquet européen enquête séparément sur un possible détournement de fonds de l’Union européenne (UE) liés à la rénovation.
« Si nous réussissons à les mettre derrière les barreaux maintenant, cela ne se reproduira jamais », a estimé Dijana Hrka.
« J’espère que ce sera la dernière fois que nous aurons à descendre dans la rue en si grand nombre à cause d’une tragédie. C’est tout ce que j’espère », a conclu la mère de Stefan.
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