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Friday, September 18, 2026

Réentendre chanter Claire Pelletier, enfin!

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Cette voix qui embrasse, étreint, accompagne, fait tant de bien : comme il est bon de la retrouver. Comment avons-nous pu passer les dix dernières années à distance de cette voix nécessaire ? Quelques mesures de chacun des titres de ce neuvième album suffisent à nous ramener à la Claire Pelletier des premiers jours : on a tout de suite envie de ressortir l’inaugural Murmures d’histoire et de la redécouvrir, pour refaire tout le parcours avec elle.

La voix est pour ainsi dire la même, en mieux. Sidérante de justesse. C’est sa base. « Elle est toujours là, confirme l’interprète, mais c’est plus que ça ! » L’enthousiasme retentit à son bout du fil, chez elle, à Shefford. « Ma voix… c’est mon instrument ! J’ai jamais arrêté de chanter, même en étant plus loin de la scène. J’ai beaucoup exploré mes tonalités plus basses, et j’aime ça. Être moins dans l’alto, aller dans le contralto un peu. » Le constat sidère : rien n’est manquant, et rien n’est laissé en plan.

La longue pause même pas vide

C’est le métier en déclin, les engagements en peau de chagrin qui ont fini par éloigner Claire Pelletier de sa carrière. « Déjà, avant la pandémie, j’avais besoin de prendre un recul par rapport à la business. J’étais désillusionnée. Quand Distribution Sélect a fermé, ça a été tout un choc pour moi. Je pense que j’avais atteint ma limite de capacité de remonter la pente professionnelle. » Mais quiconque a côtoyé cette battante savait qu’elle se débrouillerait, fût-ce loin des feux de la rampe. « J’ai eu de la chance, j’ai commencé à travailler dans une petite épicerie italienne ici, à Bromont, et ça m’allait bien. Je suis bien parmi les gens, moi, j’ai du plaisir facilement. Ici et là, je faisais un spectacle, notamment le show de Noël, qui est devenu une sorte de tradition et que j’ai fait en petit groupe, mais aussi en symphonique et avec des chorales. Je ne ressentais plus autant le besoin de me lancer dans la production d’un disque. »

Ils ont toujours eu la musique dans le portrait, Claire et son complice-conjoint, Pierre Duchesne : elle a été choriste, il a été bassiste et il a fini par fonder le Studio Ouïe-Dire. « Pierre a enseigné la technologie sonore à Alma pendant 11 ans… » Shefford-Alma-Shefford, bigre ! Claire s’esclaffe. « C’est 1000 kilomètres par semaine… » Il enseignera à Québec à partir de l’an prochain. Ces dix ans d’hiatus n’ont pas été chômés, à peine moins publics.

Le désir de chansons nouvelles

Manquait le disque, tout de même. « Le goût d’un nouveau répertoire à défendre est revenu dans nos temps libres, le désir de créer s’est révélé plus fort que nous. » Mine de rien, avec des amis musiciens, choristes et paroliers de qualité supérieure, le tandem a passé trois années à remplir les interstices, et L’écho des passages va résonner ces prochains jours. « Ça ne va pas être facile, concède Claire. Il y a tellement d’artistes, on n’est pas soutenus comme avant, mais on s’est créé notre petite équipe : on veut tourner le spectacle de cet album pendant deux ans. On trouve qu’il en vaut la peine. »

S’il y a quelque chose de distinct dans la proposition, c’est le propos. Aucun album de Claire Pelletier ne va aussi directement dans le monde de maintenant. Dans Loin du quai, Hélène Dorion évoque les drames de la migration, de l’itinérance, de la violence envers les femmes : « Une histoire de plus / jetée à la rue ». Claire commente : « C’est vraiment une commande que j’ai faite à Hélène, à partir d’un article terrible que j’avais lu dans le journal. » Tout aussi juste, Catherine Durand a proposé Ce qui file entre nos doigts, un texte qui porte une part d’espoir, mais pose des conditions : « Si parmi les hommes effondrés / on se relève encore ».

Michel Rivard décrit Claire Pelletier

« C’est très au “je”, cet album, avec des collaborations très voulues. Ce sont des chansons à la fois personnelles et universelles, qui parlent de l’humanité et de l’inhumanité. » Au cœur de l’album, il y a même un portrait saisissant de Claire Pelletier signé Michel Rivard. Claire n’en revient pas et pouffe : « Oui ! C’est incroyable, ça ! Quand j’étais allée voir son spectacle Le tour du bloc, à Sherbrooke, je lui ai demandé de me faire un texte. Michel a dit : “Je fais des musiques, aussi.” Je lui ai répondu que j’étais au courant, que je voulais vraiment un texte de lui. Il avait compris. On a beaucoup ri. La fois d’après, il est venu faire du rodage à Magog pour le show suivant, et il est venu déjeuner chez nous. Je lui ai fait écouter ce qu’on avait de fait, et on s’est conté nos vies. Il est reparti et, le soir même, il m’a écrit en texto d’aller voir mes courriels. Il avait écrit la chanson Déclaration en arrivant. “Je suis la sœur d’un frère / et la mère d’un enfant / Je n’ai pas de frontières / ni de commencement”. »

Une autre chanson, Nomades, part en grand voyage vers le nord. Une autre encore décrit un voyageur de l’espace. Puis, un triptyque (Visages de l’aube, Visages de l’horizon, Visages de la nuit) — un peu Harmonium dans la structure quasi prog et dans les voix de Monique Fauteux et de Julie Valois, sa fille, qui se joignent à celle de Claire Pelletier — dure assez longtemps pour remplir un côté B de 33 tours. Un grand « aaaaah ! » reçoit la suggestion dans la maison de Shefford : « Ça serait fait pour ça, il me semble aussi… » Premier « long jeu », 30 ans de chansons, dites donc.

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