L’acupuncture dans l’oreille pour soigner la dépendance et la santé mentale

Apaiser les symptômes de la dépendance et de l’anxiété, quelques aiguilles dans l’oreille à la fois : c’est ce que l’organisme Dans la rue fait depuis 2024 à Montréal avec son projet pilote d’acupuncture solidaire. Le traitement connaît un « engouement » auprès des clientèles plus vulnérables. Prochaine mission ? Renouveler le projet et le déployer à l’échelle de la province.
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Sept patients sont assis côte à côte. Ils ne se connaissent pas, mais reçoivent tous un traitement d’acupuncture en même temps, gratuitement. Ils ont cinq petites aiguilles dans chaque oreille, insérées dans cinq points précis.
Autour d’eux, des acupuncteurs veillent au bon déroulement des séances et vulgarisent les bienfaits de la méthode utilisée – appelée l’approche NADA –, obscure pour bien des gens.
« On vient vraiment créer une synergie au niveau du corps pour apaiser le système nerveux », explique Viviane Labelle, acupunctrice pour l’organisme Le Rebond. Elle reçoit souvent des patients bipolaires, schizophrènes ou en dépression, qui cherchent un apaisement général pendant une période de crise.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE
Des curieux sont venus essayer l’acupuncture auriculaire offerte par l’organisme Dans la rue durant la Nuit des sans-abri, le 16 octobre dernier.
Le protocole NADA (National Acupuncture Detoxification Association), inventé dans les années 1970 à New York, est « très puissant » en acupuncture, dit Mme Labelle. En calmant leur système nerveux, les patients peuvent s’attendre à une diminution de l’anxiété et des douleurs, un meilleur sommeil ainsi qu’une meilleure régulation émotionnelle, ajoute Marie-Noëlle L’Espérance, directrice générale adjointe de l’organisme Dans la rue, l’instigateur du projet.
Des effets qui permettent de réduire le besoin de consommer et les symptômes du sevrage chez les usagers d’alcool ou de drogues, souligne-t-elle.
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Ceux qui ont peur des aiguilles peuvent opter pour de petites billes, collées à l’oreille, qui font le même travail. Chacun est maître du temps de sa séance.
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Avec le protocole NADA, les acupuncteurs insèrent des aiguilles stériles et à usage unique dans cinq points précis de chaque oreille. Chaque point a son utilité.
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Depuis 2024, l’organisme Dans la rue offre ces traitements d’acupuncture dans 15 organismes montréalais venant en aide aux personnes vulnérables. La Presse a visité une de ces cliniques, déployée lors de la Nuit des sans-abri, le 16 octobre dernier.
« Une solution complémentaire »
Certains patients, comme Alicia Monette, sont maintenant de véritables abonnés à ces traitements. Elle est devenue une « patiente » régulière de la clinique offerte à Dans la rue à un moment où elle n’avait pas d’endroit où vivre avec ses trois enfants et était hébergée chez une amie en attendant de trouver un logement.
« Je n’avais pas vraiment de moyens ou d’endroit pour pouvoir prendre du temps pour moi et prendre le temps de me poser. D’aller là-bas deux fois par semaine, ça m’a permis un peu de garder comme un certain calme intérieur et un équilibre », confie-t-elle.
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Depuis près de deux ans, les amies Alicia Monette et Tattyana Paré-Tremblay, chacune mère de trois enfants, suivent une séance d’acupuncture dans l’oreille presque chaque semaine si possible.
Les 15 cliniques d’acupuncture solidaire ont permis d’offrir plus de 5000 traitements depuis 2024 à Montréal. La gratuité des séances et le fait qu’elles soient offertes directement dans les organismes d’aide aux personnes vulnérables sont deux aspects primordiaux.
« Ça nous permet d’aller chercher une clientèle qu’on n’est pas capables de rejoindre avec l’acupuncture traditionnellement » afin qu’elle bénéficie de ses bienfaits, explique Marie-Noëlle L’Espérance.
L’approche suscite même l’intérêt du monde médical : le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est l’une des 15 cliniques partenaires du projet pilote. L’hôpital déploie la méthode d’acupuncture dans son Service de psychiatrie des toxicomanies et dans l’Unité de psychiatrie des toxicomanies.
En parallèle, le CHUM mène aussi un projet de recherche avec l’organisme Dans la rue pour évaluer l’efficacité de cette approche en acupuncture dans les centres communautaires, explique l’acupuncteur Félix Dénommé.
Certes, il y a toujours « une certaine méfiance face à la médecine chinoise, puisque c’est moins connu en Occident », concède-t-il. Il n’y a pas de consensus scientifique sur l’acupuncture, mais des recherches, sur lesquelles l’organisme s’appuie, ont déjà validé l’approche NADA, souligne-t-il. Ce n’est pas miraculeux, mais ça demeure « une solution complémentaire » aux médicaments ou aux thérapies des usagers.
Une expansion souhaitée
« Il y a vraiment un engouement, une belle curiosité et une surprise chez tous les usagers en constatant comment ça fait du bien », constate Viviane Labelle.
Il n’y a pas assez d’acupuncteurs disponibles pour offrir ce traitement, qui ne sont qu’une dizaine dans le projet en ce moment, disent les intervenants interrogés par La Presse. En plus, le financement pour ce projet pilote s’épuisera d’ici un an et demi, suscitant un « petit sentiment d’urgence » pour l’équipe, puisque le projet pilote lui tient à cœur.
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Marie-Noëlle L’Espérance, directrice générale adjointe de l’organisme Dans la rue
C’est pourquoi ils souhaitent décloisonner la pratique NADA, que seuls les acupuncteurs peuvent accomplir en ce moment. En Ontario, les intervenants en toxicomanie le font déjà depuis des années sous certaines règles, font-ils valoir.
« Notre rêve, c’est de former des intervenants en toxicomanie pour qu’ils offrent des traitements NADA dans un contexte de clinique de proximité auprès de la population vulnérable », dit Marie-Noëlle L’Espérance. Ce serait un outil de plus à ajouter à leur arsenal pour des interventions, soutient-elle.
Après, l’organisme espère que son projet se déploiera dans les régions, « où les besoins sont criants aussi », argue Marie-Noëlle L’Espérance. Au moins 57 organismes à travers la province aimeraient offrir des séances d’acupuncture gratuites à leurs usagers, relève un sondage réalisé par le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec consulté par La Presse.
« Ça permet à des gens qui ne pourraient jamais méditer de méditer. On offre l’accès à des gens qui ne pourraient jamais s’asseoir, conclut l’acupuncteur Félix Dénommé. C’est un point d’accès qui fait en sorte que tout devient plus accessible. »
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