L’inquiétante situation financière de la Belgique : notre pays est-il en train de devenir la Grèce de 2012 ? « Il faut réagir sérieusement »

Le gouvernement De Wever cherche toujours comment redresser les finances publiques. Faut-il augmenter les impôts, réduire les dépenses ou miser sur la croissance ? Les économistes Bertrand Candelon et Giuseppe Pagano proposent des pistes différentes. Mais, ici aussi, le premier se montre particulièrement pessimiste.
« On l’a perdu. On ne pourra pas le regagner. » Bertrand Candelon, professeur à l’UCLouvain, parle du statut de pays financièrement fiable dont bénéficiait autrefois la Belgique aux yeux des investisseurs. Selon lui, les gouvernements successifs ont trop longtemps repoussé les décisions difficiles, notamment en matière de pensions. « Voilà, c’est dix ans d’erreur, dix ans de ne pas avoir voulu prendre les choses à bras-le-corps ».
Pour illustrer son pessimisme, il compare la Belgique à un fumeur qui ignore pendant des années les avertissements de son médecin. Lorsqu’un cancer se déclare, arrêter de fumer devient indispensable, mais ne suffit plus à effacer les dégâts. « Le mal est fait », résume-t-il.
Le gouvernement actuel peut-il encore trouver des solutions ? « Est-ce qu’ils vont faire ? Je ne sais pas, mais ça fait dix ans ou vingt ans qu’on aurait dû le faire ».
Deux remèdes, pas de miracle
Pour Bertrand Candelon, les possibilités sont limitées. « Soit on crée de la croissance, donc on déploie de manière efficace la dette, ou ce qu’on emprunte. Soit on fait des économies fortes. Il n’y a pas de miracle ». Il dénonce également ce qu’il considère comme un manque d’efficacité des dépenses publiques : « Il y a un gâchis de la dépense publique ».
L’économiste cite les Pays-Bas, qui ont profité des années de taux bas pour réduire leur endettement, contrairement à la Belgique. Il refuse aussi que la crise du Covid serve d’explication unique : d’autres pays européens ont subi les mêmes difficultés.
Il regrette surtout que les avertissements des économistes n’aient pas été suffisamment entendus. Selon lui, des réformes décidées aujourd’hui mettront du temps à produire leurs effets, alors que la hausse des taux alourdit déjà le coût du financement de l’État.
Taxer les grandes fortunes ?
Giuseppe Pagano, professeur émérite à l’UMons, se montre plus mesuré. « Honnêtement, c’est difficile », reconnaît-il au sujet des négociations budgétaires. Il avance néanmoins deux pistes. La première consiste à taxer les grands patrimoines. « Moi, je suis assez favorable à cette idée. Je rejoins l’avis du président des Engagés sur ce point ».
Il insiste toutefois sur la nécessité de préserver les habitations et les outils de production, sans provoquer une fuite des capitaux. Il invite à réfléchir aux seuils d’imposition et aux modalités d’une telle mesure, plutôt que de la rejeter d’emblée.
Pourquoi cette solution ? Parce que les alternatives pourraient, selon lui, toucher plus durement les citoyens : réduction des remboursements de soins de santé ou remise en cause de l’indexation des pensions. « Je ne dis pas que c’est bien. Je dis que c’est moins grave ».
Une TVA à 22 % ?
Autre piste évoquée par Giuseppe Pagano : augmenter la TVA de 21 à 22 %, comme l’envisage la N-VA, tout en préservant les biens de première nécessité. « Passer de 21 % à 22 %, encore une fois, moi, personnellement, ça ne me paraît pas scandaleux. Je préfère ça à une non-indexation des pensions, parce que vous avez des gens qui n’ont que leur pension, ils vivent avec ça ».
Pour Bertrand Candelon, un autre risque menace la Belgique : une contagion financière venue de France .Si la situation française se dégrade fortement, les investisseurs pourraient également se détourner de la dette belge. À l’inverse, l’Allemagne et les Pays-Bas pourraient bénéficier d’un mouvement de recherche de sécurité.
L’économiste rappelle que l’Europe avait pu secourir la Grèce, une économie relativement petite. Une crise majeure touchant la France poserait un défi bien plus important.
Sur un point, les deux spécialistes se rejoignent toutefois : la Belgique doit agir. Giuseppe Pagano refuse de dramatiser, mais s’inquiète de l’augmentation des intérêts de la dette. Bertrand Candelon estime, lui, que les erreurs accumulées ont déjà considérablement réduit les marges de manœuvre du gouvernement.
Et plus les décisions tardent, plus le redressement risque d’être douloureux...
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