L'écureuil roux hiberne-t-il ? Voici pourquoi vous le croisez encore en plein hiver

Chaque automne, le Sciurus vulgaris, l'écureuil roux commun en France et dans toute l'Europe, adopte un mode de vie que peu de promeneurs soupçonnent. Contrairement au hérisson ou à la marmotte, qui plongent dans un sommeil hivernal profond et mesurable, l'écureuil roux n'hiberne pas au sens strict.
Il pratique ce qu'on appelle l'hivernation, une stratégie comportementale et non physiologique, fondée sur la discrétion, l'économie d'énergie et des réserves soigneusement constituées. Ce sujet mérite qu'on s'y attarde : il illustre à merveille comment la nature trouve des compromis étonnants entre dépense et survie.
Hibernation ou hivernation : une distinction qui change tout
Beaucoup de gens confondent ces deux termes, et c'est compréhensible. L'hibernation désigne un état physiologique précis : température corporelle qui s'effondre, rythme cardiaque quasi imperceptible, métabolisme réduit à l'extrême pendant plusieurs semaines. L'animal est totalement inconscient, incapable de réagir à un prédateur. C'est le cas de la marmotte alpine.
L'hivernation, elle, est un concept plus large. Elle regroupe toutes les stratégies de survie hivernale, y compris la simple réduction d'activité. L'écureuil roux en est l'exemple parfait : sa température corporelle reste stable tout l'hiver, il ne perd pas conscience et sort régulièrement de son nid pour se nourrir, généralement entre 10 h et 14 h quand le soleil réchauffe un peu l'air. Lors d'un épisode de grand froid ou de tempête de neige, il peut rester blotti plusieurs jours sans bouger, mais il n'est pas endormi, il attend.
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La torpeur constitue un troisième état, intermédiaire, observable chez certains oiseaux ou petits mammifères : des phases brèves de repos profond, avec réveil rapide en cas de danger. L'écureuil n'y recourt pas non plus.
Durant l'hiver, l'écureuil reste blotti dans son nid, sa fourrure le protégeant du froid. De forme généralement sphérique, fermé et très bien isolé, il est constitué de brindilles, de feuilles mortes, de mousse, de plumes et parfois de morceaux d'écorce. © JMrocek, iStock
Des réserves stratégiques et un nid en béton (presque)
L'animal qui mesure entre 20 et 25 cm (sans la queue) et pèse à peine 300 grammes en moyenne prépare l'hiver avec une efficacité remarquable. Dès la fin août, il enclenche une phase d'hyperactivité alimentaire. Il grossit légèrement pour constituer de petites réserves graisseuses, mais surtout, il enterre des centaines de provisions dispersées sur son territoire :
- Des glands glissés sous les feuilles mortes.
- Des noisettes enfouies entre deux racines.
- Des graines dissimulées dans des creux d'écorce.
Sa mémoire spatiale, redoutablement précise, lui permet de retrouver la majorité de ces cachettes plusieurs semaines plus tard. Cette stratégie de dispersion le distingue des rongeurs qui centralisent leurs stocks dans un seul terrier.
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Son nid d'hiver, appelé hotte, est une structure sphérique de 30 à 50 cm de diamètre, construite de brindilles, mousses, feuilles et parfois de plumes. Bien isolé, fermé et positionné en hauteur dans une fourche d'arbre ou dans une cavité naturelle, il maintient une température intérieure stable malgré le gel extérieur. C'est là que l'écureuil passe l'essentiel de ses journées de décembre à février.
Le réchauffement climatique complique sérieusement cette organisation. Des hivers plus doux incitent l'animal à sortir plus souvent, augmentant sa dépense énergétique alors que la nourriture reste rare. Les gels tardifs suivis de redoux abruptes peuvent rendre certaines réserves inaccessibles ou pourries. Les individus les plus vulnérables, notamment les jeunes nés tard dans la saison, en paient le prix en premier.
La prochaine fois que vous traverserez un bois silencieux en janvier, levez les yeux vers les branches hautes : cette petite masse de feuilles et de mousse cachée dans la fourche d'un chêne, c'est peut-être lui, bien vivant, qui attend son heure.
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