Camion antiavortement | « Ça n’a pas d’allure d’avoir ça sur la route »

Le camion d’un groupe antiavortement albertain sur lequel sont apposées de grandes images de fœtus circule de plus en plus souvent dans les rues de la métropole. Des organismes appellent la Ville de Montréal à agir pour interdire la diffusion de telles photos, qui n’ont pour objectif que de susciter « le dégoût de l’avortement ».
Publié à
Ce mois-ci, le camion a notamment été aperçu rue Sherbrooke, sur le Plateau Mont-Royal.
« Ça n’a pas d’allure d’avoir ce camion-là sur la route », dit Jess Legault, coordonnatrice de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN). Elle-même a déjà aperçu le camion et reçoit des signalements de citoyens.
L’affiche sur le camion montre une image de fœtus, avec l’inscription « 10 semaines ».
C’est très bien choisi de dire que c’est à 10 semaines : 90 % des avortements se font avant 12 semaines. Ils veulent que les gens, même à des stades très peu avancés de la grossesse, soient culpabilisés par ces images-là.
Ce camion est celui du Canadian Centre for Bio-Ethical Reform (CCBR), qui confirme à La Presse qu’il circule à Montréal « plus régulièrement depuis environ deux ans ».
Le 25 juin dernier, presque quatre ans jour pour jour après l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade (qui, aux États-Unis, donnait aux citoyennes le droit d’avorter), une employée du Centre de santé des femmes de Montréal a vu des manifestants portant de grandes affiches à l’angle de la rue Sherbrooke et de l’avenue Papineau.
« Inacceptable », dit la Ville
Au Québec, la loi prévoit une zone de protection de 50 mètres autour des cliniques d’avortement.
Or, les manifestants, de même que le camion du groupe albertain, peuvent circuler librement ailleurs avec leurs images. Y compris dans des secteurs où se trouvent des cliniques.
« Ils choisissent les heures de pointe, des endroits où il y a beaucoup de circulation. Ça force un public vraiment captif, des automobilistes qui ne peuvent pas bouger », dit Lorène Cristini, directrice générale du Centre de santé des femmes.
Le Service de police de la Ville de Montréal confirme que « le cadre légal criminel et le cadre réglementaire en vigueur n’interdisent pas un tel affichage ».
La FQPN et le Centre de santé des femmes de Montréal ont écrit à la mairesse Soraya Martinez Ferrada l’été dernier pour lui demander d’interdire la distribution et l’affichage d’images explicites de « prétendus fœtus », de même que l’utilisation de ces images dans des manifestations.
On explique que Montréal pourrait s’inspirer de la Ville de Calgary, qui a adopté un règlement interdisant les grandes affiches à proximité des écoles, les jours de classe.
Au cabinet de Soraya Martinez Ferrada, on affirme que « la mairesse défendra toujours le droit des femmes de choisir ».
« L’accès à l’avortement est un droit fondamental, et chaque personne doit pouvoir recevoir les soins dont elle a besoin dans un environnement sécuritaire, respectueux et exempt d’intimidation. Cette situation est inacceptable et nous analysons le tout », nous écrit-on.
Une technique « de dégoût »
Le Canadian Centre for Bio-Ethical Reform est « une organisation éducative vouée aux droits de la personne », écrit son porte-parole Blaise Alleyne.
Il estime que la diffusion d’images de fœtus permet de montrer « que l’avortement est un acte de violence tuant un être humain innocent ; notre objectif est de faire évoluer les mentalités sur l’avortement, de sauver des vies et d’épargner aux femmes le traumatisme lié à cette intervention ».
« Je trouve ça ironique que les groupes qui veulent protéger les enfants de l’éducation à la sexualité trouvent correct de promener un camion comme ça devant les écoles », dit Jess Legault.
Doctorante en sociologie, Véronique Pronovost dit que ce groupe utilise des « techniques d’impact, de dégoût ».
« C’est un organisme, comme plusieurs autres organismes au Canada, qui tente de venir donner un coup de main aux organismes et aux acteurs militants québécois », dit la chercheuse.
Le Québec est dépeint au Canada comme étant la province la plus faible en termes de mobilisation antiavortement. Ils essaient de venir donner un regain, d’insuffler un peu cette énergie-là qui vient du reste du Canada.
Aux États-Unis, le renversement de Roe c. Wade « a vraiment amené un vent d’espoir pour les mouvements antichoix », abonde Jess Legault, qui ajoute que ces groupes estiment que « s’ils s’organisent, s’ils sont financés, ils vont être capables de faire la même chose ici ».
Elle cite le recours devant les tribunaux de militants antiavortements québécois qui ont tenté de faire invalider la loi québécoise prévoyant cette zone tampon autour des cliniques d’avortement.
Ils ont été déboutés en 2025 par la juge Lysane Cree, qui a estimé que cette zone était nécessaire « pour assurer le respect de la vie privée dans un contexte médical et la sécurité de tous ceux qui y travaillent ou y obtiennent des soins ».
Au Centre de santé des femmes, on dit être « de plus en plus vigilantes » face à la montée de certains discours, notamment aux États-Unis.
« On sait qu’il y en a qui peuvent être violents, on ne connaît pas la capacité d’extrémisme de tout le monde », dit Lorène Cristini.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.