Midterms 2026 : diesel russe, chèques et règles électorales… Les multiples manœuvres de Trump pour faire gagner son camp

"Cheat like hell", "Tricher comme des malades". "Comme ils [les démocrates] l’ont fait." C’est le conseil donné par le président des Etats-Unis à ses électeurs. C’était à la Convention républicaine de Dallas, au mois de septembre dernier. Il fait référence aux prétendues fraudes électorales qui auraient favorisé les démocrates par le passé. Allégation qu’il a maintes fois répétée, sans jamais pouvoir l’étayer.
Et la formule résume bien la stratégie de Donald Trump pour les midterms, les élections de mi-mandat qui auront lieu ce 3 novembre : jeter le discrédit sur les élections, tout en tentant de faire plier les règles du jeu à son avantage, en promettant au passage monts et merveilles à ceux qui voteront pour son parti.
Passage en revue de ses nombreuses tentatives, celles qui ont échoué, celles qui sont en cours, et celles qui pourraient encore advenir juste après les élections.
"Des prix plus bas pour les Américains"
"Les prix du diesel pour les Américains et, en réalité, pour le monde, VONT BAISSER RAPIDEMENT DANS DES PROPORTIONS RECORD ! Des prix plus bas pour les Américains et surtout nos formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers, c’est ma plus grande priorité", a écrit le dirigeant républicain sur son réseau Truth Social, en annonçant avoir scellé un accord avec la Russie sur la livraison de diesel aux Etats-Unis.
Il assure que Vladimir Poutine a donné son accord pour fournir 300.000 tonnes de diesel ce mois-ci, 500.000 tonnes le mois prochain, et beaucoup plus encore ensuite.
Le coût de la vie est un enjeu crucial de ce scrutin. Les prix du diesel ont atteint des niveaux records, à 6,27 dollars le gallon (3,78 litres) en moyenne contre la moitié il y a un an. Une hausse principalement due à la guerre en Iran, déclenchée par les Etats-Unis et Israël en février dernier. Une guerre impopulaire, lancée par un président élu sur le slogan "America first" et la promesse de mettre fin à toutes les guerres.
Alors Donald Trump multiplie les promesses. Celle-ci, pour ses "formidables paysans, éleveurs et transporteurs routiers". Et d’autres.
Ce lundi 5 octobre, il a signé un décret visant à élargir l’accès au diesel rouge, un carburant exonéré de certaines taxes, habituellement réservé aux machines agricoles. S’adressant au sénateur et au gouverneur du Nebraska, tous deux républicains et dans la course pour les élections, il a déclaré : "Pete et Jim, cela devrait absolument vous assurer la réélection, je vous le garantis."
L’un des conseillers du président a affirmé au Washington Post explorer encore d’autres pistes pour faire baisser les prix à la pompe.
Des chèques pour des votes
Et sinon, pourquoi pas un petit chèque, contre un vote ? C’est exactement ce que Donald Trump a proposé. Début septembre, il annonçait l’octroi de 5000 dollars à tous les adultes américains en cas de victoire des Républicains. Une idée qui a peu de chance d’aboutir, puisqu’elle devrait passer par un vote au Congrès et qu’elle n’est pas soutenue par les Républicains eux-mêmes.
Qu’à cela ne tienne, Trump a commencé à envoyer des chèques de 500 dollars à près d’un million d’Américains dans 30 Etats, qui équivaudrait au remboursement d’un montant indûment perçu dans la couverture médicale sous Joe Biden.
Autre variation sur le même thème : il a aussi annoncé le paiement de 90 dollars à plus de 20 millions de seniors.
Save act, vote par correspondance, "gerrymandering" : changer les règles du jeu
Le président américain a également tenté, par divers moyens, de changer les règles du jeu électoral.
Il a poussé les Etats républicains à recourir plus tôt qu’à l’habitude (pour précéder les midterms) à ce qu’on appelle le "gerrymandering". Une technique qui consiste à redessiner les circonscriptions électorales de façon à avantager son propre parti. Les démocrates ont répliqué dans certains États. Selon le Washington Post, ces redécoupages pourraient au final représenter un avantage théorique d’environ neuf sièges pour les républicains à la Chambre des représentants.
Le Save Act, un projet de loi voté à la Chambre mais toujours bloqué au Sénat, permettrait d’imposer aux citoyens américains de présenter un acte de naissance ou un passeport pour s’inscrire sur les listes électorales, des documents dont des milliers d’Américains ne disposent pas. Les militants affirment que de telles restrictions affecteraient de manière disproportionnée les électeurs noirs, autochtones, âgés et étudiants, précise le Guardian.
Donald Trump exige par ailleurs que les Etats, en principe responsables de la gestion des élections, communiquent au fédéral leurs listes électorales : "un premier pas vers la création d’une base de données nationale qui déterminerait qui a le droit de voter", résume Reed Brody, avocat américain dans une tribune dans Le Monde.
"Le département affirme vouloir ces listes afin d’en radier les électeurs qui, selon lui, ne devraient pas y figurer ; en réalité, cela empêcherait un grand nombre d’Américains remplissant les conditions requises de voter", ajoute le Brennan Center for Justice, un institut de la faculté de droit de l’université de New York. Certains Etats se sont exécutés mais la plupart ont refusé. Et plusieurs décisions de justice leur ont donné raison.
Via un décret présidentiel, Donald Trump a aussi essayé d’imposer de nouvelles restrictions au vote par correspondance. Un acte qui n’est pas anodin quand on sait qu’aux Etats-Unis un électeur sur trois vote par correspondance et que c’est un mode de scrutin particulièrement prisé par les démocrates. La Cour suprême, pourtant à majorité conservatrice, a finalement rejeté un recours de l’administration visant à pouvoir mener à bien ce projet avant les élections de novembre.
La protection contre les opérations d’influence étrangères affaiblie
Les services de renseignement américains estiment que la Russie — comme elle l’a fait par le passé — aura recours à la désinformation numérique pour semer le doute sur les résultats des élections de mi-mandat de 2026 et attiser les divisions au sein de la société, explique le Washington Post, qui cite des parlementaires et d’autres responsables.
Pourtant, précise encore le journal, l’Agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), une agence clé pour la sécurité des élections rattachée au département de la Sécurité intérieure a licencié près d’un tiers de ses effectifs au début de l’année 2025. Et Trump n’a toujours pas nommé son nouveau directeur, alors que trois directeurs par intérim se sont déjà succédé à ce poste.
L’administration Trump a également fermé le Centre de lutte contre les influences étrangères malveillantes, un organisme de renseignement américain chargé de surveiller les campagnes de désinformation des adversaires et les menaces pesant sur la démocratie américaine.
Les experts insistent par contre sur le fait que la menace consiste principalement en des opérations d’influence (de la propagande), et non en des opérations d’interférence, qui auraient un impact direct sur les urnes électroniques ou sur le comptage des voix.
"Il est très important que les gens comprennent que nous n’avons aucun exemple de pays tentant de s’ingérer dans le processus électoral, dans ce processus technique", explique au Guardian Beth Sanner, ancienne directrice adjointe du renseignement national, aujourd’hui directrice chargée de la géopolitique et de la stratégie chez International Capital Strategies. "Cela ne s’est tout simplement pas produit", affirme-t-elle. "Cela ne s’est pas produit en 2020."
Jeter le discrédit sur les élections, semer le trouble
C’est que c’est justement encore une autre tactique de Donald Trump : saper la confiance dans le processus électoral. Le New York Times a fait le compte : il a mis en doute les élections 440 jours sur l’ensemble de son deuxième mandat.
Le 5 octobre dernier, il déclarait encore, sur son réseau Truth Social, que les élections américaines étaient corrompues : "Voting in America is CORRUPT !!!", sans apporter aucune preuve pour appuyer son propos.
Le président républicain a toujours contesté la victoire de son adversaire démocrate Joe Biden en 2020. Il affirme sans relâche que ces élections ont été truquées.
Jetant par avance le discrédit sur le scrutin, il pourrait ressortir cette carte si les résultats lui sont défavorables.
Les heures qui suivront les élections de mi-mandat seront cruciales. Trump pourrait se servir de la période de comptage des votes pour contester la validité du processus. "Je pense que, l’administration ayant essuyé de nombreux échecs judiciaires dans ses tentatives de perturber le processus habituel, elle va invoquer une ingérence étrangère à l’issue du scrutin pour saisir du matériel ou des bulletins de vote, que cela soit légalement justifié ou non", a déclaré Caitlin Durkovich, ancienne conseillère adjointe à la sécurité intérieure à la Maison-Blanche, citée par le Guardian.
Le comptage peut prendre des jours, et même parfois des semaines. C’est là que le doute pourra s’installer. À ce moment-là que Trump et son équipe risquent de souffler sur les braises.
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