La banane, une success story mondiale menacée?

La banane, pratique à consommer et moins chère que la plupart des autres fruits, a plein d'atouts. Et les consommateurs le lui rendent bien. Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde, et même en France, pays qui était à la traîne qui mais vient de rattraper la moyenne européenne. Derrière ce succès se cache cependant une filière sur laquelle pèse de plus en plus de menaces.
« Le système bananier mondial est à un point de basculement », résume Denis Loeillet, économiste de la filière au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Que l'on parle de la production ou de la commercialisation, l'environnement dans lequel évolue la filière s'est considérablement complexifié ces dernières années, résume de son côté l'AIB, l'interprofession française.
Difficile d'être exhaustif tant la liste des points de tension est longue. Parmi les défis majeurs du secteur figure la diffusion de la TR4, une maladie qui touche désormais 26 pays dont l'Équateur, le premier exportateur mondial. Cent millions de tonnes de bananes sont potentiellement menacées, selon une estimation du Cirad.
Le changement climatique, qui se manifeste par une hausse des températures moyennes, perturbe le régime des pluies et a un impact sur les cycles fruitiers ainsi que sur les caractéristiques même des bananes, des fruits qui ont besoin d'une très grande régularité climatique, précise Philippe Pons, président de l' Association interprofessionnelle de la banane.
Logistique sous tension
La filière banane est directement affectée par les perturbations logistiques mondiales. Les variations du niveau d'eau du canal de Panama affectent les possibilités de navigation et donc le rythme des exportations. Le conflit en Mer rouge et au Moyen-Orient provoque des congestions portuaires, mobilise les conteneurs sur des routes plus longues et réduit donc leur disponibilité. La planification des trajets est devenue plus compliquée pour les opérateurs. Or, la banane est un fruit périssable, qui a besoin de flux réguliers.
Autre facteur d'actualité qui pèse sur le secteur : la flambée des coûts de production. La guerre en Ukraine et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le prix des hydrocarbures, avec des conséquences sur le coût du transport maritime et terrestre mais aussi sur le coût supporté par les murisseries, ces établissements dans lesquels les fruits passent plusieurs jours, à une température très contrôlée. La hausse des coûts de l'énergie a aussi eu un impact sur le prix des engrais et des emballages en carton dans lesquels voyagent les fruits jaunes.
La nécessité d'un sursaut collectif
L'avenir de la filière est plus ou moins sombre selon les point de vue, mais « transition » et « changements » font désormais partie du vocabulaire des acteurs. Les producteurs ne feront pas l'économie de faire évoluer leurs pratiques, ce qui implique une réflexion sur l'usage des produits phytosanitaires et une accélération de la recherche variétale en amont : tout le monde est conscient que cultiver, dans les plantations commerciales, une variété unique, la Cavendish, est un choix risqué.
Avec des coûts de production plus élevés et incompressibles, la rentabilité de la filière est désormais questionnée : il paraît difficile d'aller vers une banane plus durable, tout en gardant un prix aussi attractif qu'aujourd'hui pour les consommateurs. « La durabilité de la filière passe par une responsabilité collective et partagée », explique Philippe Pons.
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