Retour électrisant de Richard Desjardins au Club Soda, malgré une panne de courant
Retour triomphal ? Bonheur partagé ? Toutes les chansons entonnées ! Les mots sont mous, tellement on est en dessous de l’incroyable vérité de ce vendredi : l’électricité n’a pas tenu le coup, tant c’était électrisant. Dix minutes d’interruption de courant, juste après Y va toujours y avoir, au beau milieu du premier des deux soirs consécutifs de Richard Desjardins au Club Soda.
Pas tout à fait le même Soda que la dernière fois, ça mérite d’être précisé : pas le Club Soda du spectacle d’avril 1991, qu’un disque immortalisa. Rappelez-vous, la petite salle du deuxième étage, avenue du Parc, lieu mythique s’il en est. Cette fois-ci, c’était au Club Soda des dernières années, relocalisé sur la Main, en face de l’éternel Café Cléopâtre : ce n’en est pas moins une salle importante, symboliquement signifiante : penser qu’on va voir Richard Desjardins au Club Soda nous remplit d’un fort sentiment d’être à la bonne place. Deux soirs en sa forte présence dans la grande ville, c’est immense. Les billets des deux soirs se sont vendus dans le temps de dire go : 7 minutes et toutes les places étaient envolées. Une résidence d’un mois n’aurait pas suffi, tant il était improbable qu’il soit là, sur scène.
Déjà, qu’il s’amène le 8 août dernier sur une grande scène extérieure à Rouyn-Noranda, entouré d’un orchestre symphonique, dépassait l’événementiel pour atteindre l’exceptionnel, l’unique occasion des dernières années. Que vouloir de plus ? La réponse était patente ce vendredi soir : la proximité. Nous étions tous proches. Plus fort encore, on avait vraiment la sensation de tous se connaître, se retrouver. Alain Chartrand, le directeur général et artistique de Coup de cœur francophone depuis 40 ans (c’est sa dernière année), nous a rappelé que Richard Desjardins, la première fois à Coup de cœur, c’était en 1988, et cinq autres fois ensuite. « On n’aurait pas pu souhaiter un plus beau cadeau d’anniversaire », a-t-il résumé, homme heureux.
Petites maladresses et grands moments
Richard Desjardins s’est amené tel qu’il est, à la fois extrêmement content et un peu mal à l’aise. Il avait préparé un gag d’intro, rapport aux élections de mi-mandat. Une vanne à Trump. « Fuck you and go to hell », devait-il lancer, advenant une victoire républicaine. « Y a perdu », a-t-il lâché. « Je pourrai pas le dire », a-t-il conclu après l’avoir dit et assorti d’un avertissement : « Il lui reste deux ans. » Et puis il a servi, de circonstance, Au pays des calottes, avec son tandem d’accompagnateurs, Claude Fradette aux guitares, Karl Surprenant à la contrebasse. C’était à la fois formidable et fragile : Richard n’a pas assez joué ces dernières années, ça donnait lieu à de mauvaises clés, une balance de sons trop sourde. On l’ovationnait néanmoins à chaque chanson, trop émus de retrouver chacune d’entre elles. De Boom Boom à Señorita, avec une longue histoire de chasse dangereusement sarcastique menant à la terrible chanson Le Buck, tout était possible.
Le courant est revenu avec Sahara Lumber, puis Les Fros. Curieusement, c’est …et j’ai couché dans mon char qui fut laborieuse, le public comblant les trous de mémoire. Plus efficace fut Les Yankees, on n’était pas surpris. Les imparables, les belles à pleurer se sont succédé : Jenny, Le cœur est un oiseau, et puis, en duo avec Sara Dufour, Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours. Elle méritait bien de partager la scène avec Richard : sa performance en première partie était tendre et drôle, les chansons de son plus récent album la révélant comme jamais, racontant sa vie avec une rare authenticité. On comprend que le bon gars de Rouyn-Noranda ait invité la chouette fille de Dolbeau-Mistassini.
À la fin, cette question surgissait : pourquoi pas une tournée Dufour-Desjardins à travers le Québec, l’an prochain ? Deux soirs ne suffiront pas à ces deux-là.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.