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Thursday, October 15, 2026

L’Ukraine privée de connexion au réseau Starlink: «Ce sera très difficile de tenir»

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L'Ukraine a accusé les États-Unis de restreindre son accès à la technologie satellitaire Starlink de SpaceX et le partage de renseignements. Les restrictions observées entravent une grande partie de l’action des drones aériens, clé dans la guerre contre la Russie. Elon Musk dit que le ralentissement du réseau militaire Starshield est dû au gouvernement étatsunien, et non à son entreprise. Kiev se rend à l'évidence que l'Europe n'est pas en mesure d'offrir la moindre alternative aux systèmes étatsuniens. Analyse avec Alain de Neve, chercheur au Centre d'études de sécurité et de défense de l'Institut royal supérieur de défense à Bruxelles.

RFI : Volodymyr Zelensky a dénoncé, d'une part, le fait que les États-Unis n'aient pas partagé de renseignements sur des tirs de missiles russes et, d'autre part, un ralentissement du réseau Starshield. Ce réseau, pour le dire simplement, c'est la version militaire du réseau de satellites Starlink. Et son propriétaire, Elon Musk, a fait savoir que c'est bien le Pentagone qui avait décidé de ralentir le trafic. Kiev indique que le réseau a été rétabli, mais est-ce qu'il y a dans ces cas-là des effets immédiats sur le terrain quand le réseau est ralenti ?

Alain de Neve : Oui, tout à fait. Il faut savoir que le réseau Starshield est un réseau fondamental pour la coordination des forces, la coordination en fait de la plupart des appareils, donc des drones qui sont opérés par l'Ukraine contre les forces russes. Et donc une réduction, une restriction, voire même une interruption du signal, a des effets directs sur le bon déroulement d'une opération. Et ça a forcé en partie les forces ukrainiennes à renoncer ou à mettre un terme à des opérations qui avaient été amorcées.

En quelques heures seulement, il y a eu des missions qui ont été modifiées ?

Alors, il a pu se passer deux phénomènes. Le premier, c'est tout simplement la rupture du signal, la perte du signal ou alors un ralentissement tel du signal que cela a entraîné une perte d'un certain nombre d'appareils, de drones, en cours de mission. Ou alors, deuxième phénomène, les forces ukrainiennes ont peut-être décidé d'interrompre la mission et de rapatrier les drones dans des zones de sécurité éventuelles pour leur récupération.

Des drones dont la vitesse est ralentie, qu'est-ce que ça change concrètement ?

Normalement, les réseaux Starlink et Starshield sont prévus pour pouvoir faire opérer des appareils volants qui vont à plusieurs centaines de km/h. Ici, la limite a été fixée à 160 km/h en principe, et donc ça permet quand même de garder, de conserver une vitesse d'évolution des drones de telle sorte qu'ils puissent opérer rapidement sur les cibles qui ont été prédéterminées afin justement de mener des opérations les plus rapides possible. À partir du moment où le signal vient à se rompre, ça signifie que la vitesse de progression des drones va être ralentie et, semble-t-il, elle était ralentie à 70 à 110 km/h. Ça veut dire que les drones peuvent constituer des cibles beaucoup plus faciles à atteindre que s'ils progressaient à 160 km/h. Ça tient à peu de choses. Mais malgré tout, voilà, ça peut faire la différence dans des opérations qui sont quand même très infocentrées, je dirais.

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Combien de temps est-ce que l'Ukraine pourrait tenir sans ce réseau et sans une partie du renseignement américain ? 

Ce sera très difficile pour l'Ukraine de tenir sans ce réseau. Très, très honnêtement, je ne vois pas très bien, en l'état actuel des choses, ce qui pourrait remplacer Starlink et Starshield dans la conduite de la plupart des opérations qui mêlent des drones. En fait, il faut distinguer deux types d'opérations. Il est vrai qu'il y a une majorité d'opérations qui sont réalisées à l'aide de drones, pour schématiser, qui recourent considérablement au système Starlink et au système Starshield, même si ces systèmes peuvent faire l'objet de brouillage ou être victimes de moyens de guerre électronique russes.

Mais en réalité, on arrive très difficilement à s'en passer parce que l'autre solution pour les drones, c'est-à-dire les drones avec connexion filaire fibre optique, eh bien ils n'autorisent pas les mêmes performances en termes de transport de charges explosives ou en termes tout simplement de maniabilité, parce qu'il faut transporter la fibre optique et la faire dérouler. Et l'amplitude des opérations n'est pas du tout la même.

Et après, vous avez quand même malgré tout la possibilité pour l'Ukraine, comme elle le fait, comme elle commence à le faire avec certains missiles de croisière de sa propre fabrication, de frapper dans la profondeur, voire même d'utiliser des drones de plus grande envergure pour frapper dans la profondeur du territoire russe à l'aide de systèmes de navigation inertielle, donc en s'affranchissant du système Starlink. Mais malgré tout, pour l'essentiel des opérations, quotidiennes d'ailleurs, sur la fameuse ligne de contact qui sépare les forces russes des forces ukrainiennes, Starshield, Starlink, sont véritablement la colonne vertébrale des opérations militaires sur le terrain.

Est-ce que les Européens, qui répètent qu'ils soutiennent l'Ukraine, pourraient disposer d'un système équivalent,  capable de compenser Starshield ?

C'est le projet, notamment avec Iris², mais ça c'est un projet à plus long terme, et la dimension opérationnelle ne sera pas celle de Starlink. Il y a effectivement le réseau OneWeb qui peut, qui pourrait, à certains égards, venir non pas remplacer Starlink, mais peut-être le compléter. Mais en réalité, ce réseau n'est pas aussi étoffé que Starlink. Il faut bien se rendre compte que Starlink et Starshield sont des réseaux qui sont redondants, résilients et qui surtout ont été bâtis, ont évolué pour opérer dans des conditions de combat réelles et éprouvées. Donc il y a un retour d'expérience énorme qui aujourd'hui permet à Starlink et à Starshield d'être véritablement optimaux pour les forces armées ukrainiennes. Le temps que les Européens arrivent à ce niveau d'évolution en matière à la fois de technologie, d'offre de services, de capacités, de mises à jour régulières de ce type de service pour des opérations de combat, ce n'est pas demain la veille, je dirais.

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