Un jour, une carte : le détroit d’Ormuz libéré ? Le pétrole circule à nouveau, dans un verre à moitié vide

Qui contrôle le détroit d'Ormuz sur le plan militaire ? Il n’y a pas de réponse définitive, pas plus que de certitude complète. Il y a d’un côté des navires de guerre américains qui escortent des pétroliers ; et de l’autre, il y a toujours des missiles iraniens qui continuent à frapper des bateaux dans la zone.
Le passage est possible mais il n’est pas sécurisé et certainement pas libre. Pour preuve : ces derniers jours, les primes d’assurances des bateaux qui tentent de traverser par Ormuz sont 20 à 40 fois plus chères qu’il y a un an. Pour un ordre de grandeur, c’était 250.000 dollars il y a un an, en septembre 2025. Cela peut montrer aujourd'hui jusqu’à 10 millions de dollars, pas loin de 10% de la valeur du tanker et de sa cargaison, à chaque passage. Ormuz n’est pas libéré, tant s’en faut.
Par contre on peut tabler sur d’autres chiffres pour assurer que la situation est en nette amélioration pour le marché mondial du pétrole. En effet, les flux pétroliers en provenance du Moyen-Orient retrouvent des couleurs. Selon la compagnie pétrolière Shell : 80% du pétrole Moyen-Orient recirculent par rapport à avant-guerre. La société Kpler, qui analyse les données du marché, évoque même 92% il y a quelques jours. On semble revenir à la normale. Mais derrière ces chiffres se cache une autre réalité. Les experts nous parlent du trafic du pétrole qui sort du Moyen-Orient.
La navigation dans le détroit d’Ormuz ce 8 octobre à 17 heures, relevé par satellite sur l’application Vessel Finder. © @Vessel Finder
Si on reste le nez sur ce qui se passe à Ormuz, les chiffres sont moins bons. À peine plus de la moitié de ce qui passait en 2025 circule aujourd’hui. Ce n’est pas rien, mais on est loin du compte.
Pour arriver aux chiffres de 80% à 92%, on doit regarder plus loin que la zone elle-même. Ce sont les déviations et les contournements mis en place qui commencent à porter leurs fruits. Des oléoducs permettent d’éviter le détroit d’Ormuz. Certain au travers l’Arabie saoudite, d’autres via l’Irak et la Turquie.
Ensuite, il faut compter sur les pays producteurs de pétrole de la zone ont poussé aussi les feux pour produire et exporter davantage. Les lois du marché marchent ici à plein régime ; le pétrole se négocie à des tarifs très élevés, au-delà de 100 dollars le baril aujourd’hui. À ce tarif là, certains prennent la peine de prendre des risques et lâcher davantage les vannes.
Les pays occidentaux mettent leur réserve stratégique essence et diesel sur le marché
Cela sent le vent de la panique devant la fronde des populations face à la perte du pouvoir d’achat et au coût du plein de carburant.
Dans 28 jours, les Etats-Unis votent pour leurs représentants au parlement. Cela sent le roussi pour Trump et sa majorité. Les étudiants sont dans la rue en France, les services de renseignements pensent que le mouvement pourrait être rejoint par d’autres couches de population. Les dirigeants allemands perdent les élections les unes derrière les autres. Bref, il faut lâcher du lest ou démontrer que l’on entend la population. Mais en réalité, lâcher 100 millions de barils de réserve, ce n’est même pas une semaine de consommation dans les pays concernés.
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En fait, il y a un autre gros souci que les chiffres d’exportation de pétrole Moyen Orient ne montrent pas : c’est la disponibilité des produits pétroliers raffinés. La circulation de l’essence et du diesel reste, lui, à 40% de ce qu’il était avant-guerre. Et entre la sortie d’un puits de pétrole ou d’un oléoduc et sa livraison à la pompe, il faut des semaines de transports et de raffinage.
C’est encore à ce niveau que cela coince. La libération des réserves stratégiques est donc un pari qui pourra se vérifier, ou pas, si l’ensemble de la chaîne de fabrication de l’énergie fossile retrouve son processus d’avant l’intervention américaine de février dernier.
On ajoutera pour rappel que ces questions économiques ne règlent en rien la vie des habitants d’Iran, soumis à une dictature qui, elle, se maintient jusqu’ici.
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