La forêt publique est-elle accessible en temps de chasse?

Un randonneur affirme s’être fait interdire l’accès à une tour d’observation située dans les Chic-Chocs, sur un territoire public, par un chasseur durant la période de chasse à l’arc. Pour lui, il s’agit d’une situation inacceptable compte tenu que le territoire public doit être accessible à tout le monde, en tout temps, même durant la chasse.
Jean-Louis Arseneault voulait profiter des paysages d’automne en compagnie de ses enfants. Je veux voir les couleurs, je veux voir le territoire. C’est merveilleux ce qu’on a ici
, exprime-t-il.
Il comptait se rendre sur la tour d'observation située sur le territoire non-organisé près de Saint-Jean-de-Cherbourg, dans la MRC de La Matanie, inaugurée il y a quelques mois par le Club Quad de la Matanie.

L'observatoire Chic-Chocs, une construction récente d'un peu plus de 390 000$, offre un point de vue imparable sur les Chic-Chocs.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Le randonneur soutient qu’il y a quelques jours, l’accès à la tour était impossible.
Selon lui, un chasseur, qui se trouvait devant une barrière située sur le stationnement à quelques mètres de la tour, l'a interpelé. Il est venu vers moi, puis il m'a dit que je n'avais pas d'affaires ici, que c'était un territoire de chasse.

Selon Jean-Louis Arsenault, le chasseur qui l'a interpellé se trouvait devant ces barrières qui se trouvent dans le stationnement. Ce chemin de gravier mène à l'observatoire.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Ce jour-là, comme Jean-Louis Arsenault voulait éviter un conflit, il a rebroussé chemin. Néanmoins, pour l'ancien agent de protection de la faune, il s'agit d'une situation inacceptable.
La tour d’observation se trouve sur un territoire public.
Ce belvédère, c'est un investissement de presque un demi-million de dollars qui a été payé par le gouvernement. (...) Ça appartient à tout le monde, ce n'est pas à un chasseur comme terrain de chasse.

Selon Jean-Louis Arsenault, un agent de protection de la faune à la retraite, cette roulotte au milieu du chemin qui mène à l'observatoire signale à ceux qui veulent s'y aventurer qu'il y a des chasseurs dans le secteur.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Radio-Canada n’a pas pu parler au chasseur en question pour confirmer cette histoire.
En forêt dans le temps de la chasse
Questionnée sur le sujet, le vice-président du Club Quad qui est aussi directeur de la sécurité, Alain Desmeules, affirme n’avoir jamais assuré l’exclusivité de ce secteur à un groupe de chasseurs.
Par contre, il ne recommande pas à ses membres d’aller en forêt durant la chasse parce que trop dangereux à ses yeux. On a le droit de sauter d'une chute de 300 pieds si on veut, il n’y a pas de loi qui interdit ça, effectivement. Mais je trouve que c'est une pratique dangereuse. Le Club va dans ce sens-là en fermant le sentier à leurs membres, aux membres du Club.
Lors de l'altercation entre Jean-Louis Arsenault et le chasseur, le sentier qui mène à l'observatoire était en jaune, soit en mode avertissement, sur la carte du site Internet du Club Quad.

Alain Desmeules et vice-président du Club Quad de la Matanie et responsable de la sécurité ne recommande pas de se rendre dans le secteur du belvédère durant la chasse.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
Pour le Syndicat des agents de protection de la faune, la réglementation est claire : le territoire public doit être accessible à tout le monde, même en période de chasse. On n'est pas supposé interdire l'accès aux terres publiques de l'État.
Un chasseur ou un pêcheur ou un trappeur ne devrait pas interdire l'accès à n'importe qui, que ce soit pour aller prendre des photos, aller faire du vélo, aller faire de l'observation.

Le président du Syndicat des agents de la protection de la faune du Québec (SAPFQ), Martin Perreault, indique que la forêt publique doit demeurer accessible à tous, même durant la période de la chasse. (archives)
Photo : Radio-Canada / Antoine Allain
L’accès est autorisé, oui, mais les randonneurs sont rares à s’y aventurer remarque l’amoureux de la nature Robert Delisle. Le résident de Cap-Chat évite de s'y aventurer en période de chasse.
Pendant cette période, il juge que les chasseurs s'approprient la forêt et les randonneurs comme lui ne se sentent pas les bienvenus.
Pour lui, c'est une zone grise. C'est ça qui est fatiguant, c'est de ne pas savoir, c'est la zone d'incertitude.

Le randonneur et résident de Cap-Chat, Robert Delisle, aimerait bien se rendre en forêt publique l'automne, mais il n'ose pas s'y aventurer.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
L'Association des chasseurs et des pêcheurs de la Matanie rappelle qu'un chasseur ne peut pas interdire à un randonneur d'avoir accès à un lieu public.
De son côté, la Fédération des chasseurs de la Gaspésie milite pour un partage du territoire public et encourage les utilisateurs à s'entendre entre eux.
Pour Jean-Louis Arsenault, il y a une appropriation des chasseurs du territoire public qui doit d'être dénoncée C’est le règne de la peur présentement. On dirait que c'est la peur qui gère tout.
À lire
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.