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Friday, October 23, 2026

Birmanie: les calculs de la junte derrière les images d'Aung San Suu Kyi

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Cette semaine, pour la première fois en plus de cinq ans de captivité, l'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a pu parler à son fils au télphone. De rares images d'elle ont aussi circulé alors qu'elle recevait un cadeau du roi Charles III. Une opération de communication bien ficelée.

L'opération est distillée sur deux jours. Elle commence mercredi 21 octobre avec cette photo de l'ancienne icône de la démocratie en Birmanie assise face à de deux hommes qui tournent le dos à l'objectif. Le décor est une pièce similaire à celle des dernières images diffusées d'elle au mois d'août dernier avec un représentant de la Croix rouge. On ne sait pas s'il s'agit d'une pièce de sa résidence surveillée où elle a été transférée après des années de prison suite au Coup d'Etat militaire qui l'a renversée le 1er février 2021.

Cette fois-ci, l'image s'accompagne d'un élément de langage sur Aung San Suu Kyi, décrite comme une « détenue spéciale de sexe féminin », première fois que les autorités birmanes utilisent ce terme pour désigner celle qu'on surnomme aussi la « Dame de Rangoun ». Sur la photo, les deux hommes face à elle, des officiels du ministère de l'Intérieur, lui remettent un colis de la part du monarque britannique. Charles III lui a notamment envoyé deux ouvrages, l'un sur le jardinage et l'autre sur la cuisine issue de la terre, de l'agriculture biologique. Un cadeau de la part de l'ancienne puissance coloniale et du roi Charles connu pour sa passion de la botanique et de l'environnement, lui qui a reçu Aung San Suu Kyi en 2014 et en 2017 à Londres.

Certains commentateurs ont salué une opération très fine de la part de Charles III, pour à la fois attirer l'attention sur le sort d'Aung San Suu Kyi, 81 ans, et sur celui de la population birmane qui meurt de faim, qui n'a pas accès à la gastronomie bio et qui souffre d'une guerre civile meurtrière, 100 000 morts depuis le putsch de 2021.

« Illusion de normalité »

Cependant, ce n'est pas exactement l'avis du fils d'Aung San Suu Kyi qui dénonce à la fois le cadeau et la mise en scène. Kim Aris, le fils cadet de la Dame de Rangoun, qui milite pour sa libération depuis Londres, a critiqué le monarque britannique, dont il reconnaît les bonnes intentions. Mais pour lui, le roi Charles, par ses cadeaux, risque de « légitimer le régime militaire birman » en lui permettant je cite « d'utiliser des révélations sélectives pour créer une illusion de normalité ou pour une légitimité internationale ». Et cela alors que « les droits fondamentaux de ma mère continuent d'être bafoués », insiste Kim Aris.

D'autres experts se demandent pourquoi le Roi Charles III s'est prêté au jeu de la junte birmane. Est-ce un message à Aung San Suu Kyi pour lui suggérer de faire la cuisine et cultiver son jardin plutôt que de chercher à diriger le pays ? Rappelons que le régime birman s'est institutionnalisé grâce à des élections jugées truquées par les observateurs internationaux, mais qui ont permis au général putschiste Min Aung Hlaing de trouver un habillage civil à son pouvoir autoritaire en se faisant nommer président du pays. Il a depuis été reçu en grande pompe en Chine, en Inde, en Russie ou en Thaïlande.

Vague américaine 

C'est que le président birman joue sur plusieurs tableaux avec l'image d'Aung San Suu Kyi. D'un côté, il la montre avec l'apparence d'une personne en bonne santé. C'est ce que son fils a dû reconnaître après lui avoir parlé au téléphone jeudi 22 octobre pour la première fois depuis plus de 5 ans. D'ailleurs, dans une interview au magazine américaine Time en septembre dernier, Min Aung Hlaing a lâché la phrase suivante : « J'ai été extrêmement indulgent avec Aung San Suu Kyi. » Il sait que de nombreux pays d'Asie du Sud-Est et au-delà souhaitent la libération de la prix Nobel de la paix en 1991 et que des images d'elle suivies d'un appel de son fils ont toutes les chances d'être bien accueilli. Peu importe l'hypocrisie de la manœuvre.

Car en parallèle Min Aung Hlaing cherche à surfer sur une nouvelle vague de légitimité : une vague américaine. En août, l'administration Trump a envoyé l'un de ses sous-secrétaires d'État rencontrer à Tokyo des responsables birmans, ce qui a brisé des années d'isolement diplomatique. Pas encore de normalisation officielle mais comme ailleurs dans le monde, Donald Trump s'intéresse à la Birmanie pour ses minerais critiques, ce qui arrangerait beaucoup Min Aung Hlaing, lui qui cherche à sortir son pays de la dépendance à la Chine.  

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