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Monday, October 19, 2026

Gérer la douleur chronique autrement

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Les maladies chroniques sont souvent suivies par une infirmière-pivot. Mais pas la douleur chronique. Une chercheuse de l’Université du Québec au Témiscamingue, à Rouyn-Noranda, veut remédier à cette lacune.

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« Il y a un vide immense pour la gestion de la douleur chronique », explique Andréanne Bernier, une infirmière qui a consacré son doctorat à ce sujet, à l’Université du Québec au Témiscamingue (UQAT). « Une personne sur cinq vit avec ça, probablement la moitié des patients que les infirmières en GMF voient ont de la douleur chronique. On s’est rendu compte qu’il fallait essayer d’outiller les gens en première ligne. »

Mme Bernier, qui enseigne à l’UQAT, a identifié lors d’un projet pilote 41 « activités », dont peuvent se charger les infirmières dans la gestion de la douleur chronique. Elles vont de l’identification des circonstances associées à des poussées de douleur et à leur conséquence sur la vie du patient, à la discussion d’approches non pharmacologiques comme l’exercice ou la psychothérapie, en passant par les discussions avec le médecin de famille et le pharmacien sur les ajustements de médication.

« Il y a plein de guides, de formations pour la plupart des maladies chroniques, diabète, hypertension, affirme l’infirmière en GMF depuis 14 ans. Mais pas pour la douleur chronique. Et pourtant, la plupart des maladies chroniques causent de la douleur. Il y a un goulot d’étranglement vers les cliniques spécialisées de la douleur, alors que 80 % de la gestion devrait plutôt se faire en première ligne, avec les médecins de famille et les infirmières. »

Une infirmière pourrait être le « pivot » permettant au patient de naviguer dans les différentes approches, médicales ou non, pour traiter la douleur, dit Mme Bernier.

Patiente-partenaire

Le projet-pilote de Mme Bernier a impliqué une infirmière d’un GMF de Québec et une « patiente-partenaire ».

« Comme infirmière, j’ai toujours aimé travailler avec les patients qui ont de la douleur chronique », explique France Brochu, l’infirmière qui a travaillé avec Mme Bernier pour identifier ces 41 activités. « On peut les aider en ajustant la médication, mais aussi par tellement d’autres actions simples. On a souvent plus de temps que les médecins pour parler aux patients, pour comprendre la douleur, les facteurs aggravants ou de stress, quand elle survient, trouver la bonne approche pour réduire le problème. Il y a des méthodes alternatives aux médicaments qu’on peut essayer. »

IMAGE FOURNIE PAR ANDRÉANNE BERNIER

France Brochu (à gauche) avec Andréanne Bernier

La patiente-partenaire, Marie-Dominique Poirier, est une ancienne enseignante de musique qui a dû arrêter de travailler à temps plein en 1997 à cause de douleurs chroniques au bas du dos et aux jambes. « Ça a changé ma vie, dit la musicienne dans la cinquantaine, qui habite Saguenay. J’ai eu la chance d’être prise en charge rapidement par une clinique spécialisée au CHU de Sherbrooke. Mais je sais bien que la troisième ligne ne devrait pas être chargée du suivi de la douleur chronique, ça devrait être la première ligne. Je dois faire 10 heures de route pour aller voir mon médecin. »

À lire « Deux ans d’enfer » en attendant un rendez-vous

Mme Poirier a eu un grand soulagement il y a 18 ans, quand elle a reçu un neuromodulateur, un appareil implanté dans son corps, qui camoufle la douleur avec un courant électrique. Elle bénéficie aussi de séances de physiothérapie au moins dix fois par mois, en plus de massothérapie et d’aquaforme spécialisée pour les patients ayant de la douleur chronique.

IMAGE FOURNIE PAR MARIE-DOMINIQUE POIRIER

Marie-Dominique Poirier

Mme Bernier travaille sur des formations courtes pour les infirmières des GMF, avec mentorat par des infirmières spécialisées des cliniques de douleur. Elle note aussi que souvent, les postes d’infirmière des GMF ne sont pas pourvus parce qu’il en manque dans les hôpitaux. « Beaucoup de GMF sont sous les 50 % d’effectifs, dit la chercheuse de l’UQAT. Et durant les vacances d’été, on ramène les infirmières des GMF dans les hôpitaux. »

Elle est en train de concevoir une « boîte à outils numériques » pour aider les infirmières dans l’évaluation et la gestion de la douleur chronique, qui sera testée dans des GMF l’an prochain.

La douleur chronique est-elle mieux prise en charge ailleurs qu’au Québec ?

« C’est un peu mieux en Europe, estime Mme Bernier. Mais même dans les endroits où il y a des programmes de première ligne pour la douleur, par exemple en Ontario, c’est plutôt une approche très médicalisée. Il y a une lacune mondiale quant à la prise en charge de la douleur chronique. »

En savoir plus

  • 4 %
    Proportion des patients d’une clinique spécialisée en douleur en France dont l’état s’améliorait sur une période de six mois

    Source : JAMA Network Open

    10 %
    Proportion des patients d’une clinique spécialisée en douleur en France dont l’état empirait sur une période de six mois

    Source : JAMA Network Open

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