Des organismes LGBTQ+ du N-B réclament le renouvellement du financement fédéral

À quelques mois de l’expiration du financement fédéral consacré aux droits des personnes LGBTQ+, des organismes de partout au pays demandent à Ottawa de renouveler son soutien. Au Nouveau-Brunswick, des groupes craignent de perdre des ressources essentielles à la poursuite de leurs activités.
Alex Arseneau, directeur général d’Alter Acadie, un organisme qui défend les droits des francophones LGBTQ+ au Nouveau-Brunswick, s’inquiète de la situation. Selon lui, des organismes de défense des droits des personnes LGBTQ+ ferment leurs portes chaque semaine. Il cite notamment l’ARC Foundation, un organisme de bienfaisance avec lequel Alter Acadie a collaboré et qui a récemment cessé ses activités.

Alex Arseneau est directeur général de l'organisme Alter Acadie
Photo : Gracieuseté/Alex Arseneau
Comme d’autres organisations, l’ARC Foundation a cessé ses activités en raison de difficultés financières. L’organisme travaillait à rendre le milieu scolaire plus inclusif, de la maternelle à la 12e année.
Alex Arseneau déplore cette fermeture, d’autant plus que la création d’un environnement scolaire plus inclusif fait aussi partie du mandat d’Alter Acadie.
Leur départ est une grande perte. Cela aura un impact considérable et portera encore plus de responsabilités sur les organismes locaux qui font déjà beaucoup trop avec trop peu de moyens
Mobilisation à Ottawa
Alter Acadie fait partie des 45 organismes de partout au Canada qui se sont rendus à Ottawa plus tôt en octobre pour militer en faveur d’un plan d’action renouvelé pour les personnes LGBTQ+.
Lancé sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau, le plan d’action fédéral vise à promouvoir les droits des personnes LGBTQ+ au Canada à l'aide d'un soutien de 100 millions de dollars.
Alex Arseneau explique que ce financement a permis à Alter Acadie de voir le jour. L’organisme est le troisième au pays à se consacrer à la défense des droits des francophones LGBTQ+ et le seul à avoir ce mandat dans les provinces de l’Atlantique.
Le plan d’action expire en mars 2027 et Ottawa ne s’est pas officiellement engagé à le renouveler. l’administration du plan, a indiqué que le plan était en cours d'examen.
Femmes et Égalité des genres Canada, le ministère chargé de la mise en œuvre du plan, indique que celui-ci est actuellement à l’étude.
Si le financement n’est pas renouvelé, cela va être désastreux pour le secteur
, exprime fermement le directeur général d’Alter Acadie.
La réalité néo-brunswickoise
L’organisme à but non lucratif Chroma NB a ouvert de nouveaux locaux à Saint-Jean au cours de la dernière année. Sa directrice générale, Hadeel Ibrahim, raconte que des personnes, notamment des nouveaux arrivants et des réfugiés sont entrés directement dans les locaux et ont exprimé leur identité à voix haute pour la première fois
.

Hadeel Ibrahim, directrice générale de Chroma NB, exprime son inquiétude pour les groupes LGBTQ+ à travers le pays.
Photo : CBC / Roger Cosman
Hadeel Ibrahim explique que le financement fédéral a permis à Chroma NB de devenir un organisme à but non lucratif et de mettre en place des systèmes de gestion financière et des politiques de ressources humaines.
Grâce à cette structure et à l’embauche de personnel supplémentaire, l’organisme dispose maintenant du temps et des ressources nécessaires pour présenter davantage de demandes de subvention. Toutefois, sans renouvellement du financement fédéral, Hadeel Ibrahim craint que les organismes LGBTQ+ peinent à maintenir les infrastructures qu’ils ont développées.
Ce qu’on veut éviter c’est de perdre les progrès déjà accomplis. Cela serait vraiment dommage que ces 100 millions soient gaspillés
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Chroma NB s’est rendu à Ottawa pour réclamer 450 millions de dollars sur cinq ans afin de soutenir divers projets, allant du logement et des soins de santé au développement des entreprises et à l’aide aux réfugiés.
Selon Hadeel Ibrahim, ce financement permettrait aux organismes de renforcer leur autonomie financière et de réduire, à long terme, leur dépendance à l’égard des fonds gouvernementaux.
Certains députés ont rétorqué que le Canada devait faire preuve de responsabilité budgétaire dans le contexte de la guerre commerciale avec les États-Unis. Hadeel Ibrahim est en désaccord avec cet argument.
Selon la Chambre de commerce queer du Canada, plus de 120 000 entreprises LGBTQ+ contribuent chaque année à hauteur de 86 milliards de dollars à l’économie canadienne. Mme Ibrahim estime qu’un soutien financier continu pourrait générer des retombées économiques supplémentaires en favorisant la participation de cette main-d’œuvre.
Elle estime également qu’un renouvellement du financement permettrait de réduire les inégalités entre les régions, particulièrement dans une petite province comme le Nouveau-Brunswick, et d’élargir l’offre de services dans les communautés rurales.
De son côté, Fae Johnstone, directrice générale de Queer Momentun, affirme que Femmes et Égalité des genres Canada a envoyé des signaux encourageants quant à un possible renouvellement du financement, sans toutefois prendre d’engagement officiel.
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