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Tuesday, October 13, 2026

Gazoduc jusqu’à Baie-Comeau | L’arrêt du projet réclamé par trois communautés innues

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Le projet de gazoduc et d’usine flottante de liquéfaction de gaz naturel Kino Aski, à Baie-Comeau, doit être mise sur pause, réclament trois communautés innues, qui reprochent au Conseil de la Nation atikamekw de laisser entendre que l’ensemble des Premières Nations l’approuvent.

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Les communautés d’Essipit et de Pessamit, sur la Côte-Nord, ainsi que celle de Mashteuiatsh, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, seraient les plus touchées par le projet, qui traverserait leurs territoires.

« Nos trois Premières Nations [n’ont] ni consenti au projet, ni confié à Kino Aski LNG le mandat de les représenter, de parler en leur nom ou de laisser entendre qu’elles appuient cette initiative », ont-elles affirmé dans un communiqué mardi.

Kino Aski LNG est une coentreprise formée en août par filiale canadienne de la Norvégienne Marinvest et le Conseil de la Nation atikamekw pour confier le projet gazier norvégien à des gestionnaires autochtones, ce qui pourrait le rendre admissible à du financement fédéral en vertu du Programme de garantie de prêts pour les Autochtones.

Essipit, Pessamit et Mashteuiatsh exigent « la tenue d’études indépendantes rigoureuses et approfondies sur les enjeux environnementaux, sociaux et économiques, pour tout projet sur [leurs] territoires ancestraux » afin de pouvoir bien évaluer les répercussions du projet

« Et même si toutes ces étapes-là sont respectées, ça ne veut pas dire que le projet va être accepté », a déclaré à La Presse la vice-chef du Conseil des Innus de Pessamit, Audrey-Lise Rock Hervieux, se disant personnellement très défavorable à l’idée.

On ne peut pas accepter que des décisions qui vont sans aucun doute avoir des conséquences importantes se prennent sans nous et, surtout, sans consulter la population.

Audrey-Lise Rock Hervieux, Conseil des Innus de Pessamit

En plein territoire du caribou, en pleine crise climatique

Le gazoduc transportant le gaz fossile de l’Ouest canadien à Baie-Comeau toucherait particulièrement la communauté de Pessamit, traversant le sud de son territoire sur plus de 200 kilomètres.

Il scinderait en deux le plus grand des massifs forestiers encore fréquentés par le caribou dans le secteur, qui se trouve au cœur du projet d’aire protégée Pipmuakan porté par la communauté, mais qui dort dans les tiroirs du gouvernement depuis cinq ans.

Il affecterait aussi les territoires d’une dizaine de familles, où se tiennent de nombreuses activités culturelles de la communauté.

Les trois installations flottantes de liquéfaction, le trafic maritime de méthaniers et le parc éolien projeté de 1700 mégawatts (MW) – plus que les 1500 MW de puissance installée du complexe hydroélectrique de la Romaine –, les lignes électriques et les chemins d’accès seraient autant d’autres perturbations du territoire autochtone.

La pertinence d’un projet d’énergie fossile alors que le monde est engagé dans une lutte contre les changements climatiques est par ailleurs l’« une des grandes questions » que se posent les trois communautés innues, indique Audrey-Lise Rock Hervieux.

Si ce projet est une solution, il faut nous le démontrer. […] Ce sont nos enfants qui devront vivre avec les conséquences de ces décisions-là.

Audrey-Lise Rock Hervieux, Conseil des Innus de Pessamit

Avertissement à Ottawa

Essipit, Pessamit et Mashteuiatsh mettent en garde le gouvernement fédéral contre la tentation d’utiliser sa loi C-5 et son projet de loi C-39 pour accélérer l’approbation du projet Kino Aski.

« Tout projet envisagé sur nos territoires ancestraux doit faire l’objet d’un dialogue respectueux et obtenir notre consentement libre, préalable et éclairé, qu’il soit ou non désigné comme projet d’intérêt national ou stratégique », écrivent-elles.

La sortie des trois communautés innues fait écho à celle du chef de la Nation anichinabée de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, en septembre.

« Il n’y a pas eu de consentement, il n’y a pas eu de consultation », affirmait-il en entrevue avec La Presse, à l’occasion du Sommet canadien de l’investissement, où le projet Kino Aski a été présenté à de grands investisseurs internationaux.

Désaccords chez les Atikamekw

La décision du Conseil de la Nation atikamekw (CNA) de former une coentreprise avec Marinvest pour mener un projet gazier ne fait pas l’unanimité dans les trois communautés atikamekw de Manawan, Opitciwan et Wemotaci. Le CNA a été formé en 1982 pour représenter ces trois communautés, mais pas pour se substituer à leur pouvoir décisionnel, explique l’ancien chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Sipi Flamand. « Les décisions politiques doivent se prendre par résolution avec les trois conseils », explique-t-il, ce qui n’a pas été le cas cette fois. La Presse a tenté de joindre le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, en vain.

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